Quelque part au Moyen-Orient. Tableau 3

Du 11 04 2008 § 11 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Bombardier furtif

Omar.

Odeurs, couleurs, il a fermé ses sens.
Des cris bariolés, des visages, des enfants perlent sur son visage comme sur une toile
huilée.

Au loin, des ombres.
Ils singent l’ignorance, d’autres la transparence.

Ils s’agitent, menacent, tentent de vivre.
Il effectue ses gestes comme dans un rêve, un sursis, une trêve.

Il a quitté les infidèles pour son rendez-vous avec l’ultime.
Ça klaxonne, ça pue, ça crisse.

La place se transforme en une veillée mortuaire.
Je suis mort, tu es triste, elle souffre.
Il est meurtri, nous sommes les justes, vous êtes les pleureuses, ils sont le Mal !
Le tombeau du marché.
Depuis peu, le hurlement des hélicos, pleure les camarades déchiquetés.

« Ali, je dois retrouver Ali, l’échoppe aux chaussures.
Ali ? Ali ? »

« Ali est en retard, il ne va quand même pas me faire rater ma dernière représentation en ce monde pitoyable. Peut-être s’est-il fait arrêté ? Aurais-je le courage, la force, la foi pour un autre jour ? »

« Aliii ??? »

« Et puis je le vois. Il me fait un signe discret de la main. Je lis en ses yeux un soupçon d’admiration. Il m’aide à endosser le sac. C’est lourd la mort.
Furtivement, il me glisse dans la main l’objet du jugement, cette petite chose sombre qui m’ouvrira la porte du paradis, qui leur ouvrira les vannes de l’enfer.
Je suis prêt ! Je croise le regard de Kay, ses yeux bleus sans compassion me glacent le sang, puis la haine monte en moi. »

« Alla… »

BOUM !

Attentat Bagdad

Je m’évapore, ils tombent.
Les étals volent dans les airs, les membres, les déchirures, Ali aussi.
Les sons anéantis.
La paix dans mon cœur.
La sérénité de mon âme.
Le feu, la douceur.
Rouge et noir sont les seules couleurs !

« Je pense à ma fille et mes petits-enfants, anéantis par ce monstre furtif cherchant à éradiquer un autre monstre nommé Saddam.
Dans ma maison… Ma maison, mon refuge, en un instant la tombe de ces êtres aimés.
Mon cri retentit encore et toujours, quand rentrant du travail, sans comprendre, je vois ma femme en larmes près de cette montagne obscène qui fut ma fierté, mon domicile.
Ce cri qui forge ma haine. »

La douceur… La volupté…

Et puis.

BOUM !

« Je pense à ma fille… »

BOUM !

« Je pense à ma fille… »

BOUM !

« Je pense à ma fille… »

Texte – 2007 – Licence :

Creative Commons License

Image bombardier – U.S. Marine Corps photo by Cpl. Robert R. Attebury – 2005 – licence :

Domaine public

Image attentat –
Work of the U.S. federal government
– licence :

Domaine public

Bouton lire la suite

{lang: 'fr'}

11 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Le fou de dieu sème la mort pour atteindre le « paradis » des martyres.
    Le texte est d’une réalité bouleversante, en dénonçant un fanatisme ravageur.
    Les images sont fortes et de couleur noire ensanglantée.
    Amitié.
    dédé.

    • tby dit :

      @dédé
      Bonjour mon ami, oui, le fanatisme est terrible et mon texte qui est une de mes meilleures créations est la preuve, en toute modestie, que l’on ne peut pas combattre le terrorisme comme le fait W, mais qu’il prendre le problème à la racine.
      Amitié
      Thierry

  2. EDOUARD dit :

    Ils auront droit à trente vierges dans l’au-delà. Mais une fois niquée, la promise n’est plus vierge; Alors niquer 30 fois dans l’éternité, c’est pas des masses.
    je conspue les fanatiques et tous ceux qui obéissent aveuglement à quoi que ce soit; La dignité de l’être humain, c’est aussi l’esprit critique, le pouvoir de dire « non » d’un point de vue absolument individuel. Nous eûmes nous aussi nos fous de Dieu au temps de l’inquisition; mais force est de constater que nous évoluâmes et que je peux dire « l’histoire de jésus ne tient pas debout » sans encourir les foudres meurtrières des chrétiens que je connais.

