Peau d’âme

Illustration Peau d'âne

Ma participation au défi de Novembre : Détournement d’un conte
de La société de la rose sur myspace.

Peau d’âme

Il y avait depuis toujours une petite famille royale qui habitait aux enfers.
Ils vivaient là heureux comme on peut l’être par ces températures extrêmes.
Jusqu’au jour où la reine, une ancienne péripute * de la rue Saint-Denis qui avait séduit son diable de mari par la noirceur de son âme et par sa laideur indescriptible, décidait de rendre celle-ci à qui de droit.
Avant de mourir, elle faisait promettre à son époux de ne prendre pour épouse que la seule et unique qui soit aussi laide qu’elle : leur fille Aimée.

Le regard lubrique de son père lorsqu’il lui fit sa demande ne lui plaisait guère, aussi allait-elle demander conseil à un démon de ses amis.
« – Ô démon de mes amis ! T’aurais pas un conseil de qualité afin de m’éviter de devenir la femme à tout faire ** de mon père ? J’aime bien papa mais pas à ce point là.
– Aimée, mon amie, tu devrais dire à ton père que tu n’accepteras sa demande que lorsqu’il t’aura rapporté quelque chose d’impossible à trouver.
– Ô démon de mes amis, c’est une bonne idée mais quoi ?
– Une nouvelle virginité par exemple. »

Aimée qui trouvait cette idée particulièrement séduisante du fait qu’elle n’avait jamais été pucelle, demandait donc illico au papa en question de lui offrir une nouvelle virginité.
Celui-ci était bien embêté. En effet, si la virginité ne lui posait aucun problème, il avait bien du mal à comprendre la notion de «nouvelle&rauo; du fait qu’Aimée n’avait jamais possédé d’ancienne… Mais en bon père, il connaissait bien sa fille et savait que contrairement à lui, elle n’était pas une lumière.
Aussi le matin suivant, Aimée se voyait dotée d’un hymen sans même s’en rendre compte car hymen ne rime pas forcement avec hygiène en ces lieux abandonnés par Dieu.
Le visage radieux de son père, au sens propre comme au défiguré, lui laissait entrevoir que son entrejambe était désormais aussi clos que la maison d’où provenait sa mère.

Elle retournait alors voir son ami pour lui demander conseil.
« – Ô démon de mes amis ! Ton conseil était bon, mais papa a trouvé une solution et je suis bien dans la merde !
– Aimée, je suis désolé d’avoir sous-estimé ton père. Je crains que ce vieux vicieux se soit même régalé à l’idée perverse de pouvoir te déflorer. J’ai une idée qu’elle est bonne : Demande-lui de te faire perdre tes attributs démoniaques. Ça, il n’osera jamais.
– Ô démon de mes amis, merci de tous les cœurs que j’ai déjà dévoré. »

Elle allait donc voir son père et lui posait ses conditions.
« – Ma fille ! Es-tu bien sûre et certaine ? Tu prends le risque de devenir belle et humaine ?
– Oui papa ! C’est ma condition.
– Bon fillette, je vais y réfléchir mais sache que tu commence à me courir avec tes conditions. »

Au matin, les cornes, sabots et autres attributs démoniaques avaient disparu du corps d’Aimée. Elle était devenue trop belle pour l’enfer, même si dans le monde des hommes elle n’aurait reçu que le qualificatif de : «Potable». Elle n’osait se regarder dans un miroir et son ami le démon lui avait fait parvenir la nouvelle qu’il ne désirait plus la voir dans un état pareil.
Aimée ne savait plus que faire…
Lorsque son père se présentait à elle pour la prendre, (les détails de la prise sont censurés), elle allait se cacher sous son lit et lui déclarait, saisie d’une inspiration ultime :
« – Père ! Je ne deviendrais ta femme que si tu me donnes la peau de ton âme !
– Mon âme ? Mais tu sais bien ma petite horreur que je n’en ai point.
– Si ! Je veux celle qui défèque des diamants à longueur de journée !”
– Ah… Mais… Bon soit ! Mais après ça, tu m’appartiendras ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait, la peau d’âme se trouvait sur le lit d’Aimée. Son père avait accompli là l’impossible, renoncer à son plus grand pourvoyeur de damnés, le diamant. Aimée qui était flattée par tant d’ardeur et de sacrifice, ne pouvait se faire à l’idée d’astiquer les moindres recoins de son paternel et décidait de s’enfuir là où il n’irait pas la chercher : Chez les humains.

Illustration Peau d'âne

C’est ainsi que vêtue de sa peau d’âme, elle s’en allait chercher refuge à la surface.
Aimée qui craignait beaucoup cet instant, avait l’agréable surprise de constater que personne ne faisait attention à elle. En effet, si la peau d’âme était plutôt mal taillée, sale et noircie par ses années de services inconditionnels aux enfers, Aimée découvrait qu’il en était de même avec la plupart des gens.
Elle trouvait un job à quatre euros de l’heure dans une auberge qui en sus lui offrait le gîte et le couvert.
Le soir venu, Aimée déposait sa peau d’âme et se regardait longuement dans le miroir, vêtue de sa seule virginité et de son absence d’attributs démoniaques.

Un jeune « Gang Bang ? » ***

Vous me demanderez : « Mais pourquoi cette histoire n’a pas de morale ? »
Je vous répondrai : « La morale est déjà un bien précieux parce que rare sur la terre, alors aux enfers… »

FIN

* Péripute © Sushina et Heidi sur myspace.

** Femme à tout faire prend une dimension inconnue et parfaitement atroce aux enfers étant donné que personne ne fait le ménage.

*** Je laisse à mes lecteurs le soin de découvrir par eux-mêmes le sens de ces deux mots par une recherche sur leur Boogle préféré.

