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Introduction.

Je m´en vais vous conter une histoire dont seuls le vent et la pierre ont conservé la mémoire.

Il était une fois un rocher qui habitait sur la plus haute montagne du pays, dont il était le sommet. Immense et magnifique, il trônait sans partage sur les monts et les vallées. On l´appelait « le Rocher », ou bien « le Roc » pour les intimes. Quand le temps le permettait, il pouvait voir très, très loin, jusque la ligne d'horizon.

Les rochers, le saviez-vous, ont une très bonne vue, une très bonne ouïe et pas forcément un bon caractère.

[...]

Pourtant, le rocher était insatisfait ! Il avait beau voir très, très loin, jusque la ligne d´horizon, il distinguait des taches de couleurs dans le lointain dont il ne pouvait discerner les détails. Le roc rêvait de voyages. Il s´imaginait partant vers l´inconnu et découvrant des mondes extraordinaires, vivant les aventures les plus intenses, les
plus bizarres, puis il s'attristait de réaliser qu´il ne pouvait voyager.
Il était « le Rocher », le sommet de la plus haute des montagnes, il caressait le ciel, surplombait les nuages, conversait avec le soleil et les étoiles. Rien ni personne ne pouvait le déranger, l´ébranler et c´était bien là son problème.

[...]

Un jour, alors que le ciel se trouvait sans nuages, l´aigle, qui était le meilleur ami de Roc, du fait que les créatures qui osaient ou pouvaients'aventurer à cette altitude étaient rares, se posa près de lui.

— Bonjour, l´aigle !
— Bonjour, Roc, un temps formidable aujourd´hui ! Les thermiques sont idéales et il m´est très agréable de pouvoir venir te visiter. Burp... Oups, pardon ! dit l´aigle en régurgitant une boulette de poils et d´os de sa dernière marmotte. Comment va le Roc aujourd´hui ?
— Mmmmh, comme toujours ! grogna-t-il.
L´aigle connaissant bien le caractère changeant de son ami, se prépara à s'envoler, pensant revenir quand le Roc serait de meilleure humeur.
— Aigle, mon ami ?
— Oui, Roc ?
— Tu es mon meilleur ami, non ?
— Pour sûr, Roc !
— Est-ce que tu vois, là-bas au nord, cette tache blanche ?
L´aigle qui possédait une vue aussi perçante que celle de Roc se tourna vers le nord.
— Oui, mon ami, je vois cette tache blanche au nord, c´est immense !
— Sais-tu ce que c´est ?
— Non, mon ami, je n´ai jamais été aussi loin vers le nord….
— Et bien voilà, moi non plus, je ne suis jamais allé aussi loin vers le nord, étant donné que je ne puis voyager, et la curiosité me dévore. Il me faut savoir ce que c´est ! Pourrais-tu y aller pour moi et me raconter ?

L´aigle réfléchit un instant. Il aurait bien aimé dire non et rester à se prélasser au soleil, échangeant des mots de rien sur la pluie et le beau temps avec le Roc, jusqu´à ce qu´une marmotte, imprudente et juteuse, se voit invitée à sa table pour le dîner. Mais il était le meilleur ami de Roc et parfaitement conscient de son incapacité à voyager.

— Oui, je vais faire cela pour toi. Sinon, à quoi servent les amis ?

[...]

Le premier voyage.

[...]

Soudain, à l´horizon, apparut un petit point noir, qui grossissait et grossissait. Enfin, on put reconnaître la silhouette d´un aigle. Le Roc avait l´impression d´être sur le point d´exploser d'impatience, ce qui est un comble pour un rocher, car la patience est la vertu première de la pierre ! L´aigle se posa enfin sur le Roc.

— Alors ? hurla le Roc.
L´aigle, épuisé, tentait de reprendre son souffle et fit signe au Roc de patienter un moment…
— Alors ? Aigle, mon ami, je ne peux plus attendre, il me faut savoir…
— Hiiii... Hiiii… AAAHHHH, mon ami. Hiiii… Hiiii… C´est un monde merveilleux que cette tache blanche. C´est gigantesque…

C´est un monde de glace et de neige, le vent y sculpte les formes les plus incroyables, comme des esprits qui auraient été surpris par le froid et gelés sur place. Le soleil doit particulièrement aimer cet endroit, car il ne se couche pas. Il s´allonge sur le bord du monde et contemple la création avec des yeux d´enfants, je le sais, car il est rouge comme un coeur. Sa lumière joue avec la glace et transforme celle-ci en joyaux où règnent les couleurs de l´arc-en-ciel.
Il y a des montagnes de glace, saupoudrées de neige et elles vibrent, bleues comme un ciel de crépuscule.
Là où l´eau est libre, on peut voir nager des bêtes énormes et étranges qui soufflent des fontaines et qui murmurent un chant triste etmélodieux.

Il y a des animaux merveilleux, des ours que l´on distingue à peine sur la neige, des lapins, des renards, des chouettes et tous sont blancs, et tous participent à cette impression de pureté que j’ai ressentie.

[...]

