Le contraire – ses nouveaux amis

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Ses nouveaux amis.

Tom est un peu déçu, il s’attendait à ce que tous reconnaissent son nouveau statut, à ce que son apparence ait changé, que le soleil brille la nuit peut-être ?

Son petit-déjeuner avalé, il sort.

Là-bas, sur le banc, est allongé le chat de Mémé Le…

« Le chat dont la mémé est madame Ledoux. » se souvient Tom en souriant.

Il s’approche doucement et Mémé Ledoux assiste à un miracle en regardant par la fenêtre. Elle voit son Félix se frotter plus que tendrement au petit monstre d’à côté…

Elle enlève ses lunettes, les nettoie puis les réajuste. Cette scène fantastique a disparu et son chat dort sur le banc.

Mémé Ledoux qui est une femme de bon sens se dit qu’elle avait eu une « a lu six nation » et s’en veut de s’être endormie hier devant la télévision quand justement ils en parlaient.

Tom est encore tout ému de ce contact merveilleux avec Félix. Il se dirige alors vers la ferme des Fernand.

Il siffle et Rex accourt. Le chien aboie gaiement et lui fait une fête formidable.

Tom passe un long moment à lui jeter des bâtons.

Il regrette de ne plus pouvoir discuter avec son ami. Il a encore tant de questions…

« Je reviendrai plus tard avec une balle. »

Tom met le cap vers la maison des Gerbot maintenant. Gerbot, la seule de ses victimes qu’il n’avait pu aider.

En passant près du tas de fumier, il y découvre le coq.

Tom entreprend alors quelques pas de danse. Cette danse de l’aigle des Hopis qu’il avait vue il y a peu avec son père.

Le coq l’observe attentivement mais ne réagit pas.

Tom est un peu triste, il ne sait plus vraiment ce qu’il doit croire. Était-ce un rêve ? Était-ce la réalité ?

Il continue son chemin quand il entend le coq chanter. Il se retourne et le voit les ailes ouvertes qui danse sur le tas de fumier.

Son cœur s’emballe alors et il court chez Gerbot.

Il frappe à la porte.

Madame Gerbot ouvre.

« Qu’est-ce que tu veux ? »

« Je voudrai voir Gerb… »

Elle sourit.

« Tu veux dire Jean-Marie ? »

« Oui… » dit Tom en rougissant, réalisant soudain qu’il n’avait jamais su comment l’idiot se prénommait.

« Qu’est-ce que tu lui veux ? »

« Oh, rien… Juste être avec lui… »

« Il est dans le jardin, il enterre sa tortue. »

Tom sent les larmes lui monter aux yeux.

« Tu connais le chemin, alors va le voir. Mais je te préviens, si tu as quelques tours pendables dans ton sac, tu le regretteras. »

Sur ces mots pleins de menaces, elle ferme la porte.

Tom fait le tour de la maison, vole quelques fleurs au passage et découvre Jean-Marie qui sanglote doucement.

Il s’approche et pose sa main sur l’épaule de Gerbot.

Celui-ci tourne la tête et se jette dans les bras de notre petit homme.

« C’est bien que tu sois là. »

« J’ai apporté des fleurs, j’ai beaucoup de peine aussi… » dit Tom en reniflant.

Jean-Marie enserre alors notre ami dans ses bras et tous deux pleurent devant le trou où repose la carapace carbonisée. Une image qui n’est pas prête de quitter la conscience toute neuve de notre ninja.

Au plus fort de cet instant d’émotion, Tom entend l’idiot lui souffler à l’oreille :

« Sophie m’a dit ! »

Il recule, effrayé par cette voix qu’il n’avait jamais entendue si clairement et découvre le sourire bon et chaud qui s’affiche maintenant sur le visage de Gerbot.

Jean-Marie hoche maintes fois la tête, comme pour confirmer ses dires.

« Mais ? Mais ? »

Le benêt met alors le doigt sur sa bouche et prend Tom par la main.

Tous deux s’agenouillent devant la dépouille de Sophie.

