Le prince noir

Légende

Dans le cadre du défi d’octobre : « Fée-moi rire » de la Société de la Rose : Le prince noir…

Il était une fois…
C’est un peu ringard comme phrase toute faite non ?
Un jour.
Bon ! C’est pas mieux.
Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Ça c’est parfait !

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, quand dans les bois d’un pays de légende, le prince qu’on ne peut qualifier de charmant, terrorisait les habitants de la forêt au guidon de sa Harley Davidson, en écoutant à fond la caisse la musique d’Easy Rider.
Avec son casque prussien, ses bottes de moto et son blouson de cuir noir avec un aigle gravé sur le dos, il avait l’air d’un ange d’un genre particulier et dénotait farouchement avec son environnement.

Les créatures magnifiques se terraient à son approche, qui dans les champignons tue-mouches, qui dans les arbres vénérés, qui dans les sources sacrées. La terreur régnait en ces lieux autrefois si tranquilles.

Aux heures bénies de la pause de midi, il s’arrêtait enfin pour siroter une bière qu’il sortait des volumineuses sacoches de cuir de son fier destrier. Il rotait bruyamment en s’allongeant à l’ombre d’un vieil arbre.
Celui-ci, mécontent de cette présence pour le moins malodorante, lui adressait la parole avec ces mots :

« Prince, Ô doux prince, ne pourrais-tu aller ailleurs déguster ce divin nectar ? »

Le prince qui se nommait Gendrillon, ne se le faisait pas dire deux fois. Il posait sa bière sans un mot, se dirigeait lentement vers sa machine et en retirait un objet avec le bruit du métal que l’on frotte sur le cuir cru.
Il se retournait alors brusquement, un méchant sourire sur son laid visage et une chose oblongue dans les mains.

Les détonations du Riot-gun et son cliquetis caractéristiques lorsqu’on le recharge faisaient taire les derniers oiseaux inconscients des kilomètres à la ronde…
L’arbre s’écroulait, coupé en deux par la mitraille, dans un gémissement que n’aurait pas renié Boris Vian.

Gendrillon qui n’était pas forcément une lumière, se trouvait maintenant livré à celle-ci, car dans son élan, il avait abattu celui qui lui offrait la fraîcheur de son ombre.
Un horrible « Fais chier ! » et le bruit d’une Harley partant à toute vitesse furent sa seule épitaphe.

Les créatures magiques du royaume n’en pouvaient plus. Elles se réunirent en un grand conseil, il fallait bien trouver une solution au problème de sécurité posé par le prince.

« – Nous pourrions lui envoyer un dragon ?
– Il a fini les restes du dernier au petit-déjeuner d’hier…
– Parlons en à l’ogre ?
– L’ogre ? Mais il attend impatiemment la livraison de sa moto américaine. Ils veulent fonder un club.
Consternation et frissons dans l’assistance.
– Quelqu’un a-t-il une solution ? »

Seul le silence répondait à cette question quand soudain une voix se faisait entendre :

« – Pourquoi ne déléguerions-nous pas nos pouvoirs et cette sainte mission à la fée Suzu qui…
– Ouais ! Personne ne peut la blairer de toute façon et puis elle pas d’ici ! »

Les plénipotentiaires de cette noble assemblée allaient sans tarder trouver la fée Suzu qui, les attendait sachant déjà ce qu’ils voulaient d’elle. On n’est pas une fée sans avoir quelques trucs en réserve.

Fée

La fée Suzu qui, espérait de cette mission une carte verte définitive, leur répondait qu’elle acceptait et se mettait en route sans attendre.

Elle était taillée pour la vitesse et n’émettait que peu de décibels pendant ses déplacements. Elle arrivait rapidement à situer Gendrillon lorsqu’elle entendait des coups de feu. Le spectacle sur les lieux était désolant. Là, gisait dans son sang une licorne et le prince était concentré sur le nettoyage d’une de ses bottes sur laquelle on pouvait voir un reste de crottin.

« Mais c’était la dernière… » disait la fée Suzu qui, était attristée.

Gendrillon relevait la tête et la regardait d’un air avide.

« – T’es pas d’ici toi ?
– Non.
– T’es bien roulée pour une métèque.
– Euh… Ah… Je suis ici pour mettre fin…
– Tiens ! Le mot est prononcé : METTRE ! »

Et le prince, les yeux exorbités, de sauter sur la fée et de l’outrager gaillardement. Je vous passe les détails sordides.
Brisée, la fée Suzu qui, était allongée sur le sol pressentait qu’un grand malheur venait d’arriver.

Effectivement, neuf mois plus tard, la fée Suzu qui, mourrait en couche, donnait naissance à un magnifique garçonnet qui ressemblait trait pour trait à son père.
Il était élevé par les nains de Jar Daim, ces créatures vivaient sous la terre.
Vingt ans plus tard, apprenant que son papa était mourant, atteint d’un cancer des poumons qu’il n’avait jamais ménagé, il se rendait à son chevet.

Prince et fils

En passant près des écuries, notre garçon qui s’appelait Georges, découvrait les machines rutilantes de son père et de l’ogre. Il était sur le champs conquis !

