Le contraire 6

Du 13 02 2012 § Pas de commentaires § Mots-clefs : , , ,

Le contraire La tortue Sophie

Tom regarde les environs à son tour pour constater qu’il n’y a personne. Il porte ensuite la main à sa bouche, effrayé d’y retrouver ce jus abominable. Mais c’est un liquide clair et volatil qu’il voit sur sa main.

« Espèce de sale tortue stupide ! Tout ça, c’est de ta faute, j’en suis sûr ! »

Le voyage vers le Nord.

À sa grande surprise, la tortue hume l’atmosphère d’un air ravi et lui dit :
« Quel merveilleux parfum s’échappe de cette bouche si noire… Les fleurs juteuses et tendres qui tombent quand tu parles sont irrésistibles. Je peux y goûter ? »

Ahuri, Tom regarde ses pieds et voit un petit de tas de fleurs multicolores les recouvrir. Quelques pétales tourbillonnent encore lentement en tombant dans ce matin sans vent…
La tortue qui s’est rapprochée, lui demande de nouveau : « Je peux goûter ? »
Tom s’effondre en pleurs, ayant perdu tout contact avec la réalité.
La tortue en train de mâchouiller une fleur, le regarde d’un air compatissant, puis elle prend la parole.

« Mon pauvre Tom, j’ai de bonnes raisons d’être en colère contre toi. Mais quand je te vois pleurer comme ça, des pleurs véritables, des larmes qui ne viennent que lorsque nous sommes confrontés à l’impossible, à l’inimaginable, à l’irréparable… Pfff ! Je prends pitié de toi et je suis prête à t’aider. »
« À m’aider ? » arrive à prononcer Tom entre deux sanglots déchirants.
« Ah, comme j’aurais aimé que tu pleures de cette façon en apprenant ma mort ! Quoi qu’il en soit, je connais la personne qui était dans ta chambre hier soir… »
« Tu es morte en vrai ? Tu connais mon cauchemar ? Tu… »
« Doucement ninja, une question à la fois. Nous, les tortues, nous vivons très longtemps normalement et nous savons tout ce qui se passe dans les mondes. Nous connaissons tous les mystères. Tiens, comme celui-ci : lorsque tu parles à un être aimé, de ta bouche ne sortent que des immondices… »
« C’est trop dur ! » dit Tom qui pleure à nouveau toutes les larmes de son corps.
« Calme-toi, ninja ! Tu peux faire quelque chose pour que cela cesse. »
« Ninja ? Comment tu sais ? »
Et la tortue de laisser s’échapper un petit rire espiègle.
« N’est-ce pas un sabre de ninja que tu portes avec toi ? »
Tom sourit, il avait oublié qu’il l’avait emporté.
« Le beau sourire, je préfère te voir sourire. C’est de plus beaucoup moins bruyant que tes pleurs. »
Cette fois, elle rit franchement et Tom rit aussi. Après un moment d’harmonie parfaite, de ce genre d’harmonie que deux êtres ne peuvent atteindre qu’en riant ensemble, Tom prend la tortue sur ses genoux et la caresse sous le cou. Il est surpris par la chaleur qu’il y trouve et de la douceur de cette peau fragile.

« Les nuages noirs de l’orage sont en toi Tom. »
« En moi ? Tu me fais peur… »
« N’aie pas peur ! Tu vas m’aider et je t’aiderai en retour ! »

En vérité, comme le disait la tortue, la noirceur est maintenant dans le cœur de Tom et celui-ci la pose rudement à terre.

« Pourquoi j’aiderais une tortue morte carbonisée ? C’est de ta faute ! Et celle de l’orage ! J’ai rien fait ! »
« La colère n’est jamais bonne conseillère Tom. Un vrai ninja saurait la dompter et l’utiliser pour arriver à ses fins. Un vrai ninja saurait aussi reconnaître ses vrais amis… »
En disant cela, la tortue lui tourne le dos et s’en va.
« Attends ! Qu’est-ce que je dois faire pour toi ? »
Elle fait mine de n’avoir rien entendu et poursuit sa route, à la vitesse d’une tortue bien entendu.
« Attends ! S’il te plaît… » gémit Tom s’avouant vaincu.
« Je m’appelle Sophie… »
« Sophie, s’il te plaît… »
La tortue sourit.
« Bien Tom ! Mais je te préviens que nous ne deviendrons amis que lorsque tu auras accompli pour moi deux ou trois petites courses. »
« Oui Sophie… » dit-il en baissant la tête.
« En premier lieu, j’ai là un grain de maïs que tu dois apporter à un de mes amis. Tu feras comme je te le dis sinon tu seras en grand danger. Tu feras comme je te dis ? »
« Oui, Sophie. »
« Bien ! D’abord, tu vas prendre une gourde que tu rempliras d’eau. Tu en auras besoin pour ton voyage. Tu partiras ensuite vers le nord et tu marcheras sans quitter cette direction jusqu’à ce que tu rencontres une créature vivante. Ce sera mon ami. Tu lui donneras le grain et tu écouteras attentivement ce qu’il te dira. Ensuite, tu reviens ici et je t’attendrai. Tu as bien compris ? »
« Oui, c’est facile. Je vais au nord et quand je rencontre une créature, je lui donne le grain et je reviens sous le saule. »
« Et tu écoutes attentivement ce qu’il va te dire et surtout tu ne lui donnes pas un autre grain, juste celui-ci. »
Sophie fouille dans sa carapace comme Tom fouillerait dans une poche et en sort un grain de maïs en tout point semblable à ceux que Tom avait hier.
« C’est un grain magique et je te conseille de le porter dans ta bouche afin qu’il soit protégé et humidifié. »
« Dans ma bouche ? Ah non ! »
« Tom ? »
« Bien Sophie, dans ma bouche ! »
« Va ! »

Tom se rend chez lui et constate que la maison est toujours vide. Il y règne une atmosphère de désolation maintenant et il s’y sent rejeté, comme s’il n’y était pas le bienvenu.
Il ôte son pyjama et remet les vêtements qu’il portait hier. Il prend la gourde dans sa chambre et toujours armé de son sabre, va la remplir dans la cuisine. Il y cherche en vain de quoi manger et puis se met en route vers le nord, l’estomac vide et le cœur serré.
« Mais où sont-ils tous passés ? »

La septième partie.

Texte – © 2008 Thierry Benquey – tous droits réservés :

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