L'intruse.

Photographie Pierre Gable ©

© Pierre Gable 

Je lui ai fermé mon cœur et ma porte.
Elle est là !
L’intruse…

À geindre et à pleurer devant mon refuge, ma tour d’ivoire.
Je me sens bouillir face à cette agression, ce viol de mon intimité.
Je la hais pour cette présence obscène, pour ses larmes ridicules.

Pourtant, je l’aimais bien il y a quelques jours lorsque après l’avoir « levée » dans une boîte, nous allions chez elle et nous faisions l’amour.
J’avais vu son cul en premier, cette rondeur admirable qui se balançait sur la piste de danse.
Je m’étais rapproché d’elle pour humer son parfum et elle m’avait plu.
Ses yeux brillaient d’ivresse et son sourire était comme le rayon de lune du poète.
Nous avions dansé, lentement, longuement et nos corps s’étaient rapprochés.

C’est alors que j’avais vu ses mains.
Je suis un prédateur de l’esthétique et j’évalue mes proies du regard.
Son cul comme premier indice, comme premier critère.
Ses traits n’ont que peu d’importance, un visage c’est une personne, pas une proie.
Ses mains sont la prison de mon cœur.
Une prison temporaire…
D’ailleurs le cœur ne bande pas et les mains me font bander, presque jouir à les regarder, les caresser, les humer, les lécher.
Ensuite vient son dos, le dos d’une femme est une merveille anatomique et je ne me lasse pas de le contempler, même et surtout pendant le sexe.
Le dernier critère c’est ses chevilles qui se doivent d’être fines et bien dessinées.

Il est rare que je trouve toutes ces beautés en une seule femme et lorsqu’elle les réunit, elle peut prétendre à ma compagnie pour quelques temps. Jusque la lassitude qui m’accable assez rapidement.
Les proies se devraient de fondre comme les glaces, en silence et sans remords.

Photographie Pierre Gable ©

Elle est toujours là mais son vacarme a cessé.
Je ne vois plus que sa main, elle le sait la salope que j’aime ses mains.
Mais elle je la hais avec ses jérémiades.

J’ai commis l’erreur de l’inviter une fois dans mon refuge.
Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’étais comme possédé à l’idée de la prendre en ces lieux.
Nous avions fait l’amour, ce mot insensé pour exprimer nos pulsions les plus primitives.
J’avais dégusté son dos, ses mains, ses chevilles et son cul qu’elle avait magnifique.
Je m’étais allongé sur elle et l’avais pénétré, caressant ses épaules, m’imprégnant de ses mains graciles, admirant son dos.

Jouissance !

Après, elle avait voulu refaire l’amour et elle avait exigé que nos regards se croisent.
J’étais encore sous le flux des endorphines et comme un idiot, j’acceptais.
Je voyais son visage, ses mimiques de plaisir, ses seins et j’étais dégoûté et je la chassais loin de moi, pour toujours, enfin je le croyais.

Aujourd’hui elle est là, criant qu’elle ne comprend pas…
Mû par une force obscure, je sors par la porte du jardin.
Je ramasse une pelle au passage et je me dirige vers la porte d’entrée.

Elle m’entend et se retourne.
Je vois son visage se déformer pour exprimer sa tristesse et la colère et la haine m’envahissent.
Je la frappe à la tête.
Son visage se métamorphose en une délicate expression de surprise et puis son sang lui recouvre la face.
Elle tombe…

Je la tire par les mains dans le jardin, ses mains…
Je creuse sous le poirier en riant que l’endroit est bien adapté pour une poire.
Je la jette dans la fosse et la comble peu à peu.
Il en ressort une main, au petit matin et je n’ai pas le courage de la faire disparaître sous terre.
Je m’assieds et prends cette main dans la mienne.

Photographie Pierre Gable ©

Je la caresse et je lui parle.

Je n’ai pas pris plaisir à te tuer. J’ai un plaisir intense à tenir ta main et au calme retrouvé.
Tu sais la main, c’est l’organe qui fait de nous des êtres humains.
Une main raconte quand on sait l’écouter.
Elle est caresse, menace, coup. Elle est travail et paresse.
Elle est l’art et sa destruction potentielle.
Elle nous mène vers la jouissance lorsqu’enfants nous découvrons nos corps.
Elle mène la nourriture à nos bouches.
Elle prend, attrape ce que nous désirons. Elle rejette et pare ce que nous refusons.
Je t’aime de nouveau maintenant.
Je dois m’en aller, le travail tu sais…
Je reviendrais ce soir !

Je recouvre l’objet de tous mes désirs de feuilles mortes et je vais me doucher.
Sous la douche, je bande en pensant aux mains de la petite fleuriste…

FIN

Pierre Gable

Pierre est un poète, une poésie des mots et des images. Photographe de talent, il nous fait découvrir le monde avec son regard et la beauté qu’il souligne. Découvrez ses textes et ses images sur Myspace. Je ne peux que vous inviter à lire son texte: Sarkorimes

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12 Commentaires

  1. edouard dit :

    C’est macabre et surprenant…les fleurs d’une folie fétichiste. magnifique.

  2. samantha dit :

    macabre façon d’aimer juste ce qui te fait bander…et tuer tout ce tu ne sais aimer…l’âme…Fétichiste fou…ou fou tout court…je ne sais…
    Extrêmement troublant…mais superbe pourtant…

    Je t’embrasse
    Sam

  3. sara do dit :

    allegro ! magie des mots
    et caresse de la vie
    intensité sans faux semblant…

    les photos sont magiques

    kiss étoilé

    sara

  4. lubesac dit :

    Oulala! Qu’est-ce qui trotte dans ta tête!
    Tu as l’imagination morbide en ce moment.
    Un beau morceau de sadisme!Il s’en passe des choses dans la tête d’un homme!
    Belle écriture!
    Bises apeurées
    Lucette

  5. dédé dit :

    Bonjour l’ami,
    Jolis dos, chevilles parfaites et mains douces, sont les critères d’une mort certaine, Mesdames, si vous croisez cet amoureux de l’esthétique, et si vous possèdez ces qualités exquises.
    Bravo Thierry, de donner du volume verbal à ces jolies photos.
    dédé.

  6. brrrr…J’espère qu’il n’écrit pas que sur des personnes aussi dépourvues d’humanité…Et qu’il s’agit d’un portrait imaginé !

  7. Ann dit :

    étrange et captivant et repoussant.. tout à la fois
    ..
    .-= Ann son dernierblog ..pas à pas .. =-.

    • tby dit :

      @ Ann : Oui, c’est ce qui m’a été inspiré par cette toile, cette artiste que j’ai rencontré dans la vie réelle m’a beaucoup impressionné et tes mots correspondent bien à l’impression première que j’ai eu en voyant cette peinture. Amitié. Thierry

  8. Odile dit :

    J’ai été .. séduite …par le côté âne nie mâle…
    Je viens de comprendre .. enfin .. pourquoi j’ai toujours croqué la paume … d’Adam …bien sûr!

    A très bientôt
    Odile
    .-= Odile son dernierblog ..Le 1er avril …. =-.

    • tby dit :

      @ Odile : Sourire. Ce commentaire me fait penser à un xylophone, trois mots qui n’en font plus qu’un, des détournements malicieux. Merci et à très bientot. THierry

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