Tous A Zanzibar !

Du 17 04 2008 § 4 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Pelleteuse

N’importe où et n’importe quand…

Un chantier/Baustelle…

La nuit est froide/Kalt.
Nos pieds restent figés dans la boue, une sensation de vol/Raub…
La pelleteuse est là, figée elle aussi, comme un fossile oublié/vergessen.

Nous mettons en place la batterie que nous avons apporté/gebracht.
Je fais signe à Xo qu’il peut commencer/beginnen.
Il grimpe sur la bête et rentre dans la cabine, quelques minutes plus tard, le monstre vibre et crache de la fumée/Rauch.
J’aime cette odeur de gasoil mal brûlé et le chaos du diesel froid, c’est comme une musique/Musik.

Le dragon se met en branle et se dirige vers la banque/Bank.
Le flux d’adrénaline qui coule en moi est jouissance et mes poils se hérissent/sträuben sich.
Je retourne à la camionnette, nous fonçons vers l’agence/Zweigstelle.

Xo est déjà là et il détruit la vitrine d’un coup de pelle/Schaufel.
Nous sortons du véhicule que nous avons garé deux rues plus loin et les cinq danseurs pénètrent dans la banque pendant que Xa et moi peinons à sortir le costume du monstre/Ungeheuer.
Les danseurs sont maquillés en zèbres, ils sont nu et leurs corps sont recouverts de rayures blanches et noires/Schwarze.
Xi leur a fabriqué de magnifiques crinières rayées qui leur descendent jusqu’aux fesses/Hintern.
Nous avons sept minutes. Dans six minutes, nous serons de nouveau dans la camionnette, en route vers le squat/besetztes Haus.

Xo place la pelle à quelques centimètres du sol, nous enfilons le masque sur cette ébauche de gueule grotesque/grotesk.
J’ai du mal à ne pas rire. Je me sens plus vivant que jamais/je…

Dans la banque, les danseurs exécutent leur chorégraphie, c’est magnifique et silencieux, c’est le surnaturel du surnaturel, la normalité/Normalität…

Xo relève la pelle et la fiche dans une voiture garée là. Les grincements du métal sont comme un cri d’agonie, les vitres explosent et la sirène d’alarme hurle/plärrt.
Xa arrose le tout de peinture rouge, il est beau, il semble jouir, un sourire éternel gravé sur sa face/Gesicht….
Le monstre tue parce qu’il a faim et la mort : ça saigne/blutet.

Pendant que Xa renverse le « sang » sur la bête et sa proie, Xo et moi enlevons la batterie que nous replaçons dans la camionnette/Kleintransporter.
Les danseurs remontent dans le véhicule, Xa aussi/auch.
Nous démarrons et les premiers rires fusent, des cris aussi, des cris de victoire, de défi, de plaisir/Vergnügen.

TAZ !”

Xu uploade la vidéo qu’il a filmé avec son téléphone portable, on y voit les zèbres qui dansent, qui vibrent, qui vivent. On y entend le cri d’agonie de la proie. Le vacarme des sirènes d’alarmes est comme une symphonie et les danseurs harmonisent leurs mouvements avec cette mugisique. Ils fuient et les dernières images montrent la pelleteuse assouvissant sa faim primordiale de vie à jamais perdue, un masque de toile avec un œil qui nous observe, nous somme les proies de demain/Morgen…

Nous sommes les terroristes poétiques de ce jour, il n’y aura jamais un monument à la gloire du terroriste poétique inconnu, juste des images/Bilder…

Image – Pelleteuse – Rama – 09/09/2006 – Licence :

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4 Commentaires

  1. Odile dit :

    Bonjour Thierry,

    patchwork d’impressions multiples et contrastées …émane de ce scénario terroriste poétique …

    1 La langue française émaillée pour certains de ses mots à leur traduction allemande …donne un cadence particulière au récit …très rythmée au final …

    2 le vocabulaire et les métaphores le revêt du costume et lui tatoue les peintures indiennes pour la danse et la bataille …

    3 Tout au long de son déroulement , l’oeil de la caméra enregistre la transposition ..d’un acte de vandalisme .. en une création poético artistique …
    Au final .. étonnamment .. c’est réussi !
    Alors bravo !
    Sourire
    bon vendredi
    En volutes bleues
    Odile

    • tby dit :

      @ Odile : Sourire. Quel fut le premier acte de vandalisme ? C’est là la question. La création des banques ou la destruction de l’agence ? Merci pour le compliment. Thierry

  2. Yannick dit :

    Salut Thierry,
    je ne connaissais pas ce concept de TAZ mais appliqué au terrorisme poétique et ce sous ta plume, c’est un régal. ton texte est vif et l’on s’imagine très bien la scène par l’intermédiaire des caméras de surveillance. cette performance artistique, exécuté par des aristes chinois, donne à rêver à une Internationale Poétique. de plus, tes acteurs sont courageux de faire leur « show » dans un pays où l’on va en prison pour son blog si ce dernier critique le régime.
    Sous des dehors de grande farce (ce qu’est parfois l’art) ton texte donne à réfléchir et comme pour les acteurs de ton texte, envoie une bouffée d’oxygène face au capitalisme.
    ce petit texte était fort sympathique et encore bravo.
    au plaisir de te lire.
    amitié

    Yannick

    • tby dit :

      @ Yannick : Bonjour Yannick, c’est avec joie que je découvres ta découverte, je pensais que tu l’avais lu depuis longtemps. Il m’est parfois difficile de suivre le trajet de mes lecteurs entre myspace de mes débuts, la migration Overblog et enfin WordPress. La TAZ qui est toujours d’actualité, est un texte vieux de presque vingt ans. Il est mis en pratique dans beaucoup de domaines, les apéros géants facebook en sont une expression, les flash mobs également. La technique a permis aux autonomes et autres de l’appliquer dans les manifestations, ils apparaissent ici, disparaissent et se regroupent plus loin grace à leurs portables, etc.
      Je souris en lisant que tu penses que la nouvelle se déroule en Chine, je la situais pendant la rédaction dans une banlieue triste et camenbert. Rire. C’est probablement lié aux pseudonymes qu’utilisent les artistes. Merci pour le compliment. Amitié. Thierry

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