MétasTAZ !

Du 17 04 2008 § 4 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Adolf Hitler Baby

N’importe où et n’importe quand…

« Nous sommes en ligne ! »

Ce cri résonnait dans la pièce, accompagné de sifflets et d’applaudissements.
Le travail ne faisait que commencer mais nous avions un pied dans la place.

Devant moi s’étalaient les directories de l’ordinateur central de TF1, des noms bizarres, des chiffres, un monde Unix, mon monde…

La cellule dont je faisais partie devait attaquer TF1 à 20H15, nous lui interdirions d’émettre afin de pouvoir envoyer notre petite surprise sur ses canaux. Chacune des chaînes avait une cellule qui lui était consacrée et ce dans cinq pays simultanément.
La France, l’Espagne, la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne recevraient notre message à la même heure, dans leur langues. Une petite révolution temporaire, un petit rien qui devait nous apporter beaucoup.
Je n’étais pas au courant des objectifs de cette mission, je ne savais que ce que j’avais à savoir. Je pressentais juste l’importance de notre travail pour la cause.

Cela faisait des années que nous préparions cette opération, des années de contacts, d’approches, de planification et le fruit de nos efforts allait être récolté ce soir…

Je tremblais d’excitation, au point que je ne pouvais plus me concentrer sur mon job.
Il était 15H23 et je décidais de m’accorder une petite pause. La phase la plus importante ne commencerait que dans une heure, lorsque nous allions recevoir les données sur le satellite américain qui prendrait le contrôle.
J’allais vérifier le déroulement du travail sur les autres postes et nos machines fonctionnaient à plein rendement. Elles décryptaient du mot de passe à la pelle car aucun des secteurs de l’unité centrale ne devait nous rester inaccessible. Après avoir envoyer notre surprise, nous voulions changer tous les mots de passe de la machine pour donner à l’Europe, le temps de digestion nécessaire.

Tout se passait comme prévu et je me dirigeais vers la sortie.
Nous étions dans une petite villa d’Aulnay-sous-Bois et je ne devais même pas sortir de notre périmètre de sécurité pour prendre l’air, un petit tour dans le jardin suffisait.

L’air était frais en ce début d’automne et me revigorait délicieusement. Je m’allumais une cigarette et me posais sur un banc.
Je pensais à mon frère, celui-ci se trouvait en Bretagne avec ses potes qui n’étaient pas les miens. Je ne comprendrais jamais qu’est ce qu’un mec de la qualité de Lionel pouvait bien faire avec ces gens là…
Nous en avions parlé maintes fois, chaque fois la discussion se terminait par une engueulade et Lionel disparaissait pour des mois.
J’adorais parler avec lui, j’admirais la force et la délicate clarté de sa pensée.

J’aimais particulièrement lorsqu’il me parlait de son auteur favori, un certain Hakim Bey qui prônait un genre de révolution permanente et artistique. Il avait écrit de grosses merdes à mon avis, mais son thème de la T.A.Z. était à mes yeux, un véritable outil de travail révolutionnaire. Notre combat du jour collait à l’un des textes de ce Bey, celui sur le sabotage artistique.
C’était plus ou moins ce que nous allions accomplir ce soir, ouvrir une zone d’autonomie temporaire qui échapperait au système, à l’état et à ses sbires. Une zone qui appartiendrait au mouvement pour une quinzaine de minutes.
Je repensais à la genèse du mouvement et à sa montée en puissance correspondant à celle de l’internet. Celui-ci était l’outil idéal pour le mouvement, nous pouvions atteindre les masses comme les élites et surtout nous étions hors d’atteinte car nos sites se trouvaient dans des pays aux législations inexistantes ou laxistes.

Notre « grand soir » viendrait sûrement et l’action d’aujourd’hui en était la pierre angulaire.

Je regardais ma montre et je me dirigeais vers la villa.
La chaleur de la pièce me mettait mal à l’aise.
Je faisais le tour des postes de travail et étais satisfait de l’avancée du travail.
Le moniteur de contrôle nous fournissait les émissions de TF1 et quelqu’un avait eu la bonne idée de couper le son. Je lui en étais reconnaissant.

Un homme pénétrait dans la pièce et se dirigeait vers moi, il me saluait rigidement et me confiait le pli.
« Messieurs ! Les données sont arrivées et il nous reste quatre heures pour accomplir ce tour de force, alors au travail ! »

Je donnais les codes dans le réseau et les techniciens se mettaient à l’ouvrage.
Dans une heure, nous pourrions émettre un signal sonore, inaudible pour l’oreille humaine mais que nos machines pourraient capter. Ce signal serait envoyé trois fois, à intervalles de dix secondes et nous permettrait de confirmer notre main mise sur le système.

