
DEFENSE DE MARCHER SUR L’EAU
Je me nomme Jesus Bertrand, prononcez Jesus à l’espagnole (rézouss) et pour commencer fort, je suis le messie !
Mais non ! Mais si, mais si !
Je ne sais pas pourquoi mais je l’aime bien celle-là.
Je suis né, je ne sais plus quand, en Espagne, je ne saurai jamais à quel endroit, ma mère étant tsigane et moi-même, le fruit d’un viol, le jour de ses seize ans.
Elle me nomma Jesus, une façon bien à elle, de faire la nique au destin.
Genre: «Immaculée conception», je ne lui en veux pas, au vu et au su des circonstances de la-dite conception.
Elle m’abandonna peu après ma naissance, devant la porte d’un monastère catholique en France, ce qui explique ce nom de Bertrand.
Imaginez ce panier fait main, plein d’une petite chose hurlante et affamée, sur laquelle était épinglé un petit bout de papier toilette rose avec des cœurs rouges où était inscrit : JESUS.
Contrairement à la dernière fois, cette vie là commençait plutôt mal.
J’ai grandi dans la rigueur d’une éducation toute catholique et j’ai appris à coups de trique à ne pas révéler trop légèrement mes petits secrets de messie.
Lors des cours de religion, je contestais ma nature divine.
Je suis le fils de l’homme, dans mon cas des hommes, les violeurs étant jadis une dizaine et non pas le fils de dieu, malgré que je l’appelle mon père.
Nous sommes tous les enfants de dieu, non ?
Après avoir pris deux claques magistrales dans la salle de classe, je fus mis à la diète et au coin, pour le reste de la journée. J’aimais le coin, moins la diète, parce que là, j’avais le temps de penser. Penser que la vérité n’était pas toujours bonne à dire.
Ma vie est une longue série d’échecs, de baffes et de coups de couteau.
Avant de vous raconter cette décadence qui m’amène à rédiger ce testament post-mortem, j’aimerai préciser certains détails de ma vie, il y a deux mille ans et quelques centimes.
A l’époque, c’était pas trop mal de naître juif et puis surtout, ça passait bien dans les projets de papa.
J’ai grandi heureux avec Marie et Joseph, au milieu de mes frères et sœurs, comme il était d’usage à l’époque. Mais voilà, moi je n’ai pas eu de chance, j’étais le messie.
Pour les miracles, vous pouvez croire ce qui à été écrit, c’est une description à peu près fidèle, quoiqu’un peu exagérée.
Pour le célibat, c’est une toute autre histoire.
Rendez-vous compte, de la réputation que j’aurais eu, si j’avais été célibataire, entouré d’une foule de jeunes gens plutôt avenants et ce à l’âge de trente trois ans.
La langue française, pas toujours subtile, me permet de raccourcir à deux lettres, P et D, le gentil surnom dont on m’aurait affublé à l’époque.
La sodomie, par ailleurs, ne faisait pas partie du programme de papa. Il avait déjà réglé cette histoire en rayant de la surface du monde un ville homonyme.
Non, bien sûr, j’étais marié, heureux et père de trois enfants, comme il se fallait, pour un artisan.
J’avais pas vraiment envie, pour tout vous dire, de finir crucifié, mais bon, papa y tenait, histoire de symbole et de message. En un mot, c’était important pour le marketing.
Alors, comme c’est écrit, me voilà, trimbalant la croix, le dos en sang dans les rues de Jérusalem. Ma femme et les enfants étaient restés à la maison, vous comprendrez pourquoi.
Je vous passe les détails concernant la douleur, c’est d’ailleurs assez bien rendu dans le film de Mel Gibson.
Jusqu’à la crucifixion proprement dite, la bible est à lire comme un journal, pour le reste, je vous expose volontiers ma version des faits.
Je n’ai pas parlé à mon père ou aux autres joyeux lurons qui se trouvaient sur la colline avec moi, c’est techniquement, pardonnez l’expression, impossible.
Je m’explique. Essayez, les bras en croix, le poids du corps pesant sur les poumons, de causer avec l’assistance. La douleur, pour en parler, étant assez forte pour clouer la bec au plus bavard, voire embouteiller le système vocal de gémissements.
Ne cherchez plus le Graal, personne ne récupéra le sang s’écoulant de ma plaie à l’aine. Au moment du crime, il n’y avait plus un chat sur la colline, excepté quelques légionnaires. Ceux-ci étaient à vrai dire plutôt sanguinaires mais n’avait que faire du sang d’un juif.
