Vous avez dit Messie ? (2)

Du 25 06 2008 § 6 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Chrystus Frasobliwy: Anielów, mazowieckie, 1650 rok, Muzeum Etnograficzne w Krakowie

DEFENSE DE RANIMER LES P’TITS ZOZIAUX

A l’orphelinat républicain, j’aurais pu être heureux, en effet là pas d’instruction religieuse. En lieu et place, l’instruction civique ou en quatre mots: Déification de la République. Ça n’était pour me déplaire, pas de crucifixion chez les républicains, pas d’histoire de mourir pour les péchés des autres, en gros, chacun son cancer. Par contre, on pouvait glorieusement, mourir pour la République et ça, ça me gênait un peu, car enfin de compte pour moi, le messie, c’est bonnet blanc, blanc bonnet.
J’avais de bons copains, avec eux je pouvais faire des petits miracles, innocents, enfantins et on rigolait bien.
La nourriture n’était pas de première qualité, bien moins bonne que chez les catholiques, mais j’ai appris depuis que les citoyens sont moins généreux que les bigots.

Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, s’il n’y avait eu Monsieur Germain. Un ancien de l’orphelinat qui avait suivi à la lettre l’instruction civique et qui en sortant de l’institution, s’était engagé dans l’armée, direction l’Afrique, l’Indochine et pleins de petits pays aussi exotiques qu’excitants. C’est à l’armée que Monsieur Germain avait découvert sa vocation de pédophile.
Comme il avait de la mémoire, Monsieur Germain, il s’était rappelé à sa libération que des enfants, il y en avait plein dans les orphelinats de la République et que pas grand monde ne se souciait de ce qui leur arrivait.
Monsieur Germain était chargé de surveiller notre dortoir et la nuit, il s’acharnait sur un certain Pierre-Marie. C’était un garçon malingre et pleurnichard que personne ne pouvait sentir, à part moi, c’est dans ma nature. Il avait pour plaire à Germain, des allures de petite fille et pour me plaire à moi, le prénom de ma mère et celui de mon meilleur copain, il y a deux mille ans et quelques centimes.
J’enrageais à entendre les pleurs de Pierre-Marie certains soir, grâce à papa pas tous les soirs, lorsque Germain se rendait à pas de loup sous ses couvertures. J’enrageais parce que j’étais impuissant, je ne pouvais faire de mal à personne.
Les miracles, c’est pour faire du bien !
Jusqu’au jour où j’apprenais, tout à fait par hasard, que Monsieur Germain, avait contracté la malaria pendant ses voyages et que celle-ci était en grand danger de mort, du fait de sa robuste condition physique et de ses nouveaux médicaments.
J’ai alors pris pitié de ce parasite, si délicat, si fragile et j’ai fait un petit miracle. Le parasite était maintenant guéri et appartenait de plus à une nouvelle forme, particulièrement résistante aux nouveaux médicaments et dangereusement virulente.
Monsieur Germain mourait deux semaines après, emportant dans la tombe mon petit secret.
Papa a gueulé. Il n’était pas content mais je lui ai fait remarqué que je me devais d’aider les faibles et dans le cas du combat de Monsieur Germain et de la malaria, celle-ci était en très mauvaise posture et donc, que je n’avais fait que respecter ses consignes.
Toc !
Malheureusement, papa devait avoir d’autres plans pour Pierre-Marie qui suivait son tortionnaire dans la tombe, trois semaines plus tard.
J’ai beaucoup pleuré…
Même si je sais que Pierre-Marie, il est beaucoup mieux maintenant que dans l’orphelinat de la République.
Les années passaient et je devenais un adolescent.
Contrairement à ce que certains s’acharnent à croire, je participais volontiers aux concours de branlette dans les douches, j’étais même un des meilleurs.
Nous avions un marché noir parfaitement organisé, approvisionné par certains de nos surveillants bien intentionnés. Nous avions accès à des magazines comme Play-boy, Lui, enfin que des trucs intéressants. Certes, ils n’étaient pas de première main, les posters quelque peu malmenés, ainsi que de petites tâches suspectes nous le laissait supposer, mais nous n’étions pas regardant. Affamés de vie et de découvertes, comme tous les adolescents, nous étions enjoués et farceurs et il nous plaisait d’explorer les possibilités que nous offraient nos excroissances, d’autant plus, que l’orphelinat des filles n’était séparé de nous que par un grillage, je n’ai jamais rencontré depuis de grillage aussi attirant.
Pour épater mes copains, alors que j’allais vers mes dix-huit ans et comme il n’y avait pas assez d’eau dans la cour pour marcher dessus, je traversais le grillage avec un petit miracle de ma composition et je me retrouvais, bonheur ultime, pendant cinq minutes dans la cour des filles.
Il semblait qu’elles traversaient les mêmes étapes évolutionnaires que nous, parce qu’elles se jetèrent sur moi en hurlant et que sauvé in extremis par leurs surveillantes, je repassais dans nos quartiers, par la porte cette fois, penaud et complètement nu.
Mes camarades me considéraient comme un héros. Je ne pouvais jouir longtemps de ce statut délicieux, car en punition, j’étais envoyé au service militaire pour mes dix-huit ans, comme qui dirait enrôlé d’office.