Monde blanc Sandra Savajano

Dans la partie sombre du ciel sont étendues des draperies veloutées qui luisent de merveilleuses couleurs dans l'obscurité ; elles frémissent comme caressées par un vent divin, puis disparaissent pour revenir parées de teintes encore plus fantastiques. C´est comme un jeu cosmique, c´est une invitation à la vie et à l´amour. Ce monde est
beauté…
— AAAAHHH, mon ami l´aigle, c´est tout bonnement merveilleux ce que tu me racontes là, quel dommage que je ne puisse voyager…
— Oui, c´est dommage, mais tu as d´autres qualités, la longévité par exemple. Tu pourras raconter mon voyage aux enfants, des enfants, des enfants, des enfants, des enfants, de mes enfants, comme si c´était hier, alors que moi, je serai depuis longtemps poussière.
— Tu as raison, Aigle, c´est gravé dans la pierre !
Et nos deux amis de rire aux éclats, le coeur chaud des souvenirs de ce beau voyage.
— Euh… Aigle ?
— Oui ? Roc.
— Tu vois la tache noire à l´ouest ?
— Oui, je la vois !
— Sais-tu ce que c´est ?
— Non, mon ami, je n´ai jamais été aussi loin vers l´ouest…

[...]

Le conseil.

[...]

— Euh… Aigle ?
— Oui ? Roc.
— Tu vois la tache jaune à l’est ?
— Oui, je la vois !
— Sais-tu ce que c´est ?
— Non, mon ami, je n´ai jamais été aussi loin vers l´est…
— Et bien voilà, moi non plus, je ne suis jamais allé aussi loin vers l´est,étant donné que je ne puis voyager, et la curiosité me dévore et il me faut savoir ce que c´est ! Pourrais-tu y aller pour moi et me raconter ?

L´aigle haussa les épaules, secoua la tête et prit son envol. Le rocher,le coeur brisé de ce départ silencieux, se mit à pleurer...
Et à pleurer...
Tellement et tellement que ces larmes alimentaient maintenant une véritable petite rivière de montagne. Il pleurait le jour et la nuit, pas une petite minute de pause. Après quelques jours de patience, les créatures qui vivaient alentour, ne pouvant plus fermer l´oeil ou bien vaquer à leurs occupations en paix, décidèrent qu´il fallait entreprendre quelque chose. Il fallait que cela cesse !

Les animaux se réunirent afin de trouver une solution, ils conclurent que l'aigle devrait aller voir le soleil afin que celui-ci réunisse un grand conseil. En effet, l´affaire était d´importance et la décision qui serait prise se devait d’être définitive. L´aigle prit son envol et alla visiter le soleil.

— Soleil, nous, le peuple de la montagne, nous avons un problème.
— Oui, Aigle, je connais votre problème, les seuls instants de paix dont je bénéficie depuis quelques jours sont ceux qui se trouvent de l´autre côté du monde. La lune et quelques étoiles sont déjà venues se plaindre afin que cesse ce vacarme.
Pour vous dire qu´un rocher qui pleure peut faire du bruit !
— Le peuple de la montagne suggère que nous tenions un grand conseil,Ô, Soleil.

[...]

— Le conseil peut commencer ! annonça l´aigle, le héraut du soleil.
— Mes amis, je connais parfaitement la nature du problème qui est à l'origine de ce conseil, j´en souffre tout autant que vous. Je ne peux empêcher le Rocher de pleurer, car il est dans la nature des êtres de pleurer lorsqu´ils sont tristes. Je ne peux permettre au Rocher de voyager par ses propres moyens, car il n´est pas dans la nature du Rocher de voyager. C'est bien là, la racine de notre problème. Avez-vous des suggestions ? demanda le soleil.

Oh, tout le monde avait bien sa petite idée et le conseil promettait de durer, car la décision se devait d´être prise à l´unanimité. Cela durait déjà depuis des heures, quand arriva la petite souris.

Le conseil et la souris, Sandra Savajano— Je vous prie de m´excuser de mon retard, dit-elle.
Personne ne fit attention, elle était de toute façon toujours en retard.
— Hum ! Hum ! fit la souris.
Les conversations se figèrent, tous se tournèrent vers elle.
— J´ai bien une idée, si vous voulez l´entendre ?
— Parle plus fort ! Avec ce Rocher qui pleure, je ne te comprends pas !lui dit le soleil.
La souris alla chercher deux feuilles de hêtre et se fabriqua un portevoix.
— J´ai bien une idée, si vous voulez l´entendre ?
— Oui, parle petite souris, nous sommes déjà réunis depuis des heures et nous ne progressons pas. Les habitants de l´autre côté du monde doivent commencer à s´inquiéter de ne pas voir le soleil se lever.
Ce fut en effet la journée la plus longue de l´histoire, le soleil étant bien obligé de rester au zénith pendant toute la durée du conseil. Le temps était figé.
— Moi qui suis si petite, je suis habituée à coopérer avec les autres pour résoudre mes problèmes de tous les jours. C´est la raison pour laquelle nous sommes si nombreuses. Si nous unissons nos efforts,nous pourrons certainement faire bouger le Rocher. Il me semble qu´aucune des lois de la nature ne nous empêche de faire voyager le Rocher. Les animaux pourraient creuser à sa base, le pousser, et les éléments, lui faire subir toutes les contraintes. Ainsi nous arriverons certainement à le faire bouger.

Le soleil sourit à la petite souris, comblé de constater que ni la force ni la taille ne sont liées à l´intelligence.
Et tous de s´écrier :

— C´est la solution ! Soleil, c´est la décision du conseil !
— Qu´il en soit ainsi ! Au travail, mes amis, dit le soleil.

Et tous se mirent au travail, chacun selon sa nature.

[...]

Et alors ?

Le reste se passe dans la magie du livre, cette magie de la maman ou du papa qui raconte, de l'enfant qui s'évade avec les mots et les images. Si ces extraits vous ont mis en appétit, vous pourrez satisfaire votre faim de savoir en vous rendant sur Le kiosque à la page "Les éditeurs.", ou bien directement sur le site des éditions Qui lit vit pour vous procurer ce conte illustré par Sandra Savajano.

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