Le contraire 9

Du 15 02 2012 § Pas de commentaires § Mots-clefs : , , ,

Le contraire Aigle royal

Tom prend sa bille de verre et la place dans le lance-pierre. Il est tendu à l’extrême et tremble maintenant de tout son être.
À reculons, il se rapproche de l’arbre.
« Merci Tom ! » lui dit le chat de Mémé Ledoux.
Tom ne voit que deux yeux qui brillent dans la nuit.
Une nuit noire et sans lune.
Soudain le chat hurle : « Tom, il revient ! »

Le loup le bouscule et il tombe rudement à terre, laissant s’échapper bille et lance-pierre.
L’odeur de ce terrible ennemi est forte et Tom hurle de terreur.
Il ferme les yeux, attendant l’assaut final…

« Tom ! J’arrive ! »
Le chat s’est jeté de son perchoir et atterrit toutes griffes dehors sur le museau du monstre. Celui-ci essaye de le mordre mais en vain. Tom se saisit alors de son sabre et pousse un cri qu’il n’avait jamais poussé, un cri qui vient du ventre, un cri qui donne plus d’énergie que celle dont il se nourrit.
Il frappe le loup qui se volatilise dans un grand jaillissement d’étincelles…

Tom crie toujours et relève son sabre pour frapper encore et encore, peut-être plus pour combattre sa peur que pour anéantir l’ennemi.

« Tom ! C’est fini ! Il est parti… »

Notre petit homme s’effondre et éclate en sanglots.
Le chat se rapproche doucement, il se frotte contre lui et ronronne.
Tom qui n’a jamais entendu un chat ronronner, sauf à la télé, le prend dans ses bras et le caresse.
« Tout va bien mon ami. Tu m’as sauvé la vie et je t’en serai reconnaissant jusqu’à la fin des temps. »
« Tu es le chat de Mémé Ledoux ? »
« Non, mais madame Ledoux est ma mémé, c’est vrai. »
« Pardon ? »
« Oh, c’est de l’humour félin. » répond le chat qui lui fait cadeau du plus beau des sourires.
Tom lui sourit à son tour.
« Nous sommes amis maintenant ? »
« Oui, tes farces idiotes ne sont que broutilles en comparaison de ce que tu viens d’accomplir. Ton courage est admirable et ton héroïsme fait de toi l’ami de tous les félins. Mais arrêtons là ces bavardages. Nous devons retourner au village, un de mes amis est en grand danger et il a besoin de toi. »
« Mais il fait nuit, je ne vois rien… »
« Je serai ton guide, n’oublie pas, je suis un chat. »
« Mais je suis trop fatigué… »
« Tom ! Celui que tu dois aider est un proche de l’autre, celui de ta chambre. Il est pour ainsi dire la clef qui te mènera à lui. Nous devons partir, tu dois être là-bas au lever du soleil. Tiens ! Prends cet objet que tu dois bien garder au sec ! »

Tom ouvre la main et de ses doigts experts reconnaît un pétard.

« Tu devras me porter, nous sommes sur une île et tu ne le sais peut-être pas, nous, les chats, avons horreur de l’eau ! »
Tom souffle. Il n’a pas envie de porter ce chat juste pour lui éviter un contact humide.
« Tiens-moi par la queue. Je n’aime pas ça mais c’est la seule possibilité qu’il nous reste. Au fait, je m’appelle Félix. »
Je ris, pardonnez moi, un chat qui s’appelle Félix, un loup qui disparaît dans un nuage d’étincelles. Peut-être s’appelait-il Ysengrin ? On croit rêver ? Pourquoi pas une rencontre avec une fillette qui s’appelle Alice ? Décidément, cette histoire perd tout contact avec la réalité. Ah, j’oubliais la tortue qui se nomme Sophie, la sagesse… J’ai un doute tout à coup… Croyez-vous que notre petit homme rêve ???

Arrivés sur la rive, nos deux amis découvrent un spectacle désolant. Le lac est immense…
Tom se munit d’un bâton et sonde les fonds. Il va lui falloir nager…
« Comment faire ? Je ne peux pas garder le pétard et le chat au sec ? J’ai besoin de mes bras pour nager… »
Le chat le regarde d’un air suppliant.
« Félix, il va te falloir nager ! »
« Il n’en est pas question ! »
« Mais je ne peux pas te porter, il faut que je garde le pétard au sec ! »
« Comment allons-nous faire ??? »

Au moment précis où nos deux amis se trouvent dans cette impasse résonne un cri puissant dans le ciel. C’est le cri d’un aigle.
« Aigle ! C’est Tom qui t’appelle, le ninja qui t’a sauvé la vie dans le désert. »
L’aigle se pose auprès d’eux.
« Tom, mon ami… »
Ils s’étreignent tendrement.
« Aigle, nous avons un problème, je dois traverser à la nage tout en gardant cet objet et ce chat au sec. C’est impossible, j’ai besoin de mes bras pour nager comme toi de tes ailes pour voler. Pourrais-tu nous aider ? »
« Je peux te prendre ce petit objet et le garder au sec dans mes plumes pendant que tu nages. »
« Merci mon ami, mais le chat ? »
« Le chat ? Pas question ! Il a déjà croqué plus d’un de mes petits au village. Si tu as besoin de tes bras, prends-le sur ta tête. »

Tom regarde le chat et l’interroge d’un mouvement du menton.
« Soit ! Qu’il en soit ainsi ! »
Nos amis se mettent en route, que dis-je, en vol pour l’un d’eux, à la nage pour les deux autres.

Pourquoi les deux autres me direz-vous ?
Simplement parce que Tom est toujours un petit garçon facétieux et qu’arrivé à la moitié de la distance, il a plongé sous la surface, laissant le chat horrifié nager par ses propres moyens.

Un élément qui tendrait à prouver qu’il s’agit bien de la réalité, non ?

La dixième partie.

Texte – © 2008 Thierry Benquey – tous droits réservés :

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Image – L’Aigle royal (Aquila chrisaetos) – 09/10/2007 – Richard Bartz – Licence :

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