    • tby dit :

      @ Edouard : Alors ne fais pas l’erreur d’aller habiter aux Etats-Unis, là ce genre de phrase pourrait devenir dangereuse. Mais tu as raison, c’est bien parce qu’elle ne tient pas debout qu’ils l’ont cloué. Amitié. Thierry

  3. Bifane dit :

    De la même façon que sur le tableau précédent, tu te glisses derrière les yeux du personnage, et de la même façon, cette vision me frappe et me révolte. Il n’est pas aussi bêtement victime du choix des autres, mais au bout du compte, il n’est pas plus libre, et même, il ne se bat pas pour ça. Son mobile est la vengeance. Il est vrai que la misère et le deuil font rarement bon ménage avec la sagesse et sa clairvoyance. L’être qui souffre, pour premier viatique, veut faire souffrir autant et plus qu’il a souffert. Quoique je comprenne sa douleur et son besoin de vengeance, et bien que j’y voie une réalité à laquelle je serais sans doute impuissant moi-même à échapper, je ne peux, d’un regard extérieur et avec le recul qu’il me donne, adhérer à ce choix de mort, pas plus qu’à celui du GI, même si c’est pour d’autres raisons…
    Reste le tableau. Vif, prenant, saisissant toujours : ce mot-là, « saisissant », me revient à chaque fois : c’est le sentiment premier qui ressort de ces lectures, celui de ne pouvoir lire sans être impliqué dans ce que tu racontes, sans en ressentir les émotions, l’injustice, la folie, la monstruosité.
    La violence appelle la violence, puis la justifie, la nourrit, la reproduit, l’enchaîne, la cultive… Il faut quelqu’un pour la refuser, pour jeter bas les armes et refuser d’être asservi au plus vieux cercle vicieux du monde…

    • tby dit :

      @ Bifane : Merci pour ce beau commentaire. Oui la violence appelle la violence, le sang et la mort également. Les motifs de cet homme nous sont très accessibles mais son acte n’est pas capable de satisfaire sa soif de vengeance et d’apaiser sa douleur. Sans compter qu’il touche des innocents dans ce texte. La violence est une spirale sans fin qui s’auto-alimente, c’est le cas de la guerre aussi fut elle contre le terrorisme. Il n’y a pas de guerre juste, pourquoi y en aurait-il vu que la justice n’est jamais dans le camp adverse. Amitié. Thierry

  4. lubesac dit :

    Quelle idée de te glisser dans la peau des divers personnages et de relater les différents tableaux!Chaque fois c’est une vérité.

  5. Odile dit :

    Le kamikase .. lui ausssi .; avant d’accomplir … sa tâche .. se motive .. au nom soi dis

    • tby dit :

      @ Odile : … Souvent le GI américain est quelqu’un d’origine modeste qui s’engage pour l’armée finance par la suite ses études, chacun a ses préoccupations et elles divergent, divergent…

  6. Odile dit :

    oups .. suite …
    au nom ….. et pour venger la disparition… injuste des Siens …en devenant le bras armé .. soi disant d’Allah …
    opération suicidaire .. qui n’est que synonyme de vengeance aveugle .. puisque d’autres Innocents vont y perdre la vie !
    Même si je peux comprendre qu’on veuille faire sa justice soi-même .. car c’est peut-être la seule solutionqui reste .. je ne comprendrais jamais ..mais jamais .. qu’ons’enprenne à des Enfants .. au nom d’un autre Enfant !

    • tby dit :

      @ Odile : Il est impossible de comprendre ce qui n’est pas compréhensible, Allah par le biais du Coran interdit clairement le suicide, le meurtre de civils (non-belligérants) et celui de musulmans…

Laisser quelques mots