Pour la résurrection, c’est pareil, c’est des bobards. Mes restes furent dévorés par des chacals, ou pour refaire tomber l’atmosphère : des chacaux. Ce que les charognards avaient laissé, fut dérobé par un magicien célèbre qui arrondissait ses fins de mois en vendant des élixirs de crucifié, comme on vendra des élixirs de pendus au moyen-âge.
Pour le reste, les quarante jours avant la montée au ciel, c’est vrai, c’est comme ça pour tout le monde. C’est le temps nécessaire à l’âme pour quitter les choses de ce monde. Je ne voudrais pas vous induire en erreur, avec cette histoire de monter au ciel, c’est plutôt comme de passer par une porte-fenêtre, les mondes n’étant pas les uns sur les autres, mais côte à côte .
Voilà, ne croyez pas que je règle de vieux comptes, j’ai seulement un goût prononcé pour la vérité.
Mon enfance.
Vous me direz sûrement: « Mais qu’en est-il des miracles dans cette vie là ? »
J’y viens de suite. Enfant, dans cette institution catholique, je faisais des petits miracles, ici et là. Oh, pas spectaculaires, les miracles c’est comme la prestidigitation, ça s’apprend, ça se perfectionne. Je redonnais la vie, à quelques menues créatures, comme ce moustique, écrasé injustement par le surveillant du dortoir. Je transformais, le dimanche, le pain blanc en croissant, juste pour ma pomme, une question de sécurité.
Jusqu’au jour où, outré par la mort violente d’un rossignol, je chassais le chat d’un coup de pied et ranimais ce petit volatile au chant si merveilleux et ce devant témoins.
Ce hasard heureux, qui me valu presque un bûcher, j’en rajoute, pour cause de sorcellerie devant mes petits camarades; me permettait de finir mon enfance dans un orphelinat républicain.
Les cathos m’ayant renié.
Un comble, non ?
Ma vie est remplie de ces incompréhensions…
Image – Ecce Homo, Detail: Gesicht Christus – Antonello da Messina – 1473 – Licence :
















Bonjour Thirry,
Bertrand, notre nouveau Messie, ne cache pas son attirance vers les femmes. D’ailleurs, il demeure le Jésus mal aimé des cathos.
Si ce pêcher de chair n’avait pas eu lieu de la part de ses ouailles, nous ne serions peut être pas de ce monde.
L’auteur écrit ce parallèle destin de « Jésus Bertrand » avec celui de Nazareth, en croisant des « vérités » nons dites, et des absurditées « dévoilées ».
Il est le seul à pouvoir jongler avec humour, des faits reconnus et légendaires et d’autres méconnus …mais réels.
Un texte superbe où chaque phrase nous fait sourire, dont la subtililité ne manque pas de finesse et d’humanisme.
Du très grand Thierry, dont l’imagination est débordante…pour notre plus grand plaisir.
Amitié.
dédé.
@dédé: Bonjour Dédé du matin.
Je souris en pensant au plaisir que vas te procurer le reste de la lecture et te remercie pour tes commentaires
Amitié
Thierry
C’était un peu le Garcimore de l’époque, mais la concurrence était rude avec Simon le magicien…
.-= Edouard son dernierblog ..ET DIEU CREA… =-.
Bonjour Thierry,
Je suis hilare …comme quoi de cliquer au hasard heureux de son envie … et ce,un mercredi … celui où …après 2 mois d’absence.. je vais « animer » le chapelet des Enfants en l’Eglise du Christ Ressuscité …franchement …cela ne s’invente pas!
Je vais lire .. bien évidemment religieusement…tous les épis’ odes …de Jésus Bertrand …
Y puiserais-je des détails … peut-être …
Rien qu’à cette éventuelle possibilité .. j’ai une pensée fraternelle .. de compassion espiègle… pour les Bigottes et mes Soeurs de l’Assomption… à qui ma « revisitation » de la vie de Jésus …choque en dessous chics…
Bon mercredi,
Sourire
Odile
@ Odile : Merci Odile, rien que de lire ce commentaire, je ris. J’espère que nous allons rire ensemble, j’attends impatiemment tes réactions de lecture à ce Jesus Bertrand. A bientot et bon mercredi à toi. THierry