Tom dépose délicatement les fleurs et murmure : « Tiens Sophie, je sais que tu les aimes. »

Gerbot rebouche alors le trou de ses mains calleuses en reniflant bruyamment.

Tom, submergé par l’émotion, lui donne une tape affectueuse sur l’épaule puis s’enfuit.

Il court sans but et se retrouve par hasard sous le saule. Il est perturbé et bouleversé.

Il remarque une pierre plate posée près de lui.

Il fouille dans sa poche, à la recherche de…

Grains de maïs…

Il ne les trouve pas et il s’énerve.

Puis il sourit.

Le cœur apaisé comme s’il avait ainsi trouvé les réponses à toutes les questions, il se dirige enfin vers sa maison.

Jeanne est réveillée et l’accueille dignement, comme jadis, lorsqu’on recevait un ninja revenant de la plus périlleuse de ses missions.

Moi aussi, comme Tom, j’ai du mal à discerner la part du vrai et celle du fantastique dans cette histoire…

Tom a grandi et il travaille comme éducateur avec des Gerbot qui se nomment Gérard, Lucie, Mohammed, Boubakar ou encore Zora. Il habite toujours au village et se rend souvent au cimetière, sur la tombe de son meilleur ami, sur la tombe de l’idiot qui décéda d’une tumeur au cerveau. Le pauvre Jean-Marie qui mourut de ce qui lui manquait le plus. Il visite aussi régulièrement les tombes de Félix, Sophie et Rex. Quant au coq, le renard n’en laissa rien traîner si ce n’est quelques plumes… Mais cette histoire n’est pas vraiment terminée, laissez-moi vous conter mon passage préféré.

Lorsque son père a enfin trouvé le temps, entre son travail et ses obligations de pompier, de passer quelques heures avec ses enfants, il dit à Tom :

« Tom regarde, j’ai enfin trouvé ce livre que je voulais avoir depuis si longtemps. C’est un livre qui montre les photos de monsieur Curtis. Cet homme a photographié les derniers Indiens libres… Tu veux regarder un peu avec moi pendant que je mange ? »

« Oh oui ! »

« Alors va chercher Jeanne, nous allons regarder ce bijou tous ensemble. »

Jeanne admire en particulier les chevaux et adore les coiffures de plume. Maman jette un œil de temps en temps, s’intéressant plus aux vêtements. Papa et Tom scrutent chaque détail, il discute même de l’heure probable où la photo a été prise en regardant les ombres sur le sol.

Tom tombe tout à coup sur une photographie troublante. Un Indien se tient gravement devant le photographe. Il a les bras croisés sur la poitrine et son regard semble traverser l’objectif. Il est maquillé de noir et de blanc, des points, des mains et des zigzags…

Tom demande à son père : « Papa ? C’est quoi, celui-là ? »

Son père avale une gorgée de vin pour faire descendre une bouchée.

« Fais voir… Oh, c’est un Sioux. C’est un heyoka, un rêveur d’oiseau-tonnerre. L’orage si tu préfères. C’étaient de redoutables guerriers qu’on appelait “les contraires” parce qu… »

« Parce qu’ils parlaient et faisaient tout à l’envers… »

« Oui… Mais comment tu sais ça, toi ? »

« Oh, tu sais… Si parfois tu me posais des questions, je pourrais certainement t’apprendre quelque chose. »

Croyez-vous comme moi que les rêves des enfants n’ont jamais commencé et ne finiront jamais ?

FIN

Texte : copyright Thierry Benquey – tous droits réservés.

Image : Edward Sheriff Curtis – Library Of Congress – Domaine Public

Publié par Thierry

Auteur... de blog, oui. De livres, aussi. "Jenseits der Farben" auto-édition en Allemagne, devenu "Au-Delà des Couleurs" spectacle de marionnettes. "Le Rocher" édité en France, devenu spectacle de marionnettes également. Autres publications ? Sur ce blog, sinon deux contes à retrouver dans ces pages dont l'éditeur s'est retrouvé en faillite avant impression : "Le Contraire" et "Tatewin"

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