Quelque part au Moyen-Orient. Tableau 1

Du 11 04 2008 § 12 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Guerre Irak

Les mille et une nuits…

Odeurs d’agneau grillé, d’épices, des couleurs à t’en péter le nez.
Des cris bariolés, des visages grillagés, des sourires d’enfants.

Au loin des ombres menaçantes aux treillis maculés, leurs armes montrant les dents.
La foule feint l’ignorance, les tueurs la transparence.

Les gens déambulent, négocient, observent.
Chacun effectue les mêmes gestes, comme un rituel, comme une prière.

On se presse, on se pousse, on s’engueule.
Ça klaxonne, ça pue, ça crisse.

La place se transforme en opéra.
Je suis une croche, tu es une blanche, elle est clef de sol.
Il est entrechat, nous sommes les pointes, vous êtes crescendo, ils sont une aria.
La symphonie du marché.
Depuis peu, le chaos brutal des hélicos, comme une basse fanatique, est intégré à la musique.

« Mais où est Rachid ? Combien de fois lui ai-je répété de rester auprès de moi.
Rachid ? Rachid ? »

Quelques faces sans regard se tournent vers la voix, ce son incongru qui jaillit de cette boule de tissu. Ils s’en retournent sans un mot, à l’urgence.
L’urgence du marché, il faut faire vite.

« Rachiiid ? »

Et puis, elle le voit, son visage éclairé d’un sourire. Il la regarde dans les yeux, il semble vouloir lui parler.

BOUM !

Attentat Bagdad

Elle tombe, ils tombent.
Les étals volent dans les airs, les membres, les déchirures, les êtres aussi.
Les sons anéantis.
La violence extrême.
L’horreur sublime.
Le feu, la douleur.
Rouge et noir sont les seules couleurs !

Crier est dérisoire et pourtant elle crie.
Rachid a disparu et son cœur se brise.
Elle s’accroche à son panier comme elle s’accrocherait à une main tendue. Ces mains qui gisent là, dans les excréments et le sang.

La main d’une victime ? Celle du fou de dieu ? Celle de son fils ?
Cela n’a plus d’importance, ils ont brisé la danse.
Ils ont rompu les êtres, ils ont renié la vie.

Elle se relève en titubant, maudissant les tueurs d’enfants.
Elle ne sent plus son bras et saigne abondamment.

Elle pense à la petite Aïcha qu’elle a laissé avec Momo. Elle veut l’étreindre, lui donner le sein.

« Rachid, mon fils ! Ta petite sœur a besoin de moi !
Tu es grand maintenant. Va chez ton oncle, lui emprunter l’âne et la charrette. Tu sais bien, ce soir on doit aller chercher du bois. Je compte sur toi ! Va, mon fils, va ! »

Elle…

Texte – 2007 – Licence :

Creative Commons License

Image collage –
work of the U.S. federal governmentl
– licence :

Domaine public

Image attentat –
Mass Communication Specialist 2nd Class Eli J. Medellin
– 2006 – licence :

Domaine public

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12 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    L’ambiance paisible et coloré de ce marché oriental est enrichi par les odeurs d’épices et les bruits de vie.
    Soudain, l’horreur d’un attentat fanatique vient briser cette innocente paix.
    Révolté, l’auteur narre cette folie assassine, avec la puissance de ses mots.
    Amitié.
    dédé.

  2. EDOUARD dit :

    Il serait malvenu de te souhaiter ici une année prospère youpla boum…pourtant c’est fait…je pourrais effacer, mais je laisse.
    J’aime quand tu restitues dans ton imaginaire certaines scènes qui hélas se produisent au quotidien. j’aime ta prose très visuelle.

    • tby dit :

      @ Edouard : Youpla Boum. Rire. Merci mon ami, nous baignons tous les jours dans un sang virtuel car non salissant du fait de l’éloignement alors pourquoi pas des voeux sur un article comme celui-ci. Merci de ton commentaire Edouard et continue de rythmer mes yeux quand je passe chez toi. Amitié. Thierry

  3. Bifane dit :

    C’est un étrange manière de développer l’horreur qu’emprunte ton récit, Thierry, en particulier dans cette fin, qui tombe et se perd dans un délire étrange, la panique de l’instant d’horreur absolue soudain comme abattue par le refus d’y croire, l’émotion et l’amour de la mère s’exprimant et culbutant le réel, illusion incongrue, certes, mais la réalité l’est-elle moins ? L’horreur est-elle plus « normale » ?
    Il fallait y penser et il fallait l’oser : cette chute, outre son originalité et la valeur littéraire qu’elle y gagne, trouve en même temps une authenticité forte, presque féroce, brûlée de réel, qui laisse le lecteur perdu entre l’horreur des choses et la manière, imprévisible, inimaginable, dont elles se manifesteraient pour lui, s’il était amené à les affronter réellement.
    Je trouve ton texte d’autant plus réussi qu’il recelle cet inattendu…

    • tby dit :

      @ Bifane : Merci mon ami pour ce commentaire qui m’enchante. Ce texte et les suivants me tiennent particulièrement à coeur et ce sont les images que nous pouvons voir malheureusement presque tous les jours que j’ai essayé de mettre en scène. Amitié. Thierry

  4. lubesac dit :

    S’il n’y avait l’horreur je trouverais ce texte sublime.Je m’explique:
    Le décor, posé, couleurs, odeurs, les gens,la vie trépidante-puis la danse, la symphonie-soudain , il faut faire vite, être en alerte: inquiétude!puis la tragédie : le sourire de Rachid anéanti, plus rien!la stupeur, la douleur.
    L’instinct de la vie ramène la mère vers Aïcha qui a besoin d’elle : urgence qui va effacer l’horrible vision.
    C’est du grand art, Thierry. J’aime ton style.

  5. afiawall@gmail.com dit :

    Attentat fanatique….? à qui profite les conflits ethniques…. ?

    Kamikaze ? Qui a vu le kamikaze dans les parages ? Ceux qui travaillent pour Reuters/AFP, ou ceux qui ont été décimés par la « charge du kamikaze »…?

    A qui profite le crime ?

    Les conflits inter ethniques et inter religieux n’existent pas lorsque l’ennemi est sur le territoire !

    • tby dit :

      @ inconnu : Oui, à qui profite les conflits, les motifs sont différents souvent mais les intérets sont semblables toujours. L’ARGENT. Merci de votre passage. THierry

  6. Odile dit :

    Il suffit .. qu’1 chef d’état … décide d’un acte belligérant.. quelqu’ ensoit le motif …pour que toute la magie odorante, coloré d’un marché .. parte en fumée ! .. et que des Vies innocentes soient tuées!
    que j’ai mal … pour cette Maman… qui doit abandonner le corps de son Enfant … pour aller s’occuper d’Aïcha sa benjamine …

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