Nous sommes le peuple ! Fin

Du 06 10 2008 § 12 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Trabant

Novembre 89 et je voulais crier avec eux dans la rue. Nous n’étions pas loin les uns des autres. Moi et mon arme étions face à eux, les yeux emplis de larme à la vue de ce peuple que nous devions servir. La peur aussi, la peur de la violence qui cherchait sa voie, de l’ordre infect que nous redoutions et du conflit qu’il générerait en moi.

“Nous sommes le peuple ! Nous sommes le peuple !”

C’est alors que les Wessis sont montés sur ce mur qui était NOTRE mur. Ils nous l’ont volé. Des alarmes auraient dû sonner dans nos cœurs.

« C’est le début ! Ce n’est que le début ! »

Le mur de Berlin
Le mur est tombé, sous les coups dérisoires des marteaux. Un symbole qui abattait un autre symbole. Qui aurait trimballé une faucille en ces soirs d’automne ?

Les premiers temps, c’était l’Eldorado… Nous foncions nous enivrer des lumières de la ville. Comme le chantait si bien ma Nina : « Ist alles so schön Bunt hier ! »

La NVA cessant d’exister, je renaissais dans la grande Allemagne, pas si grande qu’autrefois mais bien plus grande qu’hier.

Et puis, comme dans tout Eldorado surgissaient les conquistadors, ils découvraient nos terres.

Ils avaient laissé les armures pour endosser les costumes rayés, échangé les mousquets contre les redoutables calculatrices et sacrifié leurs chevaux sur l’autel de la BMW.
Ils détruisaient notre industrie comme jadis ils détruisaient des pyramides pour ériger des cathédrales.
Des cathédrales de vent et de terrains vagues…
Au lieu d’entasser les corps des indigènes tombés en esclavage, ils entassaient les prolétaires dans les statistiques du chômage. Regarder ces chiffres sordides c’est comme de compter les morts.

Après le pillage, il fallait bien gérer. Gérer ces millions de fainéants qui ne veulent pas travailler.

J’arrête là, sinon je vais encore pleurer.
Je pense à ces mots magiques qui résonnent si souvent dans ma mémoire :

« Wir sind das Volk ! »

Ces mots qui ont perdu tout leur sens dans cette Allemagne d’aujourd’hui. C’est quoi le peuple ici ? Une armée de consommateurs vulgaires pillée par une élite prédatrice ? Qui crierait ces mots dans la rue pour réclamer justice ?

Tu vois ma fille que je n’ai jamais vu, que j’aime de tout mon cœur, ces mots maintenant, si tu les entends…

C’est que près de toi manifestent des néo-nazis.

FIN

Bundestag

Glossaire :

Ist alles so schön
Bunt hier !
Tout est si joliment coloré ici ! Tiré d’une chanson de Nina Hagen qui évoque son passage à l’ouest dans la chanson “Ich glotz TV”
Grenzer Garde frontière est-allemand
DDR En français : RDA, République démocratique allemande
Hartz IV Toute personne étant physiquement et mentalement capable de travailler est considérée comme chômeur. Hartz IV est l’allocation de fin de droit
NVA Nationale Volsarmee : Armée nationale du peuple
IM Inoffiziell Mitarbeiter. Un informateur de la STASI
STASI Staatsicherheit. La police politique est-allemande.
FDJ Frei Deutsche Jugend. Organisation de jeunesse communiste.
NSDAP Le parti nazi
Mahnmal Mémorial – littéralement : le monument d’avertissement
Quelle La source – Catalogue d’achat par correspondance
Osten L’est
Ossi Un est-allemand
Wessi Un allemand de l’ouest
Ces deux termes sont péjoratifs

Les menteurs par ordre d’apparition :

Napoléon : Sans commentaire
Wilhelm : Guillaume, le dernier empereur allemand
Adolf : Un criminel connu du monde entier
Konrad : Adenauer, le premier chancelier de la RFA
Erich : Honecker régna 24 ans sur la DDR
Egon : Krenz, l’homme de la DDR qui se devait de gérer l’après mur
Helmut : Kohl, le chancelier de la réunification
Angela : Merkel chancelière actuelle de l’Allemagne, nommée avec humour : “Außenkanzlerin” (Chancelière de l’extérieur) pour sa présence sur la scène internationale et son absence sur la scène nationale.

