Sans solutions…

Du 20 04 2008 § 10 Commentaires § Mots-clefs : , ,

Schoolchildren in Rwanda

L’enfant dessine. Il dessine un arbre magnifique, pourvu de feuilles et de racines, une maison aux couleurs chatoyantes, un homme ? Peut-être… Une femme, sûrement ! Un enfant, donnant la main aux grands.

Il dessine, plongé dans son univers. Une colline apparaît derrière la maison, verte et accueillante. Une rivière se déroule lentement, s’emplissant du même bleu que le ciel.

Une larme qui s’écrase sur la feuille. Des mains de colère qui déchirent.

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »

« Je voudrais redevenir un enfant ! »

Les crayons volent, ils dessinent rageurs et sombres. Des blindés, des combattants, de petits traits sortant de leurs armes pour aller rejoindre des suppliants agenouillés, sanglants.

Le noir et le rouge…

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »

« Je voudrais redevenir un enfant ! »

Les petits soldats gisent là, tombés pour une guerre de plus, désarticulés, décapités. La bataille se devait d’avoir été terrible, on voit aussi ça et là, des véhicules retournés, les pneus arrachés et les fenêtres brisées. Un conflit silencieux et abandonné…

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »

« Je voudrais redevenir un enfant ! »

Le terrain de foot, la poussière et les gosses. Ils rient, ils courent. Certains regardent en souriant, la cigarette aux lèvres. Le gardien de but a bien du mal avec ses béquilles, difficile de savoir si c’est une main ou un pied la béquille. Ça doit bien être un pied, sans elles il ne pourrait marcher.

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »

« Je voudrais redevenir un enfant ! »

Les yeux exorbités, la pression de la drogue, le poids énorme de la machine à tuer, elle rit ! Un rire féroce qui s’échappe de ses lèvres lorsqu’elle presse la gâchette. Elle voit l’autre tomber, comme une poupée qu’on aurait lâché. Comme une poupée…

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »

« Je voudrais redevenir un enfant ! »

Une question et une réponse glanées sur une chaîne quelconque, pendant un reportage banal sur une guerre lointaine, une parmi tant d’autres. Réponse poignante donnée par un corps d’enfant. Je suis assis, le canapé est confortable, l’émission beaucoup moins…

Je tombe, mon coeur tombe. Je pense à mes enfants…

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »

« Je voudrais redevenir un enfant ! »

Image – Schoolchildren in Rwanda – J. Owen-Rae (USAID) – 25/06/2007 – Licence :

Domaine public

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10 Commentaires

  1. fabienne dit :

    Ne pas oublier de montrer à nos enfants les choses belles de la nature et du coeur, même si nos yeux d’adultes sont perplexes et n’y croient plus vraiment, pour qu’ils aient envie de les redessiner et d’inverser la donne.
    Amicalement
    Fabienne

    • tby dit :

      @fabienne
      Oui Fabienne tu as tout à fait raison. A nous de proposer la beauté, la tendresse et l’amour à nos enfants, le monde se charge du reste du tableau. Nous devons eviter par contre comme cette mère de l’arrache-coeur de Boris Vian, de mettre nos enfants en cage par amour, pour les protéger.
      Merci de ta lecture.
      Thierry
      P.S. je me suis permis de mettre l’adresse http complète que je pense etre la bonne afin que le Google Webmasters Tools ne me prenne pas la tete avec des 404 liées à tes commentaires. Si cette adresse est fausse ou que tu préfères qu’elle ne figure pas, fais le mois savoir.

  2. fabienne dit :

    Sans problème! A bientôt
    Fabienne

    • tby dit :

      @fabienne
      Bonjour. Je vois que tu suis la discussion aussi j’en profite pour te dire que j’ai particulièrement apprécié la fraternité sur ta page, ces quelques phrases sont splendides. Par contre j’ai un problème avec ton player, j’ai un accès internet à très petit débit et lorsque ton player veut charger 6,6 mb cela signifie pour moi une quinzaine de minutes à attendre avant de pouvoir faire un commentaire sur ton site… Je passerai donc rarement à mon grand désarroi…
      Amitié
      Thierry

  3. fabienne dit :

    Désolée, Thierry, je ne comprends rien et j’en suis désolée!

