Vous avez dit Messie ? (12)

Du 27 06 2008 § 3 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

French Santa

DEFENSE DE SE TELEPORTER

J’allais directement au foyer municipal, muni de mon formulaire.
J’en profitais pour demander au gardien s’il ne savait pas où je pouvais me procurer un blouson. Il m’indiquait gentiment le rez-de-chaussée où se trouvait une pièce dans laquelle on stockait tout ce que les SDF abandonnaient au foyer. Je trouverai certainement mon bonheur me disait-il hilare.
Moi, je ne trouvais pas ça drôle mais je ne voulais pas me laisser gâcher cette journée qui avait si bien commencé.
Je trouvais un superbe Bomber, beaucoup trop grand, dans un état de délabrement et de crasse à faire fuir les parasites. Il était bien chaud, un luxe par les temps qui courent.

J’allais ensuite me présenter aux Galeries Troglodytes, ne riez pas, cette galerie marchande se trouvait dans les caves d’un immeuble en rénovation, ce qui je le supposais, expliquait le grand besoin de publicité qu’ils éprouvaient. Le chef du personnel que j’avais croisé dans le couloir ne voulait pas me recevoir. Il détachait l’aide-comptable, monsieur Lafrin, de ses occupations si peu romanesques pour me recevoir.
Monsieur Lafrin était un homme simple et gentil.
Je remarquais tout de suite sa simplicité à la façon toute naturelle qu’il avait de se boucher le nez en ma présence.
Cette main sur son appendice, sa péninsule car il l’avait grand, lui donnait une voix nasillarde qui me le rendait irrésistible.
Il riait de bon cœur lorsque je lui parlais en maintenant fermement mon nez de la main gauche.
Il m’indiquait avec sa seule main libre, les douches réservées au personnel et me donnait un petit cadenas à combinaison qui devait protéger mes biens pendant que j’arpenterai le trottoir, péripatéticien des temps modernes.
Mon julot, les galeries Troglodytes EURL, ne me rétribuant ces heures de marche que d’une aumône de vingt euros.
Monsieur Lafrin n’était pas satisfait de mes santiags.
Je lui répliquais qu’après tout c’était des bottes et que personne ne remarquerait ce détail.
Il me laissait en présence d’un costume rouge et blanc que j’aurais volontiers échangé contre mon Bomber pour affronter l’hiver.
Les douches me réservaient une surprise agréable, c’était des cabines individuelles.
Je me masturbais avidement, pas mécontent de cette occasion de décrisper la situation.
J’entendais un rire gras venu de je ne sais où lorsque je criais: « Hortense ! Hortense ! »
Quand je sortais des douches, il n’y avait personne.
Je revêtais mon costume de père Noël et sortais non sans oublier ma hotte.
Je réalisais cette erreur et retournais dans le bâtiment.
Je croisais un groupe de collègues qui riaient très fort à ma vue. Un de ses rires était facilement identifiable comme celui des douches. Je devais être aussi rouge que mon costume et je me mettais à courir lorsque j’entendais : « Hortense ! Hortense ! »

Je vous épargnerai la description de ce travail, comme celle de la nuit au foyer.
Un mot, valable pour les deux: SORDIDE

Je dormais jusqu’à 6 heure du matin, heure à laquelle nous devions déjeuner et libérer les dortoirs. Le café était insipide et les tartines au beurre légèrement ranci me donnaient la nausée. Mais, j’avais faim.
J’allais errer dans la ville lorsque la musique, cette foutue musique de papa, m’annonçais un message divin.
« Ouaaaa… Ouaaaa… »
Me cassait les burnes, cette musique.
« – Mon fils !
– Oui, papa ?
– Tu vas rencontrer un messager, au 12 rue Lafayette. C’est un expert, il t’expliquera .
– Oui !
– Au travail, mon fils ! »
Je n’étais pas mécontent que la communication soit si courte et je me hâtais vers la rue Lafayette. Je ne voulais en aucun cas rater mon rendez-vous avec Hortense.
C’était un cyber-café turc qui faisait aussi la promotion de voyages touristiques et l’installation d’antennes satellites. Je rentrais et me commandais un expresso, bien content de posséder les vingt Euros d’hier. Je remarquais après un moment deux français qui avaient l’air perdu là. Je me dirigeais vers eux, l’un d’eux était sûrement le messager.
« Bonjour, je m’appelle Jesus ! »
Le plus vieux était en transe religieuse et je me tournais vers le plus jeune.
« – Tu es le messager ?
– Oui, je suis le messager. Je suis autiste et j’excelle dans le domaine de l’Internet. C’est même tout ce dont je suis capable. L’autre c’est mon garde-malade. J’ai onze ans ! »
Je sifflais admiratif, papa avait bien fait les choses.

Nous passions la matinée sur un ordinateur et Jean-Louis m’enseignait ce que je pouvais assimiler en si peu de temps. A la fin de notre rencontre, j’avais tout un tas de choses dont cinq minutes plus tôt, j’ignorais jusqu’à l’existence.
Une adresse mail : Jesus@free.fr, un blog fantastique chez overdose-blog.com, le tout enrichi d’images comme cette fresque du plafond de la chapelle Sixtine et quelques Da Vinci. J’avais tout ce qui pouvait compter avec: RSS, CSS et que sais-je encore.

J’étais on-line

Me restais à remplir des pages et des pages pour sauver le monde et les hommes.
On avait vraiment rigolé avec Jean-Louis à animer la fresque.
Il était vraiment doué ce gamin.
Tout à coup, je regardais la petite horloge du PC et je voyais horrifié qu’il était 12 heure 58. J’embrassais Jean-Louis sur le front et filais dans les toilettes.
J’y accomplissais un miracle que papa n’aimait pas du tout. Je me téléportais dans les toilettes de la mairie.
C’était pas un miracle facile surtout quand on ne sait pas ce qui nous attend à l’arrivée.
J’atterrissais dans les toilettes des femmes, sur les genoux d’une Mama-Benz qui s’évanouissait sur le champ, non sans pousser un cri d’horreur terriblement puissant.
Je ne sais pas pourquoi, par pudeur peut-être, je prenais le temps de lui remonter la culotte, ce qui était un travail digne de ceux d’Hercule, du fait de l’embonpoint de cette dame.
Entendant des pas précipités dans les toilettes, je me téléportais de nouveau à l’estime et je me retrouvais devant la porte du bureau d’Hortense. Celle-ci s’ouvrait soudainement sur ma belle africaine qui poussait un cri de surprise. Décidément, ça n’était pas mon jour de chance avec les femmes noires.

Image – French Santa – Jacob Windham – 20/12/2004 – Licence :

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3 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Dans les douches, Jésus décrispe la sitation d’une manière bien particulière et personnelle.
    Le Messie, devenu blogueur, connait toutes les ficelles techniques du web.
    Téléporté tout d’abord dans les toilettes des dames, Jésus se retrouve devant la porte d’Hortance.

    L’auteur nous laisse devant cette porte ouverte, où le cri de surprise de la belle africaine nous laisse envisager le pire….suspens… à suivre.
    Amitié.
    dédé.

  2. tby dit :

    @dédé: Dédé du matin, bonjour.
    Merci pour ta lecture soignée et tes commentaires précis
    Amitié
    Thierry

  3. Odile dit :

    satisfaire le mâle .. pour faire le bien .. après .. je ne sais pas… si j’avais continuer à animer le chapelet des enfants…comment j’aurais pu faire passer cet aspect humain …
    rire

    et puis avec ce para l’aile final … on peut affirmer que le fils de Dieu a de l’humour …

    Trop drôle …

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