Vous avez dit Messie ? (3)

Du 25 06 2008 § 3 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

The Reply of the Zaporozhian Cossacks to Sultan of Turkey

DEFENSE DE GENERER DES ODEURS DE VIOLETTES

La caserne.

Je n’avais pas aperçu un seul Monsieur Germain, mais je restais sur mes gardes.
Les gendarmes me menaient à un bureau et me présentaient au Colonel Chartrain. Celui-ci me jaugeait du regard, un regard pénétrant, une balance de pharmacien. D’un signe de la main, sans mot dire, il renvoyait les gendarmes. Ceux-ci saluaient en claquant des pieds et disparaissaient. Mon regard de détresse à leur encontre, lorsqu’ils fermaient la porte, le même regard que j’avais certainement lancé à ma mère il y a maintenant bien longtemps.
Le Colonel lisait. Le silence m’étouffait. Cette attente m’aurait fait du bien, si je n’avais pas cette furieuse envie d’uriner qui me torturait. Le Colonel, meneur d’homme expérimenté, lisait toujours. Il me semblait qu’il avait remarqué ma discrète danse de l’ours et qu’il me testait.
« Combien de temps tiendra-t-il ? »
Je n’ai pas tenu longtemps, mais être le messie présente certains avantages.
Je sentais l’urine chaude couler le long de mes jambes et d’un tout petit miracle, je laissais cette urine disparaître dans le plancher du Colonel et séchais mes vêtements.
Comme je l’évoquais précédemment, la miracologie se doit d’être perfectionnée et je me perfectionnais à la seconde même où je voyais le Colonel relever la tête et renifler l’air ambiant.
Hop, hop, une petite odeur de violette.
« – Vous avez remarqué ces odeurs ? me demandait-il abruptement.
Je sursautais surpris par cette attention soudaine.
- Euh… Non, non, je n’ai rien remarqué.
Ses yeux s’enflammèrent comme l’enfer.
- Non, non, je n’ai rien remarqué, mon Colonel !
Le ton de sa voix, malgré mon inexpérience du monde militaire, m’incitait à répéter bêtement.
Non, non, je n’ai rien remarqué, mon Colonel ! »
Les flammes disparaissaient en un instant, pour laisser place à une moue dubitative.
Il ne disait toujours rien mais ce petit incident avait gommé les dernières traces de l’ivresse et je pouvais maintenant rester comme ça pendant des heures, merci le coin des catholiques.

« – Bon !
- Bon, mon Colonel ! »

Je remarquais immédiatement mon erreur, quelque chose de nouveau étant apparu dans son allure générale: une joie féroce.
« Oh, mais Monsieur est un petit marrant ! Je vous briserai, moi, mon gaillard ! »
J’étais horrifié à la vision de cet homme puissant, me prenant dans ses bras pour me rompre la colonne vertébrale sur son genou gauche. J’ai toujours eu une imagination débordante et je savais par expérience que les gens se donnaient beaucoup de mal afin de raffiner les techniques de destruction de leur congénères.
Il avait du prendre note de mon effroi, car il se tenait maintenant à un centimètre de mon visage, un sourire méchant sur le sien et une haleine à faire fuir un bataillon de vampires.

« Soldat Bertrand ! Vous prenez la porte et vous vous dirigez sur la droite jusqu’au bureau du Sergent Germain qui vous donnera… »
Je n’entendais pas le reste de sa phrase, seuls ces deux mots résonnaient en moi: Sergent Germain, Sergent Germain…
J’urinais de nouveau sur moi, glacé par la peur.
« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Il se pisse dessus cet abruti. »
La terreur qu’il pouvait lire dans mes yeux, les tremblements qui me secouaient, la pâleur de mon visage, l’odeur forte de l’urine, toutes ces informations entraînèrent un changement radical dans mon Colonel: Dégoût.
« Soldat Bertrand ! Vous prenez la porte et vous vous dirigez sur la gauche. Gauche ! Vous trouverez là le bureau du Docteur Massu qui vous dira ce que vous aurez à faire ! Rompez ! »
La précision du vocabulaire militaire me laissait pantois, oui, j’étais rompu.
Mais surtout, j’étais sauvé, enfin pour l’instant, j’échappais de justesse à un rencontre peut-être fatale, avec le Sergent Germain. Le patronyme du médecin n’était pas trop rassurant mais je préférais tenter cette aventure.
Je saluais, comme j’avais vu les gendarmes le faire, une caricature de salut. La moue de dégoût du Colonel Chartrain me laissait entrevoir le niveau de considération en lequel il me tenait: J’étais un pet.

Je sortais de ce bureau, un rien anxieux et un rien soulagé.
Je me réfugiais dans le bureau du Docteur Massu qui était vide. Les odeurs d’éther et de désinfectant qui y régnaient me rassuraient.

Je m’endormais un instant.

« Soldat Bertrand ? Soldat Bertrand ? »
Cet appel me ramenait abruptement à la réalité, m’arrachant à un rêve fantastique : J’étais dans la cour de l’orphelinat des filles et elles se pressaient autour de moi, me caressant, m’embrassant, me déshabillant lentement…
« – Docteur Massu ? Le Colonel m’envoie vers vous…
- Oui ! Déshabillez-vous ! »
Le rêve rejoignait la réalité avec un léger décalage.
Je m’exécutais et me retrouvais bientôt nu et fragile devant cet homme pour le moins massif.
Il s’emparait de son stéthoscope et commençait son travail.
« Toussez ! Suffit ! Inspirez ! Expirez ! Assis ! »
La pauvreté de son vocabulaire me laissait perplexe.
Il prenait des notes, tout en me regardant par instant par dessus ses lunettes demi-lune.
« – Jesus ! Voulez vous vraiment faire votre service militaire ?
- Euh, non mon Docteur !
Il souriait et j’apercevais, derrière ce sourire une âme simple et chaude.
- Ah… Oui, parce que bien que physiquement, vous soyez apte, j’ai des doutes concernant votre aptitude psychologique. disait-il en me montrant mon pantalon mouillé.
Je vous envoie chez le Docteur Bigeard qui vous fera passer une série de tests.
- Bien volontiers, mon Docteur ! »
Il riait maintenant. Je ne connaissais pas encore la portée de cette décision médicale.

Image – The Reply of the Zaporozhian Cossacks to Sultan of Turkey – Ilia Efimovici Repin – 1880 – Licence :

Public Domain

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3 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Pour la deuxième fois, le Messie lâche sa vessie qui se répand d’une manière incontrôlable. Le colonel a le nez fin, et sent cette odeur d’urine, envahir la pièce.
    Très vite, Jesus se retrouve nu devant le docteur Massu. Psychologiquement, il semblerait que le soldat Bertrand ne soit pas apte au service militaire.
    L’auteur décrit la scène avec un savoir faire qui ne laisse pas le lecteur indifférent, à son humour débordant.
    Amitié.
    dédé.

  2. tby dit :

    @dédé: Merci Dédé du matin
    Amitié
    Thierry

  3. Odile dit :

    je suis hilare ..je te soupçonne … de ne pas d’être fait prier .. pour vider…. ta pensée ..en des odes heures de violettes ..
    très fin …
    et rien que d’imaginer feu Bigeard en doc .. c’est délectable .. à souhait ..

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