Le jour de mon anniversaire.
Ah oui, mon anniversaire.
J’avais oublié de vous dire, que par un malin coup du sort et par un humour Ô combien sarcastique, les religieux m’avait donné comme date de naissance, le 25 Décembre.
Jesus, 25 Décembre… Je suis plié de rire !
Ils rattrapèrent ce manque d’originalité caractérisé en calculant mon année de naissance d’une manière scientifique. J’avais, semble-t-il, quelques semaines lors de mon abandon, nous étions en décembre, ils décidèrent donc que j’étais un enfant de l’année.
Génial, comme méthode de calcul, non ?
Mais revenons en à nos moutons.

Le 26 décembre au matin, je quittais donc cet endroit qui était le seul endroit où j’ai connu le bonheur, la larme à l’œil et en reniflant.
Mes potes s’étaient rassemblés en une haie d’honneur silencieuse, ce qui donnait à cet événement une dimension particulièrement dramatique.
Je les remercie pour cet hommage de gosses qui me fait encore chaud au cœur.
Me voilà parti dans un fourgon de gendarmerie, avec deux officiers chaleureux parlant avec un fort accent du sud-ouest.
« Ben, fait pas cette tête là ! C’est pas si grave le service militaire. »
Et de sortir le saucisson et le pain.
Oui mais eux, ils ne connaissaient pas Monsieur Germain.
Je m’étais fait à l’idée, que l’armée était constituée d’une multitude de Monsieur Germain.
J’arrivais à la caserne, un peu ivre du vin des deux gendarmes.

Image – Chrystus Frasobliwy: Anielów, mazowieckie, 1650 rok, Muzeum Etnograficzne w Krakowie – ImreKiss – 09/09/2009 – Licence :

Licence Creative commons by

Bouton lire la suite

{lang: 'fr'}

6 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Jésus Bertrand réussit son premier miracle en faisant mourir le pion pédophile. Hélas, par la volonté de Dieu, le petit Pierre Marie rejoint ce dernier dans la tombe, peu de temps après.
    Pour rejoindre les filles, Jésus passe à travers le grillage, grâce à une pince monseigneur.
    Le service militaire appelle le jeune Bertrand, âgé de dix huit ans.
    L’auteur met toute son imagination au service du Messie.
    Le lecteur se sent miraculeusement envoûté par cette nouvelle.
    Amitié.
    dédé.

  2. tby dit :

    @dédé: Ahahah Merci Dédé pour la pince monseigneur. J’ai bien ri
    Amitié
    Thierry

  3. Edouard dit :

    Prendre pitié de la malaria….Fallait y penser pour souligner la haine pour ce pédophile Germain !
    .-= Edouard son dernierblog ..ET DIEU CREA… =-.

  4. Odile dit :

    tentant de déposer son nom ..sous vous avez dit Messie .. car c’est Rhésus cité …
    sourire
    Très âme morale ..mâle à ria ..qui met fin.. au calvaire du Petit Pierre Marie … en terrassant son bourreau …

    Reminiscence de souvenirs .. de pensionnats .. que cette impromptue escapade .. chez les filles ..
    j’ai bien ri …

    Quel baroud d’honneur .. que cette haie .. pour rejointe les milles et taire ..

Laisser quelques mots