La morale de cette histoire c’est que les chiens ne font pas des chats et que le pays de légende se vit nommer, à partir de ce moment là, la planète terre.

Celui qui a bu, boira et celui qui a cru, me croira.

Georges

FIN

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22 Commentaires

  1. milady write dit :

    ohhhhhhhhh moi je te crois! je me suis bien marrée!

  2. Patrick dit :

    merci thierry pour ce grand moment de rire ! tu as du vraiment te bidonner en l’écrivant ! j’adore la façon dont tu t’appropries les codes du conte de fée et ce que tu en fais !
    Dis-moi cher Thierry : c’est quoi la société de la Rose ?
    Amitié.
    PAT

    • tby dit :

      @Patrick
      Tu as deviné, j’étais plié de rire en l’écrivant et cela était bon.
      La société de la rose est un cercle littéraire sur myspace mon ami
      Chaque mois, elle organise un défi basé sur un mot clefs avec une limitation pas plus de 2000 mots.
      Enchanté de pouvoir vous faire rire, c’est pas toujours fete.
      Amitié
      Thierry

  3. yannick dit :

    merci thierry pour cette franche rigolade. bravo pour avoir mêler easy rider, histoire contemporaine et créatures de la forêt enchantée. bonne chance pour le défi.
    amitiés
    yannick

  4. sara do dit :

    hahahahha… pétée de rire !!! merci thierry pour cette tranche de rire… kiss étoilé ! sara

  5. lubesac dit :

    Savoureux ce mélange de conte de fées et de prince motard!
    De l’imprévu à tous les tournants!Je me suis bien amusée
    Quel brio!

  6. BLAS dit :

    LA fée suzu qui tombe un peu moins souvent malade que la fée inh gliche !!
    j’ai une royal enfield et elle est plus souvent aux soins que sur la route,mon ami,alors que j’avais une fée suzu qui ne m’a jamais laché ,elle !
    je t’embrasse mon ami!!!!!!!!!!

  7. edouard dit :

    BORN TO BE WIIIIILD…..j’ai pensé à la musique de Steppenwolf, le loup des steppes, en lisant ce conte déjanté comme une roue de psyché-Harley.
    bravo Thierry, tu m’épateras toujours (enfin j’espère)

    • tby dit :

      @edouard
      C’est exactement à born to be wild que je pensais.
      A la tronche incroyable de Nicholson avec son sourire niais et le casque, le casque…
      Merci Edouard dont le dernier texte est absolument superbe
      Adios
      Thierry

  8. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Beaucoup d’humour dans ce conte très contemporain, où la dernière représentation photographique nous plonge dans une soudaine réalité.
    Ce texte actionne nos zygomatiques, pendant que la fée suzu qui, emloie mal la baguette magique, porteuse de mauvais fruits.
    Bravo pour cet écrit à lire sans modération, car il ne peut nuire à la santé.
    Amitié.
    dédé.

  9. Gilles Arnaud dit :

    Salut l’ami Thierry,

    « les champignons tue-mouches » : décidément… tu n’as vu que quelques secondes du film…

    Alors moi l’humour « Jar Daim », « Suzu qui », etc., j’ador : au plus c’est gros, au plus je me meurs de rire à chaque ligne.
    Une franche rigolade cette délira

  10. Gilles Arnaud dit :

    (fausse manœuvre, je te laisse rectifier le tir)

    cette délirante nouvelle !

    D’ailleurs le ton rappelle ces bons vieux fabliaux irrévérencieux dont l’homme médiéval, et Thierry Benquey, ont le secret.

    Un gai luron de plus sur la toile littéraire.

    Amitiés
    Gillou

  11. tby dit :

    @Gilles Arnaud: Bonjour Gilles
    Gai luron me rappelle un personnage de Gottlieb (je crois) de mon adolescence.
    Peut on faire dans la dentelle quand il s’agit de blousons noirs, de bières et d’Harley ?
    Sourire
    Amitié
    Thierry

  12. Le méchant Harley et la gentille Suzu? Quid du pervers Yamaha?
    .-= MichelDALMAZZO´s last blog ..Bienvenue en Humour et … =-.

    • tby dit :

      @ Michel : Le pervers Yamaha n’est point cité du fait de sa perversité, je n’ai pas l’intention d’interdire ce blog au moins de 18… Rire. Bonne journée et merci de ta lecture. Thierry

  13. Odile dit :

    L’a(r)mor alité de lit Stuart
    Si le prince charmant est un biker.. prénommé Gendrillon de surcroît.ce n’est pas un Comte de Fée ..
    tu te feras sauter …comme une crêpe.. Suzette…
    car son SexGun tire qu’un coup -de buveur de mort subite- ..s’appellera 9 mois plus tard George.. et ce sera un vrai coche mare …
    Il fallait oser .. tu l’as fée !

    cygné
    Sand’rions

    • tby dit :

      @ Odile : Ton découpage de la langue est parfois difficile à lire mais plus que réjouissant, peu importe s’il me faut parfois, j’ai le cerveau lent, me repasser plusieurs fois la bande de tes mots devant les yeux pour ouvrir une fenetre dans ma tete. Oui, je l’ai fée.

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