Nous étions tous absorbés par notre travail quand l’alarme de nos machines retentissait trois fois en trente secondes. Nous étions capable d’émettre sur leurs ondes.
La deuxième phase de notre travail consistait à interrompre leurs émissions pendant quelques fractions de seconde, pas assez longtemps pour que leurs techniciens ne s’en inquiètent mais d’une durée suffisante pour nous permettre de vérifier notre aptitude.

La deuxième phase se déroulait conformément à nos espérances et l’heure H approchait en accéléré. Je lançais les routines qui prenaient le contrôle des serveurs, notre action se passant simultanément sur le web, le satellite et les ondes hertziennes. Notre victoire se devait d’être totale.
Je faisais un tour dans la salle pour m’assurer que tout était en ordre.

20H13, je lançais le programme qui allait déclencher l’opération et changer les mots de passe sur tout le système. Je voyais aux visages rayonnants autour de moi que tous étaient fiers de participer à cette aventure. Je prenais une cigarette et l’allumais, j’avais besoin de nicotine.
20H14, la tension était palpable et tous les regards se portaient sur le moniteur. Je faisais remettre le son…
20H15, un arrêt brusque des émissions et quelques instants de néant…
Angoisse…
Le moniteur s’emplissait maintenant de nos couleurs, de notre musique et de nos images. L’opération était un succès !

Nous nous tournions vers le grand portrait qui faisait face au moniteur et tendions nos bras.

« Sieg Heil ! »

ImageDeutsches Bundesarchiv – Licence :

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4 Commentaires

  1. Odile dit :

    Mes commentaires sont dans le désordre .. mais c’est bien le mot d’ordre …du TAZ …pas vrai

    J’apprécie beaucoup parce que cela me parle beaucoup .. à titre perso…

    la manière dont tu situes les lieux …et qui me sont familiers- la Bretagne et Aulnay ville voisine de Bondy où je réside actuellement – et me projette aussitôt sur le site de l’action …

    ta référence à ton Grand Frère .. qui fait figure d’initiateur et à ton enrôlement d’apprenti -révolutionnaire …

    la mise en place de l’action à venir … et l’écoulement du sablier .. jusqu’à l’heure H .. est narrée avec un rythme fébrile qui prend une envergure d’un happening suspens .. comme une ascension d’une montée de désir … dont le jet s’exprime .. en un feu d’artifice orgasmique d’images colorèes et musicales …
    C’est très jouissif …
    Merci …
    sourire

  2. Yannick dit :

    et voila une petite nouvelle en peu de mots mais avec une intensité dramatique qui monte crescendo jusqu’à la Chute. c’est encore très bien écrit et le fait de prendre le contrepied à la fin est excellent.
    tu es très bon dans ce genre (je ne sais comment l’appeler: science-fiction ou anticipation ; même si là nous sommes dans le thriller technologique par moment…)et ton art m’a encore fait accrocher à l’histoire. ton écriture se révèle alors être très visuelle et j’admire ton imagination.
    la ville de fréjus organise chaque année le concours de la nouvelle en mille mots; je pense que tu aurais toutes tes chances.
    ta nouvelle exprime le fait que le TAZ est bon pour faire passer toutes sortes de messages, même les plus vils. elle fait écho avec le premier texte de TAZ et sa noirceur n’en prend que plus de force.
    j’espère qu’un jour un éditeur se rendra compte de ton talent et qu’il saura t’accompagner dans l’écriture…
    au plaisir de te lire.
    amitié

    Yannick

    • tby dit :

      @ Yannick : Ce compliment me va droit au coeur, en particulier le détail que mon écriture se révèle etre très visuelle car c’est exactement le but recherché. Pour les nouvelles de Fréjus, les presque 2000 km qui m’en séparent me font frémir, voire m’interdisent meme d’y penser. Oui, la TAZ est une stratégie révolutionnaire et tous peuvent l’utiliser meme les plus réactionnaires, c’est bien ce que je voulais exprimer. J’espère également qu’un jour un éditeur se penchera sur mon cas, mais finalement, je m’en passerai bien aussi si la nouvelle formule du blog marche bien. Je te remercie d’avoir regonflé le courage qui me manquait pour attaquer cette journée. Amitié. THierry

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