Le contraire 5

Du 13 02 2012 § Pas de commentaires § Mots-clefs : , , ,

Saule pleureur

La violence de l’orage est phénoménale. Les volets, qu’il a laissés ouverts, claquent furieusement contre le mur. Le bruit de la pluie contre les vitres sonne comme une menace, comme si une main géante cherchait à les traverser pour s’emparer de lui. Les hurlements du vent ressemblent à ceux de bêtes sauvages qui cherchent une proie dans la nuit.

Notre Tom est terrorisé et pense sérieusement à appeler ses parents à l’aide quand, tout à coup, la lueur de la foudre lui révèle ce qu’il refusait de voir. Il y a bien un homme au pied de son lit.
Tout se fige, Tom aussi, son sang est glacé dans ses veines. Cet être qui est là dans sa chambre porte de longs cheveux tressés. Son visage est peint, une moitié noire parsemée de points blancs, l’autre moitié blanche parsemée de points noirs. Il croise les bras sur son torse noirci. Sur sa poitrine, Tom distingue des empreintes de mains et sur ses flancs de longs zigzags clairs. Il porte un pantalon en peau avec des franges sur les côtés. L’expression inoubliable de son visage est celle d’une moue dédaigneuse mais son regard est d’une dureté effroyable, plus dur que la pierre.

Le temps reprend son cours, Tom, son souffle, prêt à hurler et la pièce redevient sombre pour s’éclairer à nouveau la seconde suivante. Plus rien… L’apparition terrifiante a disparu…

Il retient son cri, prend sa lampe de poche dans le tiroir de la table de nuit et l’allume. Sa chambre est de nouveau celle de tous les jours, son territoire, son refuge et rien ni personne n’est là pour troubler sa sérénité.
Dehors, l’orage s’éloigne, la pluie et le vent ont cessé.
Tom pense avoir fait un cauchemar et, dans le faisceau rassurant de la lampe, cherche son doudou, le vieux doudou qu’il n’avait plus touché depuis trois ans.
Il se recouche, porte à son nez ce compagnon de toutes les misères et s’endort rapidement, rassuré par cette odeur familière.

Au matin, sa maman rentre dans la pièce.
« Tom, debout, il est dix heures ! J’espère que tu ne t’es pas enrhumé sous la pluie d’hier… »
Elle s’approche et lui dépose un baiser sur le front.
« Pas de fièvre, ouf ! Un enfant malade est amplement suffisant. Tu as repris ton doudou ? Tu as fait un cauchemar ? » dit-elle dans un sourire.
Tom ouvre les yeux, heureux de voir ce visage familier et aimant dans la clarté matinale.
« Bonjour Maman ! Je suis trop content de te voir. J’ai fait un cauch…. »
À son grand étonnement, une grimace abominable efface le sourire de sa mère. Elle porte les mains à son nez, comme si une odeur atroce lui déchirait les narines. Ses yeux expriment le plus profond des dégoûts et elle s’en va.

« Maman ? Maman ? »

Tom se lève et la cherche du regard, elle a disparu… Notre jeune ami qui n’est pas bien réveillé ne réalise pas ce qui vient de se passer et va dans la salle de bain pour sa toilette.
L’image qu’il aperçoit dans le miroir est comme un coup de poing au visage.
De sa bouche s’écoule un fluide noir et épais dans lequel sont empêtrées quelques araignées et une scolopendre de bonne taille. Il se doute bien que l’odeur qui a chassé maman provient de ce liquide infâme.
Tom se nettoie la bouche à grande eau, dégoûté lui-même par les créatures ignobles qui nagent maintenant dans le lavabo. Il se lave les dents plusieurs fois, usant la moitié du tube de dentifrice.

Il ne comprend pas ce qui lui arrive et se dirige maintenant vers la chambre de Jeanne, toujours à la recherche de maman.
Sa petite sœur est là qui joue à câliner une poupée. Quand son regard se pose sur Tom, son expression de mère affairée disparaît pour faire place à un sourire lumineux et franc. Elle se lève et ouvre ses bras en grand pour recevoir le baiser matinal.
Tom, toujours contrarié par la disparition inexplicable de sa mère, lui demande :
« Tu as vu maman ? »
L’expression de bonheur intense de Jeanne se fige tout à coup. Des larmes jaillissent brusquement, elle vomit et file se cacher derrière son lit en pleurant bruyamment.

Tom sent qu’il va pleurer lui aussi quand il remarque que des gouttes tombent sur ses pieds nus. Lentement, il baisse la tête, craignant de savoir ce dont il s’agit…
Un fluide épais et noir…
Tom hurle alors, de frayeur et de colère.

« Papa ! Maman ! Aidez-moi ! »

Personne ne lui répond. Jeanne n’est plus là.
Le silence de cette maison qui lui semble maintenant être hostile est terrifiant.
Tom pleure sans retenue, une tristesse qui vient du plus profond de son être.
Il est seul et abandonné…

Dans le brouillard de ses larmes, il se saisit de son sabre de ninja en plastique et sort.
Il se dirige vers la rivière, le village entier parait vide, comme si jamais personne n’avait vécu là.
Arrivé près du saule, il se lave abondamment dans le cours d’eau.
Il pleure, il beugle, il hurle sa frustration, sa tristesse, sa colère et son incompréhension.

« Tu peux continuer à pleurer si tu le désires, mais je t’en prie, un peu moins fort, je n’arrive plus à me concentrer ! »

Tom se retourne, heureux d’entendre une voix.
Il pousse un cri de surprise et de peur.
C’est la tortue de Gerbot qui le toise d’un air contrarié…

« C’est toi qui me parles ? »
La tortue regarde partout autour d’elle pour lui dire enfin :
« Tu vois quelqu’un d’autre ? »

La sixième partie.

Texte – © 2008 Thierry Benquey – tous droits réservés :

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Image – Saule Pleureur – 09/08/2008 – Garitzko – Licence :

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