Mon veau, mes voeux.

Du 03 01 2011 § 20 Commentaires § Mots-clefs : ,

Voeux 2011 avec bisons

Quelque part dans la grande prairie du Sud-Dakota, perdu dans l’infinitude des grandes plaines de l’Ouest américain.

Les acteurs : Des bisons.
Le spectateur : Leur éleveur.

Un veau a une patte brisée. Comment ? On ne saura pas, à vrai dire cela n’a d’importance que pour le veau.
Sa mère tente de l’aider par tous les moyens, mais ses efforts restent vains.
Les femelles qui se trouvent à proximité cherchent à le stimuler.

Étonnement du conteur : « Ne devraient-elles pas brouter et s’occuper de leurs propres veaux ? »

Le troupeau se met en route, quelque part au loin la femelle dominante en a décidé ainsi.

La mère est déchirée. Doit-elle rester près de son enfant ? Doit-elle suivre les autres ?
Elle galope de l’un aux autres, puis se décide enfin pour la horde.

Au bout d’un moment, alors que le troupeau n’est plus qu’un tache noire à l’horizon, une bande de jeunes mâles revient vers le veau. Ils tentent de le relever avec leurs cornes, un d’un coté et un de l’autre, l’un d’eux tente de lui lever la tète, l’autre l’arrière-train. Ils doivent accepter l’inacceptable, le veau est condamné.

Alors, ils le tuent…

Ils retournent enfin vers le peuple qui revient quelques temps plus tard, au grand complet, chacun se rendant près du corps, comme un dernier hommage, l’air de rien, presque par hasard.

Le troupeau s’éloigne enfin, laissant ce lieu de mort à la vie, celle des vautours, des coyotes et de leurs petits.

Scène décrite par un éleveur de bisons de la réserve sioux de la Cheyenne River dans le Sud-Dakota. (Le troupeau en question est celui du film « Danse avec les loups ».)

Une petite histoire, comme un petit conte pour vous souhaiter la bonne année. Une pensée aussi, un peu biscornue, mais biscornue est aujourd’hui adapté :

« Il n’est pas nécessaire de chercher bien loin pour trouver l’humanité. »

Je vous souhaite une bonne année à l’indienne : « Bonne nourriture et eau pure. »

À bientôt. Thierry.

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20 Commentaires

  1. el blasico dit :

    meilleurs voeux à toi aussi , camarade

  2. miam, une bonne côte de veau et une pure côte de Blaye ! Belle année, Thierry ! Mes bons baisers à toi, à Lotte, aux Tiens, aux tout autour, aux tout loin si près…

    • Thierry Benquey dit :

      @ Emmanuelle : Merci Emmanuelle. Je suis bien content de te voir ici. Des baisers et une merveilleuse année pour toi et les tiens. Merci.

  3. Pandora dit :

    Elle est triste ton histoire…
    Mais on trouvera parfois (souvent ?) plus d’humanité du côté des animaux que de celui des hommes
    Je te souhaite une bonne et heureuse année 2011, pleine de joie, d’amour, de tendresse, de réussite… et de succés d’édition ^^
    Je t’embrasse
    Pandora

    • Thierry Benquey dit :

      @ Pandora : Oui, elle est triste, triste comme la vie et pourtant pleine d’enseignement. Les bisons se sont retrouvés confrontés à un handicap considérable pour un humain, ils n’ont pas de mains et pourtant, ils ont appliqués une solution que certains (dont moi) qualifieraient d’humaine. Pas plus pas moins d’humanité, le mot est mal choisi à l’origine, l’humanité n’est pas une exclusivité humaine. J’aurais pu conter ce que j’ai vu à la télé, un hippopotame défendant une gazelle contre les crocodiles ou à l’autre horizon, le sombre, un hippopotame tuant un gnou simplement parce que celui-ci passait par là, un comportement très humain aussi. Nous sommes différents et pourtant égaux, une leçon que nous devrions intégrer d’urgence à nos projets de société. C’est mon avis. Je t’embrasse.

  4. Bonjour,

    J’aime beaucoup tes vœux originaux. je les prends comme une invitation à se recentrer sur l’essentiel…

    Je t’embrasse!
    Sandrine

  5. dédé. dit :

    Bonsoir Thierry,

    Pour une fois que les bisons possèdent les rôles principaux, je me régale.
    Le conteur semble étonné par la solidarité entre les ruminantes.
    Certains humains devraient les prendre pour exemple.
    Même les mâles à cornes tentent désespérément, de remettre le veau sur ses pieds.
    Devant l’échec, il est décidé, d’achevé le blessé.
    Alors qu’un dernier hommage est fait au mort, les charognards sont prêts pour le festin.
    Pour les coyotes et les vautours, le menu sera du veau.
    Comme nous… pour passer l’an nouveau, il y a de quoi rassasier les plus gros.
    Pauvre veau…!
    Et l’eau…de feu coula dans mon palais repu.
    Merci pour ce conte, ainsi que pour ton souhait à l’indienne.
    Amitié.
    dédé la plume…Hug !