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12 Commentaires

  1. yannick dit :

    belle plongée dans l’allemagne d’avant et après le mur. je suis content j’ai appris plein de trucs. cette histoire de Stasi et de DDr me fait froid dans le dos. très belle phrase et pleine de sens que » des consommateurs vulgaires qui se font pillés par une élite prédatrice » qui peut s’appliquer en résumé à nous tous, habitants des pays du Nord.
    merci pour ce morceau de vie (exotique pour nous!!)
    amitiés
    Yannick

  2. Patrick dit :

    texte rageur et enragé qui cogne et tape là où il faut; écrit avec les tripes et un réalisme qui secoue et réveille les consciences.
    Etait-ce pire « avant » ou « après » ? Abattre ce mur a-t-il uni ou désuni ? Fermer les yeux n’empêche pas de voir.
    Écrire avant qu’il ne soit trop tard.
    « Nous sommes le peuple » par sa noirceur flamboyante m’aide à ne pas désespérer dans ce monde du « politiquement correct ». Car tant que des voix comme celle de mon ami Thierry Benquey continuent et continueront à s’élever, rien n’est perdu.
    Merci.
    Amitié,
    PATRICK

    • tby dit :

      @Patrick
      Oui Patrick, des voix qui s’élèvent sont nécessaires pour couvrir la laideur des pubs, des discours stéréotypés et comme tu le dis du « politiquement correct ». Qu’importe l’audience qu’elles trouvent, il y a toujours un « grain de sable » qui portera ces voix plus loin, les amplifiant peut être ?
      Je travaille à la traduction allemande de ce texte et j’ai, je dois l’avouer, une certaine appréhension (rire) mais il figurera en bonne place sur mon blog en germain qui devrait sortir cette semaine.
      Merci de ton passage
      Thierry

  3. Gillou dit :

    Une plongée dans la vie comme elle va, comme elle s’insinue en nous,écorchant au passage nos aires précieuses.
    Les images affluent et s’emparent de nos mémoires pour les réveiller doucement, puis les tenir en alerte. Prendre attention à ce qui risque d’arriver : déjà à nos portes ? La trame est-elle vraiment autre ?

    Un texte qui s’est écoulé sous mes yeux à la manière d’un court-métrage intimiste et grave. Images d’archives et réminiscences d’une histoire que je n’ai pu connaître, et pourtant…

    Merci pour ce moment d’intense partage.

    Gillou

    • tby dit :

      @Gillou
      Voilà un commentaire qui me réjouit, mon lecteur a vu…
      Il a lu mais les mots se sont transformés en images, en concept, ils ont repris leurs droits d’antan lorsqu’ils étaient réceptacles de formules magiques ou de concepts ésotériques.
      Merci Gilles
      Amitié
      Thierry

  4. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Vu de l’extérieur, cette division d’un peuple ne paraissait pas si évidente.
    L’utopie de liberté lors de la chute du mur de la honte, se fit ressentir par les inégalités financières des gens de l’est, ainsi que le rejet de leur compatriote de l’ouest qui vivaient dans l’opulence.
    Déchirure d’un peuple malgré cette « unification » déséquilibrée par l’absence de partage des richesses.
    Période douloureuse décrite avec beaucoup de sensibilité.
    Amitié.
    dédé.

  5. Arc-en-ciel dit :

    J’en ai la chair de poule… bien sûr, il m’a fallu plusieurs lectures car même si le sens est terriblement clair, que l’on est projeté contre ce mur et l’absurde ; j’ai pris au passage une leçon d’histoire (hors livres !) que je ne connais pas très bien. L’être humain décidément ne grandit pas dans sa tête et ses erreurs se renouvellent comme indéfiniment, ont toujours le même fond, l’avidité, la bêtise sous couvert de convictions. Chaque lutte partisane est comme un remake, à quelque chose près; et, souvent, même animés par des idées des plus nobles avec une soif de justice intense… l’effet miroir est quasi incontournable… comme si chaque libération entrainait son lot de nouvelles prisons.
    As tu lu mon « charabia » Les cons qui s’adorent ?
    http://pensees-sauvages.over-blog.fr/article-21273713.html
    La prise de l’Eldorado m’y a fait penser !
    Bien à toi Thierry, amitié.

    • tby dit :

      @Arc
      Non, je n’ai pas lu ton charabia, j’irais voir. Je dois t’avouer que quand je rencontre un blog qui me plait, je le suis mais j’ai rarement le temps de consulter ses archives du fait que je suis abonné à au moins une trentaine.
      Merci de beau commentaire à vif
      Thierry

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