Poésie à deux sous…

Du 31 03 2008 § 14 Commentaires § Mots-clefs : , ,

dragon

L’enfant joue, passionné et joyeux.
Il entend et il sent, à sa façon, occulte,
Tout ce que disent ou crient les adultes.
Il quitte son cocon doux et soyeux,

Pour revêtir une armure étincelante,
Peau de dragon aux écailles multicolores.
Sous les cris, elles tombent de son corps,
Elles s’en vont à petits pas, chancelantes.

Il les ramasse et les jette aux visages,
Comme une pluie d’arcs-en-ciel,
Comme des châteaux de miel,
Des guerriers redoutables du secret passage.

Il est dévêtu par les brèves exigences :
Il doit ranger sa chambre,
Oublier son collier d’ambre,
Obéir à l’instant à cette cruelle engeance.

Les larmes de l’enfant roulent sur ses joues.
Il voudrait pourtant rester petit,
Comme un oiseau dans son nid,
Ne pas se soucier, si ce n’est des cailloux.

Dans une révolte théâtrale,
Il lève la petite main
Sur qui lui donne le pain.
Ses fesses lui font mal.

L’ordre doit régner dans ce décor Ikea,
Là où les trois suisses renient la papauté,
Là où l’enfance se doit d’être dressée,
Là où la Redoute n’abrite plus de soldats.

« Ne pleure pas ! Écoute, mon petit.
Ce soir, vient nous visiter ta mamie. »
L’horreur ne fait que commencer,
Il faudra certainement l’embrasser.

Image – Illustration by Arthur Rackham (1867 – 1939) to Richard Wagner’s Siegfried. – licence :

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14 Commentaires

  1. Edouard dit :

    Qu’il fait bon s’attarder sur ta poésie à deux écus d’or. l’or qui parle au coeur, aux zygomatiques, et aux flashbacks pour décor; bravo l’artiste.

  2. lubesac dit :

    C’est dur de devenir grand.!
    Je donnerais bien deux écus pour retrouver la petite enfance!
    Tu es très dur pour les mamies!
    J’aime ta façon d’écrire

  3. guyot dit :

    Il jette ses écailles….
    Se souvenir, de nous, pour eux …

  4. fabienne dit :

    Le conditionnement commence bien tôt, tu as raison! Apprendre à rentrer dans le rang!
    Amicalement
    Fabienne

    • tby dit :

      @fabienne
      Je profite d une pause forcée pour te répondre Fabienne et je me rends compte tout le mal que j’ai avec le clavier français après 12 ans en Allemagne…
      Merci de ta lecture.
      Thierry

  5. dédé dit :

    Bonjour Thierry,
    La mutation de l’enfant en futur consommateur conditionné pour embrasser la vie des grands, est toujours un passage difficile. L’écriture est un peu surréaliste, avec des jeux de mots employant les noms de la grande disbution .
    Amitié.
    dédé.

  6. Jojo D. dit :

    J’aime bien les deux dernières lignes, elles sont bien trouvées !
    .-= Jojo D.´s last blog ..Patrimoines =-.

  7. Cher Thierry,

    J’ai souri en te lisant.
    Tout d’abord, en tant que mère: je me souviens du capharnaüm qui était soi-disant une chambre ( de ma fi-fille chérie). Désolée, mais il faut apprendre un peu à ranger, même si cela n’est pas drôle.( sourire)

    Ensuite, l’enfant qui joue encore à la corde à sauter dans un coin de mon âme, s’est souvenu… de ces vieilles dames , amies de ma grand-mère, que je devais embrasser… Elles aimaient frotter leur vieux cuir piquant sur mes joues fraîches… Les habits noirs ne sentaient pas toujours la rose. J’avais tendance à fuir au plus profond du jardin…

    Très beau poème, merci , j’ai beaucoup apprécié
    Je te souhaite un très bon dimanche

    Amicalement
    Martine

    • tby dit :

      @ Martine : Sourire. Oui, le père que je suis pique des crises épisodiques pour le rangement de la chambre d’enfant mais tout comme toi, et beaucoup de gosses que je connais, les embrassades obligatoires n’étaient pas toutes agréables. Merci de ton passage et bon dimanche. Amitié. Thierry

  8. Odile dit :

    Bonsoir Thierry,

    J’avais lu ta poésie .. il y a quelques mois …
    je ‘ny avais pas déposé de commentaire .. me sentant .. doublement concernée …
    1
    ayant été scolarisée chez les bonnes soeurs …jusqu’à ce qu’…une fourchettée de petits pois … maquillent le visage de la Mère principale … et ayant eu une éducation stricte …
    je n’ai jamais astreinte mes Filles … à ranger leur chambre .. d’ailleurs lors de mon retour de l’hôpital… ma Grande … âgée alors de 17 ans … avait lavé le sol.. et il est heureux que j’étais alitée… car cela collait .. parait-il !
    rire

    2 Les garçons étant Rois .. dans ma Famille … la rebelle … que j’étais … croyait pouvoir changer de sexe .. rien qu’en se rasant un peu le menton ….avec le rasoir mécanique un de mes Frères aînés …pour bénéficier des privilèges qu’Ils avaient !
    rire
    après une vérification sérieuse- test réalisé par 25 de mes Petits Enfants ..ouf .. à 100% …j’ai le plaisir de t’annoncer que …toutes les Mamies .. ne piquent pas !

    Mais tréva de plaisantarie .. à deux sioux …
    une fois de plus .. ton oeil avisé .. dépeint parfaitement .. une scéne de la Vie d’Enfant …
    bonne soirée
    je t’embrasse .. ben tu vois … que c’est vrai !
    éclat de rire poélé
    Odile

    • Thierry Benquey dit :

      @ Odile : Sourire et grand merci pour ton appréciation sur mon œil avisé qui porte tout de même des lunettes depuis 41 ans. Rire. Je t’embrasse.

  9. Bonjour Thierry,

    Ce poème m’avait échappé!
    Combien de fois me suis-je retrouvée prise dans des jeux infinis et sommée de reprendre pied dans la réalité pour réparer les dégâts de l’imagination.
    Maintenant, c’est à mon tour de pester contrer mes enfants.
    Mais point de vieille mamie piquante à embrasser! Les miennes avaient la peau lisse… il faudrait que je demande leur ressenti à tes deux petits fans…

    Je t’embrasse!
    Sandrine

    • Thierry Benquey dit :

      @ Sandrine : Sourire. Il m’arrive aussi de pester contre ma fillette qui elle aussi ne comprend point « pourquoi tant de haine ? Marcher sur des jouets n’est-ce pas le meilleur des mondes possible ? » Merci de ton passage mon amie. Amitié. Thierry

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