Le terrorisme poétique.

Du 17 04 2008 § 4 Commentaires § Mots-clefs : , ,

Art deco styled elevators in the lobby of the Empire State Building

PAR Hakim Bey

C’est une danse étrange et nocturne dans les guichets automatiques des banques. Des feux d’artifice tirés illégalement. L’art-paysager, des travaux de terrassement, ou des objets bizarres dans les Parcs Publics. Rentrez par effractions dans des maisons, mais au lieu de les cambrioler, laissez y des objets de terrorisme poétique. Kidnappez quelqu’un et rendez-le heureux. Prenez une personne au hasard et persuadez la qu’elle vient d’hériter d’une fortune colossale, inutile et surprenante – 1000 hectares en Antarctique, un éléphant de cirque trop vieux, un orphelinat à Bombay, ou une collection de vieux manuscrits alchimiques. Cette personne réalisera plus tard que durant un moment, elle a cru en quelque chose d’extraordinaire, et elle sera peut-être amenée à rechercher un autre mode de vie, plus intense.

Érigez des plaques commémoratives en cuivre dans les endroits (publiques ou privés) où vous avez connu une révélation ou une expérience sexuelle particulièrement satisfaisante…

Go naked for a sign.

Organisez une grève dans votre école ou sur votre lieu de travail sous prétexte que vos besoins en indolence et en beauté spirituelle n’y sont pas satisfaits.

Les graffitis apportent une certaine grâce aux métros si laids et aux monuments publiques si rigides – le Terrorisme Poétique peut également servir dans les endroits publiques : des poèmes gribouillés dans les toilettes des palais de justice, de petits fétiches abandonnés dans les parcs et les restaurants, des photocopies artistiques placées sous les essuie-glaces des pare-brise des voitures en stationnement, des Slogans écrits en Caractères Énormes collés sur les murs des cours de récréations ou des aires de jeux, des lettres anonymes postées au hasard ou à des destinataires sélectionnés (fraude postale), des émissions radio pirates, du ciment humide….

La réaction du public ou le choc esthétique produit par le Terrorisme Poétique devra être au moins aussi intense que le sentiment de terreur – de dégoût puissant, de stimulation sexuelle, de crainte superstitieuse, d’une découverte intuitive subite, d’une peur dadaesque – il n’est pas important que le Terrorisme Poétique soit destiné à une ou plusieurs personnes, qu’il soit « signé » ou anonyme, car s’il ne change pas la vie de quelqu’un (hormis celle de l’artiste), il échoue.

Le Terrorisme Poétique n’est qu’un acte dans un Théâtre de la Cruauté qui n’a ni scène, ni rangées, ni sièges, ni tickets, ni murs. Pour fonctionner, le Terrorisme Poétique doit absolument se séparer de toutes les structures conventionnelles de consommation d’art (galeries, publications, médias). Même les tactiques de guérillas Situationnistes comme le théâtre de rue sont peut-être actuellement trop connues et trop attendues.

Une séduction raffinée, menée non seulement dans l’optique d’une satisfaction mutuelle, mais également comme un acte conscient dans une existence délibérément belle – pourrait être l’acte ultime de Terrorisme Poétique.

Le Poète Terroriste se comporte comme un farceur de l’ombre dont le but n’est pas l’argent mais le changement.

Ne pratiquez pas le Terrorisme Poétique pour d’autres artistes, faites le pour des gens qui ne réaliseront pas (du moins durant quelques temps) que ce que vous avez fait est de l’art. Évitez les catégories artistiques identifiables, évitez la politique, ne traînez pas pour éviter de raisonner, ne soyez pas sentimentaux ; soyez sans pitié, prenez des risques, pratiquez le vandalisme uniquement sur ce qui doit être défiguré, faites quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie – mais ne soyez pas spontanés à moins que la Muse du Terrorisme Poétique ne vous possède.

Déguisez-vous. Laissez un faux nom. Soyez mythique. Le meilleur Terrorisme Poétique va contre la loi, mais ne vous faites pas prendre. L’art est un crime ; le crime est un art.

Image – Art deco styled elevators in the lobby of the Empire State Building – Fletcher6 – 13/07/2002 – Licence :

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No Copyright © Hakim Bey (sans date). Publié en anglais sur le site Menphis Notebook en 2001.

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4 Commentaires

  1. edouard dit :

    je souscris des deux mains.
    Ici en belgique, à part le Gloupier et ses attentats pâtissiers qui deviennent grotesques, point de terrorisme poétique. « pauvre belgique », écrivait Baudelaire à propos des Belges, dont la population se compose d’une quasi-moitié de Blaireaux et d’une autre quasi-moitié de beaufs.
    .-= edouard´s last blog ..JOUIR =-.

    • tby dit :

      @ Edouard : Salut mon ami, peu de choses ont changé en 20 ans, c’est le temps d’existence de ces textes, et ils sont pourtant toujours d’une brulante actualité, voire nécessité. AMitié. Thierry

  2. Odile dit :

    Bonsoir Thierry,

    hé oui .. je suis les conseils qu’on me donne …

    Je ne connaissais pas du tout …
    D’ailleurs .. je croyais même .. chut on se moque pas .. que c’était Hakim Bey de face dont tu me parlais .. et oui l’étendue de mon inculture est mise à nue …
    Le Terrorisme Poétique décrit ici ..doit avoir pour source le romantisme .. et cela me plait beaucoup ..
    Certaines actions me plairaient bien … tel que kidnapper quelqu’un pour le rendre heureux .. ou l’ultime acte .. j’aime relever les défis … sourire
    mais .. certaines consignes sont trop réductrices…à mon goût … ou peut-être faudrait -il avoir la même signification des mots ..
    Y a-t-il une élasticité sous forme de dérogation
    est ce que hors la loi.. peut signifier hors normes?
    bonne nuit
    sourire
    odile

    • tby dit :

      @ Odile : Bonjour. C’est une théorie, ce ne sont pas des consignes mais des exemples. Le but n’est pas d’etre hors-la-loi mais de créer ou de jouir d’endroits où les lois ne règnent pas. En un sens, les réfugiés évoqués dans Strandgut vivent la théorie d’Hakim Bey, en un sens restrictif puisque ceci leur est imposé par les autres.
      Bonne journée. Thierry

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