Vous avez dit Messie ? (6)

Du 26 06 2008 § 3 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Cour d'Honneur du lycée Louis-le-Grand, à Paris.

DEFENSE DE GUERIR LES MALADES

Son regard quelque peu courroucé, me faisait craindre d’en avoir trop dit.
« Toi aussi ! J’espère qu’il n’y en aura pas d’autres cette année, sinon je vais avoir des problèmes. »
J’allais lui dire que cela n’était pas un problème mais il reprenait la parole sans me laisser le temps de placer un mot.
« – Toi aussi tu as fait des études de psy ?
– Non !
– Ben, alors, qu’est-ce que tu leur racontes ?
– Euh, ben, euh, rien de spécial, juste que j’entends la voix de dieu, mon père…
– Merde ! Un vrai ! Ah, Jesus, que n’aurais-je donné pour te connaître du temps de ma splendeur. »
De partir d’un grand rire et de me tourner le dos.
Ce Pascal me laissait perplexe. Je n’avais pas bien compris ce qu’il faisait là, sauf que d’une manière étrange, il lui plaisait de se faire passer pour un Messie alors qu’il n’en n’avait pas l’étoffe. C’est en ruminant au sujet de Pascal, que je dévorais mon repas du soir et celui de mon voisin qui faisait une crise d’épilepsie.
La télévision s’éteignait brusquement, nous laissant sans bruit de fond et la puissante voix de Raymond atteignait nos consciences.
« Allez, retour en cellule ! »
Je retournais volontiers dans ma chambre, le mot cellule m’évoquant trop un monastère. C’est certainement le dernier endroit où vous trouverez un Messie.
Je dormais d’un sommeil agité, ayant recraché les pilules blanches et rêvé de Sandrine une bonne partie de la nuit.
Le lendemain matin, ma porte s’ouvrait, à ma grande surprise, sur le Docteur Bigeard, me convainquant que je dormais encore.
« – Bonjour Jesus, vous allez bien ?
– Docteur ? Mais… La caserne ? Comment ?
Le Docteur Bigeard partait d’un rire presque satanique et je voyais dans son regard glacial, une âme noire et un grand désir d’argent.
– C’est mon frère jumeau, Marcel qui vous à livré ici ! »
Je comprenais mieux mais j’avais du mal à assimiler le terme de livraison.
« Bon ! Allez prendre votre petit déjeuner dans la salle commune. Nous nous reverrons d’ici peu. »
Je ne devais jamais revoir le Docteur Bigeard, son frère jumeau non plus d’ailleurs.
Arrivé dans la salle, je croisais le regard de Pascal, qui m’envoyait un clin d’œil complice, mais je préférais ne pas lui adresser la parole, craignant de subir un monologue nébuleux sur le messianisme.
J’évitais le second «simulateur» afin de m’épargner une histoire à dormir debout.
Je partageais ma journée entre les repas et les miracles. Je soignais des hémorroïdes ici, un cancer là, des caries avancées chez un autre et je passais un temps très agréables avec les simples d’esprit.

Particulièrement avec un jeune trisomique du doux prénom de Judas qui me rappelait celui de l’époque et qui passait son temps à me faire des câlins comme s’il avait quelque chose à se faire pardonner.
J’aimais ce lieu et ces gens simples. J’y aurais vraiment été heureux, si j’avais eu le pouvoir d’ouvrir ma porte la nuit et de me glisser dans le poste de surveillance pendant les heures de service de Sandrine.
De retour dans mon antre et après m’être lavé les dents, j’entendais la musique annonçant une communication divine. Je trouvais cette musique exaspérante et kitsch. Le chant des anges. Pfff…
« Ouaaaaa… Ouaaaa… » mais bon, ça plaisait à papa.
« – Mon fils !
– Oui, père ?
– Demain, vous irez dans la cour, j’ai arrangé une amélioration de courte durée.
Il pleuvait des cordes depuis mon internement.
Ne reste pas près du mur d’enceinte !
– Oui, père.
– Tu quitteras cet endroit béni par moi pour aller dans le vaste monde.
Il adorait ce genre de phrases.
Tu trouveras des vêtements sur un corps sans vie, ils seront à ta taille.
J’aimais son sens du détail.
Va et professe la bonne parole !
– Pffff ! Oui, père !
– On ne souffle pas !
– Oui, père !
– À bientôt, mon fils ! »
Ces derniers mots me laissaient comme un pincement d’angoisse, je ne savais pas vraiment comment les interpréter. Oh, je savais bien que comme tout un chacun, je n’étais que de passage sur cette terre, mais j’étais encore puceau dans cette vie là et j’aimerais si possible, pouvoir perdre ce statut avant de passer par la porte-fenêtre .
Je m’endormais rapidement et passais une nuit torride avec Sandrine. Bizarrement, elle était revêtue d’une combinaison en latex qui laissait nue sa poitrine généreuse, portait un masque et me fouettait le sexe avec une cravache, ce qui ne me plaisait pas énormément. Je soupçonnais papa de m’avoir envoyé ce rêve afin que je ne regrette pas trop cet endroit.

Au matin, Sandrine ouvrait ma porte et de grands yeux surpris en me trouvant recroquevillé dans un coin de mon lit, mes bras protégeant ma tête. Je n’étais pas très bien réveillé.
Après le petit déjeuner, pendant lequel je ne regardais personne, voulant m’éviter de croiser le regard d’un de ceux qui se trouveraient près du mur d’enceinte, la voix de Raymond nous invitait à prendre les peignoirs de bain dans les douches, nous allions faire un tour dans la cour suite à une accalmie.
Dans la cour, je restais maussade près de la porte et de Judas, que j’étreignais tendrement.
Un bruit assourdissant et le mur d’enceinte s’écroulait suite à une explosion.
J’embrassais Judas sur le front et je courrais vers la rue, profitant du nuage de poussière.
Je croisais le regard de Raymond qui me souriait.
Merci, le bien-heureux.
Je trébuchais sur la tête coupée, arrachée ? D’un homme de type moyen-oriental, la bouche grande ouverte, comme figée sur un cri.

Image -La cour d’Honneur du lycée Louis-le-Grand, à Paris. – Kajimoto – 07/04/2007 – Licence :

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3 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Jésus en pince pour Sandrine qu’il voit en rêve, mais craint le latex et le sadomasochisme.
    Est-ce un rêve prémonitoire ?
    Il quitte Judas en bon terme, pour s’enfuir de l’asile.
    Avec tous ces évênement successifs, le lecteur perd un peu la boussole…!
    Attention aux blouses blanches.
    Amitié.
    dédé de l’après-midi.

  2. tby dit :

    @dédé: Le povre Jesus va bientot découvrir le vaste monde
    Amitié
    Thierry

  3. Odile dit :

    ou ce qui pourrait passer pour un blase fame… est des fendus de fous .. rire …

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