    • tby dit :

      @fabienne
      Sourire. Simplement que je n’ai pas l’adsl alors les temps de chargements sont très long et lorsque les sites proposent vidéos et ou musique, ils sont quasi inaccessibles pour moi.
      Amitié
      Thierry

  4. Gillou dit :

    « Les yeux exorbités, la pression de la drogue, le poids énorme de la machine à tuer, elle rit ! Un rire féroce qui s’échappe de ses lèvres lorsqu’elle presse la gâchette. Elle voit l’autre tomber, comme une poupée qu’on aurait lâché. Comme une poupée… »

    Alors cette série de phrases, pour des raisons personnelles, je l’ai pris en plein dans les dents. On veut enterrer des choses, mais les mots et les sens qu’ils abritent ont leur vie propre.

    « Une question et une réponse glanées sur une chaîne quelconque, pendant un reportage banal sur une guerre lointaine, une parmi tant d’autres. »

    Et là c’est l’occasion de partager un auteur :

    « Le soir , on allume sa télé comme on demande de l’aide, et souvent c’est l’inverse qui se produit. Pour une fois, le journal de la nuit s’étire bien au-delà de l’horaire habituel. Une édition spéciale parle d’armes de destruction massive dissimulées par un furieux dictateur, d’une guerre probable entre les États-Unis et l’Irak, une guerre mondiale pourquoi pas. je regarde ça comme les prémices d’un film à grand spectacle, j’oscille entre panique et fascination. Dans le fond,je ne serai pas contre un grand chaos généralisé, si le monde s’emballait dans un dérèglement total je m’y sentirais bien plus à ma place. Rien n’explique mieux sa peur que d’en voir la cause étalée partout, dans les journaux, à la radio, à la télévision, partout. »

    C’était Serge Joncour.

    Un lapsus : j’avais écrit à la place de « armes de destruction massive », « armes de diffusion massive » ?

    A bientôt l’ami
    Gillou

  5. Odile dit :

    Touchée …coulèe ..
    J’évite de regarder ce type d’émission .. car très souvent .. au risque de te choquer .. je trouve qu’il y a trop de dérapage coulu … dans le misérabilisme .. et qu’on passe à côté de ces Enfants là !

    En lisant ton texte …. deux scènes de vie .. me sont revenues en mémoire …
    La 1ère au Congo
    durant leur convalescence.. deux Enfants soldats .. dont je n’ai vu les yeux pétillants de joie .. que lorsqu’on leur a apporté des petits soldats .. car ils pouvaient à nouveau jouer à la guerre … avant de pouvoir à nouveau combattre pour de vrai !

    La 2ème à Jacmel (Haïti)

    Lors de l’ouverture du 1er « foyer » pour les Restaveks – Enfants esclaves – qui lorsque leur « famille d’accueil » ne veulent plus d’eux ,d’elles … deviennent des Enfants des rues …
    Sylvine, Petite Fille de 8 ans,s’est aussitôt instituée d’office, « femme de ménage » dudit foyer !
    Elle ne pensait pas jouer à la poupée …Elle, son grand trip .. c’était de prendre le balai et de … s’activer …avec un grand sourire béat de satisfaction .. quand elle avait fini sa tâche !

    Elle rechignait .. à participer aux activités proposées .. ele a même pleurerer .; quand Soeur Monique .. l’a obligée à participer à mon atelier marionnettes ….
    Elle a sans entrain confectionné la sienne …
    La veille de ,notre petite représentation .. horreur .. Soeur Monique .. était dans tous ses états .. car Sylvinette la marionnette clou du spectacle … avait disparu .. de ma malle aux trésors … c’était branle bas de combat …
    malgré plusieurs heures de recherche vaines …

    C’est en faisant ma ronde de nuit .. que j’ai retrouvé la « Diva marionnette » .. blottie tendrement … dans les bras de notre Petite Sylvine au Pays des songes …

    Alors c’est vrai … nous sommes impuissants .. dans toutes ces atrocités .. que subissent ces Enfants là .. que nous pouvons .. avec les nôtres … leur montrer les « jolies choses » de la Vie .. n’oublions surtout pas de garder .. notre âme d’enfant .. pour ce faire .. et aussi pour que chaque instant … nous puissions le savourer …pleinement …

    sur cette affirmation très personnelle …
    je vais rejoindre le marchand de sable …
    sourire
    Odile

    • tby dit :

      @ Odile : Oui gardons notre ame d’enfant, surtout toi qui a le courage de te confronter aux malheurs du monde. Sourire. Thierry

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