Une histoire d’amour. (1)

Du 12 06 2008 § 9 Commentaires § Mots-clefs : , ,

Vögleins Begräbnis

Il avait soixante dix ans et elle en avait soixante quinze.
Ils s’aimaient…
Ils s’aimaient comme on croit que l’amour n’existe que dans les livres.
Elle le regardait et voyait ce jeune homme de quinze ans.
Il la regardait et voyait cette beauté de vingt ans.

Il était Markus et elle était un ange.
Elle était Gundula et il était son chevalier servant.

Jamais, au grand jamais, il n’avaient eu une autre image, comme si le temps magnanime, s’était figé en découvrant ce couple aimant.
Les rides délicieuses, les taches brunes sur les mains étaient comme autant d’artifices, comme des joyaux, comme un don des cieux pour illuminer l’autre.

Ils s’aimaient…

Elle était coquette et il en était friand.
Les sourires éclairaient leurs visages jusqu’à cet instant.

« Gundula, vous avez le cancer du sein ! Il est très avancé et les métastases attaquent vos poumons et autres organes vitaux. »

Gundula avait toujours su que la mort viendrait, jalouse de leur bonheur, jalouse de l’harmonie.
Markus était abattu, il était jeune et plein de vigueur et jamais, au grand jamais, il ne voulait que seule elle meurt.

Ils prirent leurs dispositions. Ils étaient fortunés et n’avaient pas d’enfants alors ils rédigèrent leurs testaments.
De cette fortune devait s’élever une pyramide de porphyre sous laquelle ils reposeraient.
Elle se devait d’être grande, majestueuse et harmonieuse. Elle se devait de les réunir et de symboliser leur amour, cet amour qui avait survécu au temps et qui étincelait comme aux premiers jours. Elle se devait de prendre rapidement une patine, comme si elle avait toujours été là, comme si de mémoire d’homme, il y avait toujours eu une pyramide en cet endroit. Comme leur amour, ils en étaient sûr, ne provenait pas seulement de cette vie là. Leur amour provenait du fond des temps, du temps où deux bactéries insignifiantes s’unissaient pour faire des enfants.

Le reste de cet argent devait devenir une fondation qui aiderait les gens.

Ils mettaient les rouleaux de papiers, les documents dans une petite boîte qu’ils envoyaient à un de leurs amis, un artiste de renom.

Ils se couchaient ensuite et faisaient l’amour.
Ils faisaient l’amour en humant le souffle de l’autre, en caressant son corps et en s’imprégnant de sa chaleur pour toujours.

L’état de Gundula s’aggravait subitement.
Elle rentrait à l’hôpital où la chimie viendrait à bout de la douleur. La plus grande douleur, elle l’avait dans son cœur, séparée de son Markus en ces instants fatidiques.
Markus prenait ses dispositions. Il allait voir un médecin de leurs amis qui ne lui poserait pas de questions. La visite à la pharmacie n’était plus qu’un formalité et il rentrait chez lui, tenant la mort dans un petit sac en papier.

Il allait voir Gundula et passait ses journées à son chevet, lui tenant la main, lui chantonnant ses chansons. Gundula chantait tout le temps, elle était une joie intense. La moindre nuance de gris dans les noirs nuages provoquait son émerveillement.
Il savait que derrière le rideau de la morphine, son cœur recevait la douceur de son amour.
Il interrogeait le médecin : « C’est pour quand ? »

« Mon pauvre ami, pour ce soir ou cette nuit… »

Markus déposa un baiser sur le front de l’être aimé et s’en alla le cœur léger prendre sa potion et son meilleur whisky.

Dans la nuit, personne ne saura jamais pourquoi, Gundula se réveilla, appela le médecin et lui glissait un papier dans la main et la clef de leur villa. Sur cette feuille était inscrit :

« Allez voir Markus ! »

Et elle partit… Son dernier souffle se mêlant au vent qui deviendrait un cyclone dans vingt ans.

Image – Vögleins Begräbnis – Aus: Die Welt im Kleinen : zwölf Bilder aus dem Kinderleben. Ein Familienbuch von Eduard Schulz mit Text von Emil Rittershaus., Flemming, Glogau 1867 – Licence :

Domaine public

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9 Commentaires

  1. lubesac dit :

    Vraiment très touchant!Et çà existe vraiment ces couples qui ne subsistent pas après la mort de l’autre
    J’admire la simplicité des mots pour une chose toute simple qu’est ce grand amour!

  2. Patrick dit :

    Une émotion extraordinaire que, magicien des mots, tu insuffles avec sensibilité et retenue. Derrière la pudeur des mots, l’amour et la mort se réuinissent pour réunir les âmes.

  3. dédé dit :

    Bonsoir Thierry,
    Vivre sans l’autre est un difficile sujet que tu as écrit avec pudeur et sensibilité. Fortes émotions lorsque la séparation approche indubitablement.
    Errement cruel pour celle ou celui qui reste.
    Amicalement.
    dédé.

  4. Gilles Monplaisir dit :

    A mon tour, cher Thierry, de découvrir… Et d’être séduit.
    .-= Gilles Monplaisir´s last blog ..Groseille =-.

  5. Odile dit :

    Je suis émue .. très émue ..
    j’ai repensé à mon Richard Burton et Liz Taylor ..qui s’aimaient comme au 1er jour de leur rencontre .. mais qui se chamaillaient pour un oui poçur un nom .. comme pour avoir un prêtexte pour se réconcilier plus fort .. d’où les surnoms affectueux que j’avais donné à ce couple qui m’a connu au berceau …
    Elle avait été la Nounou de mes petits Frères .. puis la NounouMamie de mes Enfants …
    Elle était d’une coquetterie …incroyable..pour plaire à son Roi de Coeur …
    Lui débordait d’imagination …pour leurs tête à tête réguliers …
    C’était magique à voir .. c’était un coup de soleil en hiver …

    Nous venions de fêter leur 60ème année de mariage .. quand on a appris que le Papy avait les reins atteints …
    Lorsque le Papy est parti .. pour l’autre monde .. La Mamie l’ 1 mois après …

  6. Odile dit :

    suite .. La Mamie l’a suivie un mois après …de chagrin ..
    Et là .. alors que d’habitude .. je les fais vivre dans ma tête et mon coeur .. ils me manquent tous 2… cruellement ..
    C’est benêt .. d’autant que je suis persuadée .. qu’Ils sont là haut .. en train de roucouler .. comme les 2 Tourtereaux qu’Ils sont …

    Merci pour cette très jolie Histoire

    Odile

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