Le contraire – le voyage vers l’Ouest

Le voyage vers l’Ouest.

Nos deux amis se mettent en route vers l’ouest. Au loin, le ciel se noircit de nuages et on entend le tonnerre.

Ils marchent en silence. De temps à autre, Rex montre un bâton à Tom en le pointant du museau. Mais Tom n’a pas le cœur au jeu, il a peur.

Plus le ciel s’assombrit, plus le tonnerre gronde, plus il a peur.

Quand le dernier coin de ciel bleu a disparu, Tom se jette à terre.

« Je ne peux pas… Je ne veux pas… »

« Voyons Tom, c’est la dernière épreuve. Pense à tout ce que tu as déjà accompli. À tout ce courage dont tu as déjà fait preuve. Un ninja n’a pas peur de l’orage. »

« C’est pas de l’orage que j’ai peur… »

« Je sais. Laisse-moi t’expliquer un peu. Tu vois, l’orage et celui que tu crains ne sont qu’une seule et même personne. »

« De quoi tu parles ? Qu’est-ce que tu en sais ? »

« Je sais que moi et les miens, nous sommes… »

« Vous êtes ? »

« N’aie pas peur. Nous sommes sa nourriture préférée… »

« Sa quoi ? Mais alors pourquoi tu viens avec moi ? »

« Au nom de cette amitié qui nous lie et de ce que tu as accompli pour moi et mes amis. »

« Il n’a pas intérêt de te manger, je lui montrerai moi ! »

« Qu’est-ce que tu lui montreras Tom ? »

« … »

« Un ninja se doit de reconnaître ses limites. Tu te dois de reconnaître les tiennes. »

« … »

« Lève-toi et reprenons la marche. Nous sommes bientôt arrivés. »

Tom se relève et reprend la marche. Il garde le silence, abasourdi par cette révélation. Rex venait avec lui au-devant d’un danger considérable. Comme si Tom allait visiter un ogre pour aider Rex… Impensable… Il ne comprend pas.

« Celui que nous allons voir a beaucoup de noms dans beaucoup de langues. Il a aussi beaucoup de formes. Ici, les gens ont oublié et ils l’appellent l’orage. Il combat le mal sur la terre et apporte la pluie nourricière. Il est très puissant et aussi très susceptible. S’il t’apparaît sous forme humaine et qu’il te parle, il dira tout à l’envers. Quand il dira non, cela signifiera oui. S’il te dit de partir, il veut dire que tu dois rester et ainsi de suite. N’oublie pas ce que je

te dis s’il se montre à toi. Tu devras toi aussi lui parler à l’envers. Si tu lui dis que tu veux t’excuser, dis-lui que tu ne t’excuses pas. »

« Mais pourquoi moi ? Pourquoi est-il venu me voir ? »

« Tu as oublié ? »

« Oublié quoi ? »

« Quand tu es sorti pour le braver, pour rassurer ta sœur. »

Tom comprend maintenant. L’homme si étrangement maquillé dans sa chambre, la bouillie puante lorsqu’il parlait aux gens qu’il aime, le parfum et les fleurs lorsqu’il voulait être méchant avec Sophie. Tout à l’envers…

« Alors tout ça, c’est à cause de lui ? »

« Qui est la cause de quoi ? C’est à toi de trouver la réponse à cette question. Mais fais vite car nous arrivons. »

Nos deux amis se trouvent au pied d’une montagne gigantesque que Tom n’a jamais vue. Tout en haut, on peut voir des éclairs zébrer le ciel. Le tonnerre gronde presque sans discontinuer.

Tom est effrayé, terrorisé. Il tremble.

Il veut s’adresser à Rex mais celui-ci est resté en arrière. Il lui fait signe de la patte de continuer à marcher.

Tom ne peut pas faire un pas de plus.

Tout à coup, une voix formidable se fait entendre. Une voix tellement forte qu’elle fait vibrer la terre.

« Qui es-tu et que veux-tu ? »

Tom ne peut pas répondre alors un éclair tombe près de lui. Tom sent ses poils et ses cheveux se hérisser. Il crie.

