Le contraire 4

Du 12 02 2012 § 2 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Le contraire L'apparition

Notre chenapan se précipite et freine à la dernière seconde pour ne pas se jeter sur son père, en pompier et tout trempé.

« Je passe juste pour voir comment ça va à la maison, je retourne au travail tout de suite après… »

Tom fait la moue mais il se déride bien vite lorsque son père lui caresse la tête.

« Tu veux un café ? » dit maman.
« Oh oui, avec plaisir ! Même que, si tu en avais une thermos pleine, je partagerais avec les copains pendant le retour. Tout va bien ici ? L’orage a été très violent et je me faisais du souci. »
« Oui, tout va bien, la petite dort et son chevalier est repu. Tu l’aurais vu, ce petit homme, faire face à l’orage et lui hurler de déguerpir. J’ai entendu la sirène alors je savais que tu viendrais. Qu’est-ce qui a brûlé ? »
« Le foin des Gerbot, presque toute la récolte. Lorsque nous sommes arrivés, le feu se rapprochait dangereusement des habitations, mais la pluie nous a bien aidés. C’est probablement la foudre qui a déclenché l’incendie. Il se passe des choses bizarres parfois avec le feu. Nous avons retrouvé une tortue carbonisée à l’endroit où il s’est déclenché et elle était entourée d’un cercle presque parfait de cendre et d’herbe brûlée. Étrange non ? Peut-être que la foudre l’a frappée en premier… »
“Oui, étrange…”
« Le petit Gerbot, tu sais le benêt, il courrait partout à la recherche de sa tortue et personne n’a eu le cœur de lui dire que nous l’avions retrouvée… »
« Les pauvres Gerbot, le fils aîné qui… »
Tom n’écoute plus la conversation, il fixe son verre de jus de pomme et repense à cette phrase : « Une tortue carbonisée… »
Il était assez grand pour savoir ce que signifiait carbonisée et aussi pour savoir qu’il en était responsable…

« Je suis un meurtrier, un vrai ninja… » pense-t-il.

Mais au fond de lui, il sait bien qu’il a fait quelque chose de mal, de très mal. Il a enlevé à l’idiot son seul compagnon, comme si on lui avait pris Jean-Louis, son meilleur copain à l’école.
Son cœur se ratatine et il éprouve une sincère douleur.

« Bon, j’y vais ! »

La voix de papa le ramène dans la cuisine.
« C’était un animal stupide ! Pourquoi n’est-elle pas partie ? »
Mais au fond de lui, il sait bien pourquoi elle n’était pas partie. Elle avait peur de lui.

« Salut mon Tom, à demain matin ! À cause de cet incendie, il va me falloir travailler tard, demain aussi, alors on se verra après-demain si tu veux bien ? Je suis désolé mais je n’avais pas prévu l’orage… »
« Moi non plus… » pense Tom et il embrasse son père.
« Au revoir, mon héros de pompier bénévole. » dit sa mère en embrassant tendrement son mari.

L’apparition

Tom est songeur et sa maman le remarque bien.
« Tu es triste que papa ne puisse pas entreprendre quelque chose avec toi ? »
« Oui… » répond Tom au bord des larmes.
« Viens là ! »
Il se plonge dans le parfum qui émane de la poitrine de sa mère. C’est comme un instant d’ivresse et il se sent mieux.
« Tu sais, tant que ta sœur dort, nous pouvons jouer aux cartes tous les deux ? »
« Tu veux pas plutôt jouer aux petits chevaux ? »
« Si, bien sûr ! »

Les yeux de Tom pétillent de joie et il fonce chercher le jeu.
Ils jouent ainsi pendant des heures, maman y prenant autant de plaisir que Tom, même s’il était bien difficile de le lui faire avouer.
Lorsque Jeanne se réveille, Tom va jouer avec elle à construire des châteaux en Lego. Il lui bâtit les plus hautes tours qu’elle se fait un malin plaisir à détruire.

C’est le soir maintenant et après le souper, Tom décide d’aller lire. On entend de nouveau gronder le tonnerre et, en cas d’orage, papa a interdit d’allumer la télé.
Tom se plonge dans le « Dernier des Mohicans ». Il aime plus que tout les livres sur les Indiens, surtout parce qu’après il peut en parler longuement avec papa qui partage cette passion avec son fils.
L’orage est là maintenant et la lumière s’éteint.
Tom enrage mais se rend compte qu’il est finalement bien fatigué. Il pose alors son livre et tire les couvertures.

L’obscurité qui est propice à la pensée le ramène vers les instants tragiques de cet après-midi et il est désolé pour la tortue de l’idiot…
Il pourrait lui en acheter une avec son argent de poche lors de la prochaine sortie en ville ?
Non, ce serait reconnaître sa culpabilité… D’autant plus que si tout le monde, à part Gerbot, se moquait bien de la tortue, la punition pour l’incendie serait probablement terrible.

« Tant pis pour Gerbot ! »
Sur cette pensée, censée alléger sa peine, notre Tom s’endort malgré le tonnerre qui gronde et la lumière des éclairs.

Dois-je vous préciser qu’il dort mal ?

Il se réveille soudain, un coup de tonnerre plus fort que les autres. À moitié endormi, il perçoit comme une présence au pied de son lit. Il a peur.
Un éclair illumine sa chambre pour une fraction de seconde et là, il voit distinctement un homme qui le regarde droit dans les yeux.
Tom ferme les siens, il voudrait hurler mais aucun son ne sort de sa bouche.
Lorsqu’il regarde de nouveau, il fait sombre et rien ne bouge. Il tremble de tout son corps mais commence à croire qu’il a rêvé.

La cinquième partie.

Texte – © 2008 Thierry Benquey – tous droits réservés :

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2 Commentaires

  1. Seb dit :

    J’ai presque peur de lire la suite!!!
    Bisous Thierry!

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