    • Thierry Benquey dit :

      @ Dédé : Sourire. Hug mon ami, tu as tout compris. Nous ne voulons pas faire dans la sensiblerie mais dans le respect. N’est-il pas beau le geste du chasseur que de prendre de l’eau dans sa bouche pour la laisser dans celle de sa proie gisant au sol. Respect. Elle sera pourtant mangée. Une merveilleuse année pour toi Dédé, avec ou sans veau, sans parler des génisses. Je t’embrasse. Thierry

  6. ana dit :

    une belle histoire de la prairie américaine
    une bonne 2011

  7. Patrick dit :

    Salut Thierry et merci pour cette parabole, cette leçon de philosophie pour débuter l’année 2011.
    Nous avons tant à apprendre encore en observant les enseignements de la nature. Pour retrouver cet essentiel que, peut-être, nous avons oublié.
    De retour de vacances (« immobiles »…, je t’adresse mes vœux pour ce nouvel an. Le meilleur. Celui que l’on souhaite aux amis en espérant que chaque jour leur apportera son lot de satisfaction, de bonheur et de plénitude.
    Amitié,
    PAT

    • Thierry Benquey dit :

      @ Pat : Merci mon ami, oui l’essentiel. C’est un genre de reset, moi qui m’intéresse au reset CSS en ce moment, cela tombe bien. Au plaisir de te lire. Amitié. THierry

  8. Gillou dit :

    L’humanité n’est pas bien loin, mais laquelle ?

    Je me pose un paquet de question depuis… enfin, tu sais… à propos de cette vie en société, de ces vies qui nous entourent, nous submergent tour à tour. Débordement des émotions, des pensées, des lachetés et des égoismes.

    Je voulais me restreindre à rester dans mon coin et me nourrir – nécessité vitale, comme tu le sais aussi – des créations des autres, c’est-à-dire d’essayer de comprendre, mais avec une distance supplémentaire. C’est pas possible. Il m’est nécessaire de m’exposer ne serait-ce qu’à travers des mots qui en disent plus long qu’il n’y paraît, souvent.

    Et toi, quoique tu en dises, tu n’as jamais laché l’affaire, peut-être plus discret, mais pas beaucoup moins.

    Merci d’être là.

    Amitiés.
    Gillou

    • Thierry Benquey dit :

      @ Gillou : Merci mon ami du lointain. Laquelle ?… Celle que l’on désire habiller de ce mot chargé, celle dont on voudrait faire partie… Pas facile. Pas facile non plus de se retirer et de se nourrir de la création des autres, nous sommes des animaux grégaires (dont j’aime particulièrement la définition du CNRTL : Tendance instinctive qui pousse des individus d’une même espèce à se rassembler et à adopter un même comportement) et nous avons besoin d’échanger. Pour preuve, ce roi de Sicile, un roi germanique, qui avait tenté une expérience affreuse mais tellement instructive : Il avait isolé des nourrissons dans une pièce et commandé à ses domestiques de les nourrir, les laver, les changer mais de n’avoir aucune autre forme de contact avec eux. Ils en sont tous morts. Comme quoi on peut bien devenir ermite, mais cela n’est pas dans notre nature. Je suis bien content que tu ne restes pas dans ton coin, tout comme je ne reste pas dans le mien même si des considérations bien matérielles nuisent à ma créativité en ce moment. Je t’embrasse Gillou et te retourne le merci d’être là.
      Amitié
      Thierry

  9. delphine alpin-ricaud dit :

    Merci Thierry pour ce conte. L’espoir existe bel et bien, puisque l' »humanité » existe. Elle n’a malheureusement pas le pouvoir, mais justement…le pouvoir ne l’intéresse pas.
    Bises!!!!!!!

    • Thierry Benquey dit :

      @ Delphine : Oui, tu as tout à fait raison si le pouvoir intéresse l’humain, il n’intéresse pas l’humanité. Je t’embrasse. Thierry

  10. Mon veau, mes vœux. | SmallReader : Reader de flux francophone dit :

    […] la suite : Mon veau, mes vœux. Cet article est sur : Le blog de Thierry […]

  11. Olga Guyot dit :

    Bonjour Thierry,
    Triste histoire, mais tellement belle aussi. Triste la décision de la mère, de suivre le troupeau, car elle sait que de là tient sa survie, laisser son enfant, qu’elle sait perdu, je ne sais comment on peut le faire… Mais les animaux, ont parfois plus de discernement que les hommes, ils ne laissent pas souffrir inutilement les leurs. (ceci est un autre sujet…)
    Je t’embrasse Thierry
    Olga

    • Thierry Benquey dit :

      @ Olga : Laisser son enfant, on peut le faire lorsque l’on est bisonne, sans médecin, sans mains mais pas sans assistance comme le raconte cette histoire. Je t’embrasse. Thierry

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