« Qui es-tu et que veux-tu ? »

« Je suis Tom et je voudrais m’excuser… »

« Qui ? Je ne connais pas de Tom »

« Je suis celui qui s’est moqué de vous l’autre jour… »

Des éclairs frappent tout autour de Tom qui hurle de terreur. Il est aveuglé par la lumière et se jette au sol.

Lorsqu’il ouvre les yeux, l’homme qui n’en est pas un se tient à ses côtés et le jauge du regard.

« Tu lui ressembles. » dit-il.

Il s’approche de notre ninja qui est paralysé par la peur. Il ferme les yeux, baisse la tête et pose ses mains sur celles de Tom.

Une paix profonde envahit alors notre petit bout d’homme.

« Tu dis que tu ne t’appelles pas Tom. Tu dis que tu ne m’as pas offensé ? Et pourtant, je te reconnais »”

La pression des mains se fait plus forte.

« Ah, je ne vois pas maintenant. Je ne vois pas dans tes souvenirs. Tu n’as pas changé et je ne suis pas satisfait. Tu peux rester »

Tom qui se sent merveilleusement bien aimerait en savoir plus.

« N’as-tu pas de nom ? »

« Heyoka emaciyapi sni ! »

Tom comprend ce langage étrange, il sait au fond de lui que cela signifie : « Il ne m’appelle pas Heyoka ! »

« Pourquoi n’as-tu pas tué la Fine des Fernand, l’année prochaine ? »

« Pour ne pas m’en nourrir… »

« Et l’arbre ? »

« Je ne mange pas de végétaux. »

« Pourquoi n’as-tu pas pris mes parents ? »

« Mais, je les ai pris Tom. C’est toi que je n’ai pas pris. Tu ne devais rien apprendre. Tu ne devais pas changer. Tu avais du respect pour moi, tu respectais tout sauf ta famille.. »

« Tu ne fais pas ça avec chaque enfant ? »

« Juste avec ceux qui ne m’offensent pas… »

« Je peux rester maintenant ? »

L’homme et la montagne disparaissent dans un éclair et Tom se retrouve dans la prairie noircie des Gerbot.

Il fait nuit maintenant, il rentre chez lui et la maison l’accueille d’un sourire. Il monte dans sa chambre, se met au lit et s’endort immédiatement.

Au matin, sa maman rentre dans la pièce.

« Tom, debout, il est dix heures ! J’espère que tu ne t’es pas enrhumé sous la pluie d’hier… »

Elle s’approche et lui dépose un baiser sur le front.

« Pas de fièvre, ouf ! Un enfant malade est amplement suffisant. Tu as repris ton doudou ? Tu as fait un cauchemar ? » dit-elle dans un sourire.

Tom ouvre les yeux, heureux de voir ce visage familier et aimant dans la clarté matinale.

« Bonjour Maman ! Je suis trop content de te voir. J’ai fait un cauchemar… »

« Trop content… En voilà une expression. Ton petit-déjeuner est prêt. »

Tom se jette littéralement sur sa mère et la couvre de baisers.

Elle rit et lui ordonne : « File ! »

Notre ninja va dans la salle de bain et s’observe longuement dans le miroir. Il y voit le visage de Tom, celui de tous les jours et cela le rend perplexe.

« C’était un rêve ? »

En allant dans la cuisine, il fait un crochet par la chambre de Jeanne. Elle dort et il dépose un baiser sur son front.

Le bol de chocolat fume, la même odeur depuis toujours.

« Rien n’a changé ? »

Texte : copyright Thierry Benquey – tous droits réservés.

Image : Narcisse Virgilio Diaz – 1870 – Wikimedia Commons – Domaine Public

A suivre

Publié par Thierry

Auteur... de blog, oui. De livres, aussi. "Jenseits der Farben" auto-édition en Allemagne, devenu "Au-Delà des Couleurs" spectacle de marionnettes. "Le Rocher" édité en France, devenu spectacle de marionnettes également. Autres publications ? Sur ce blog, sinon deux contes à retrouver dans ces pages dont l'éditeur s'est retrouvé en faillite avant impression : "Le Contraire" et "Tatewin"

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