Surprise ! Surprise ! (1)

Grotesque : esclave nain, chauve et ithyphallique portant deux paniers

Un texte écrit dans le cadre du « défi de juillet » sur le site de la société de la rose. Pour voir les textes des autres concurrents, cliquez sur ce lien : blog de la société de la rose. Le thème de ce mois est : Surprise.

Surprise ! Surprise !

Je m’appelle Charles Ringer. Si j’écris ces lignes c’est pour laisser témoignage des premiers instants qui changèrent notre monde pour toujours. Je me dois d’écrire qui le ramenèrent à la «normalité».

Ma carrière d’écrivain était à son apogée lorsque je décidais d’acheter cette petite maison abandonnée au cour de la ville nouvelle de Barbery dans l’Oise. Une chaumière classée monuments historiques, ce qui lui avait valu de survivre au projet d’urbanisation le plus ambitieux depuis Marne-la-Vallée.
Elle m’avait séduit dès le premier regard et son petit hectare de bois et de jardin m’avait littéralement ensorcelé.
En plus de la partie habitable, il y avait quelques dépendances que je me promettais d’explorer dès mon installation terminée.

L’agent immobilier ne me lâchait plus la main, pas plus qu’il ne se défaisait de ce sourire idiot qui semblait exprimer sa joie intense d’avoir trouvé acquéreur pour cet objet… «particulier» dont le prix atteignait les deux millions d’Euros.
Oui, je vous le disais, ma carrière était à son apogée.

J’en viens aux faits !

Après une dure journée de travail à installer un semblant d’univers familier dans ma nouvelle demeure, je me décidais d’aller voir la remise, tout en me promettant d’explorer l’ancienne étable dans les prochains jours.
J’avais grand mal à ouvrir la porte et devais user de violence pour ce faire, les gonds étant passablement rouillés.
La lumière du jour qui faiblissait donnait une atmosphère étrange à ces lieux. Un peu comme celles que j’aimais particulièrement mettre en scène dans mes livres, lesquels traitaient exclusivement de fées, dragons et autres guerriers des temps fabuleux.
J’étais un grand admirateur de Tolkien et ce depuis que je savais lire. Enfin depuis que j’étais en âge d’apprécier ce genre de littérature.

Le faisceau lumineux qui tombait de la lucarne sans vitres arrivait sur un meuble que je supposais être une armoire rustique et de bonne taille.
J’ouvrais la porte pour tomber nez à nez avec un nain qui me souriait. Il était équipé de pied en cape pour la guerre et ressemblait a s’y méprendre à celui du «Seigneur des anneaux.»
Je fermais la porte aussitôt, non sans remarquer le brouhaha et le tumulte qui résonnaient dans l’armoire.
Le silence régnait dans la pièce et je commençais à croire que j’avais rêvé.
J’ouvrais la porte de nouveau et il était toujours là, me souriant de plus belle. Je remarquais aussi les petites fées qui voletaient au-dessus de sa tête.
J’entendais sa voix rocailleuse qui prononçait : « Surprise ! Surprise ! »
Le nain faisait un pas dans ma direction et je voyais maintenant la foule qui se pressait derrière lui.
Je tendais mon bras vers lui pour le stopper et lui disais bêtement :
« Mais tu es un nain ? »
La foule derrière lui émettait un « OOOOH ! » de surprise et de consternation.
Son visage jovial se transformait illico en une grimace bestiale et féroce. Il levait sa hache et l’abattait sur le sol en poussant un rugissement. Je voyais comme au ralenti les échardes voler dans les airs. Il me saisissait par le col et me disait d’un air mauvais :

« On ne dit pas un nain, on dit une personne de petite taille ! »

Je lui bredouillais des excuses tout en regardant halluciné les hordes de créatures légendaires qui sortaient de cette armoire.
Des elfes, des lutins, des fées, une licorne, des créatures inconnues, des faunes…

Le nain, pardon, la personne de petite taille avait repris son sourire et m’époussetait.

« – Charles, nous avons besoin de ton aide !
– De mon aide ?
– Oui, je t’explique en quelques mots. Il est temps pour nous de nous répandre de par le monde et de réoccuper la place légitime qui est la nôtre à vos côtés. Nous avons suivi votre évolution de notre refuge et nous savons que vous êtes prêts à nous accueillir tel que nous sommes.
– Accueillir ?
– Oui, à nous reconnaître, partager le monde avec nous. Enfin, Charles… Je ne dois pas te faire un dessin ?
– Non, non ! Mais pourquoi moi ?
– Parce que tu n’as pas cessé de croire en nous en devenant adulte et puis parce que tu nous dois bien ça.
– Vous devoir ça ?
– Tsss ! Tsss ! Tsss ! D’où te viennent la popularité et le succès ? De ton visage avenant ? »

Je devais reconnaître qu’il avait en partie raison. Mon talent d’écrivain était indéniable mais un auteur pouvait être génial, si son sujet n’intéressait personne, il restait son seul et unique lecteur.

« – Comment puis-je vous aider ?
– C’est simple, nous devons réinvestir nos forêts, nos montagnes et nos lieux sacrés. Enfin, ceux qui restent. »

Je notais une pointe de nostalgie et de tristesse dans l’assistance.

« – Nous avons besoin de toi car nous devons nous déplacer de nuit et dans l’obscurité la plus complète.
– Ah, c’est ennuyeux ! Nous sommes en plein cœur de la ville et nous disposons d’un éclairage permanent. C’est quelque chose comme la force de l’éclair qui…
– Charles, s’il-te-plaît… Ne nous prends pas pour des imbéciles, nous savons très bien ce qu’est l’électricité. Tu sembles oublier que la plupart de vos progrès et inventions vous ont été inspiré par nos pouvoirs et par la magie des contes. Nous devons trouver un moyen de détruire le transformateur qui alimente la ville. »

J’étais bouche-bée. Une personne de légende et de petite taille se proposait-elle de me donner des cours de physique ?

Image – Grotesque : esclave nain, chauve et ithyphallique portant deux paniers. Terre cuite, Myrina, Ier siècle av. J.-C – Licence :

Domaine public

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3 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjours Thierry,

    Surpris de me retrouver en plein conte de …lilliputiens, devant cette armoire aux multiples mystères. L’ histoire demeure envoûtante.
    Amitié.
    dédé.

  2. Odile dit :

    je suis aux phares’fa dette .. bien sûr avec ce récit … rire enjoué ..

    La revanche des Trolls .. enfin … il était temps … d’ouvrir la boîte de Pan dort …

    J’adooore .. et je ne coupe pas le son …

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