Texte – Thierry Benquey 2008 – licence :

Licence Creative commons byncnd

Images – Gustave Doré – licence :

Domaine public

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12 Commentaires

  1. une version gore de peau d’âne, mélangée avec une pointe de portrait de Dorian Grey…:)

  2. tby dit :

    @Véronique Grausseau: sourire
    Thierry

  3. BLAS dit :

    çà sent le vecu !!! (sacré rené t’es decouvert).

  4. tby dit :

    @BLAS: Rire. Merde il m’a reconnu
    Amitié
    Thierry

  5. dédé dit :

    Bonsoir Thierry,

    J’ai bien aimé cette communion avec le diable, ainsi que la réception finale par le roi des enfers.
    En fin de compte, il a le dernier mot et parvient à ses fins.
    Le texte est superbe.
    Amitié.
    dédé.

  6. tby dit :

    @dédé: Merci Dédé du soir
    Bien content d’apprendre que tu t’es bien amusé
    Amitié
    Thierry

  7. pandora dit :

    Et bien et bien
    Qui aurait pu me faire croire que je réussirais à trouver de la poèsie dans ce texte, et pourtant ;-)
    Bravo pour le détournement, mais elle n’était pas mineure ;-)

  8. tby dit :

    @pandora: Sourire
    Détournement qui à mon avis est plus une parodie. Quand à la poésie ??? Je m’étonne encore. Rire
    Amitié
    Thierry qui a des soucis de base de données

  9. Bifane dit :

    Mon avis est plutôt négatif pour cette première lecture dans ta rubrique des nouvelles, et j’en suis bien désolé, j’aurais aimé pouvoir m’étendre sur les choses que j’aurais appréciées, mais en l’occurrence, ma lecture était plutôt laborieuse, si j’ose dire.
    C’est qu’une chose me déplaît dans la forme du récit : son temps. L’imparfait m’évoque trop les articles de journaux de province. Son tempo laisse le récit à plat, il manque de vie, de vivacité, il ne décline qu’un décor statique, où rien ne semble se mouvoir. Le passé simple impose peut-être quelques difficultés décourageantes, mais au moins donne-t-il un rythme au conteur une dynamique, et cette qualité me paraît indispensable à l’intérêt de toute histoire, quelle qu’elle soit. Au pire, on peut encore se retrancher dans le présent, qui donne de très belles pages, il n’est qu’à lire Céline pour s’en convaincre. Mais l’imparfait, non, l’imparfait n’est utile qu’à la description d’une chose figée dans un passé révolu, domaine où il reste évidemment irremplaçable, mais domaine duquel il ne devrait jamais sortir.
    Je reste donc, bien que je sois allé jusqu’à la fin du récit, sur ce sentiment négatif. C’est dommage, car l’histoire possède un fond amusant, et je l’aurais certainement goûtée davantage dans un style plus affirmé, plus abouti, mais ce maudit imparfait me reste en travers, je n’arrive pas à m’y faire. Est-il de rigueur dans toutes tes nouvelles ? Je verrai ça plus tard, dans mes prochaines découvertes, et j’éviterai d’y ajouter une nouvelle critique si c’est le cas. J’espère que tu ne me tiendras pas rigueur de ce regard, certes peu amène, mais au moins honnête et sincère.

    • tby dit :

      @ Bifane : Bonjour Bifane, je trouve ta critique intéressante et tu as toute liberté d’exprimer ton opinion en commentaire. Je ne suis pas parfait et j’évoque la devise de mon blog : Auteur en formation dans un monde en déliquescence. Etant en formation, je suis sujet à amélioration. Si tu venais me lire pour autre chose qu’éprouver du plaisir à la lecture, je serai décu. Tes critiques sont les bienvenues et j’en tiendrai compte lorsque j’irai voguer dans les eaux éditoriales. Sans vouloir etre grossier, j’ajouterai que je ne publie pas mes écrits sur ce blog pour me faire lecher le c…l mais pour soumettre ceux-ci à la critique justement. Au plaisir. Thierry

      ps : Ce texte ainsi que quelques autres font partie des textes que j’écris pour un cercle littéraire et je dois avouer qu’ils n’ont pas l’importance que je mets dans les nouvelles qui proviennent du plus profond de moi.

  10. Odile dit :

    Bonjour, bonjour,

    Ayant cygné mon commentaire sous le Prince Noir Sand’rions … quand j’ai commencé à lire pour la 1ère fois « Peau d’âme »….en réaction spontanée .. j’ai eu un grand fou-rire …
    Les 3 je voeux d’Aimée sont… à mes sens.. pieux pour éviter ..ceux de son père.
    Il y a un que je formule toujours ..lorsque s’inscrit le « il était une fois » …d’une belle Histoire avec un H majuscule…se boulevarde sur ma bonne femme d’allée de vie ….
    Et quand il s’agit bien souvent d’un Corsaire …..l’espace temps d’être sa muse et sienne … devenir Si -Reine …
    Serait-ce que toutes les Femmes imaginaires ou non… ont des voeux … qui s’enfilent sur celui de la Dame la Vie ? Va savoir !
    Gemme particulièrement … le doigté qui désigne ..l’Elue des 2 mains .. de René …
    J’ai même enrichi mon vocabulaire d’une expression un con nu ..par moi .. mais pas par tous zeux qui sont partage jeux…chacun son truc .. en plume …

    L’âme orale de cette histoire

    Je de mains .. je de velin …

    Bon dimanche
    Sourire
    Odile

    • tby dit :

      @ Odile : Merci de ta lecture de cette bavure infernale. Péripute devrait trouver sa place dans le dictionnaire avant de la trouver sur le trottoir. Bon dimanche. Thierry

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