La mort est abolie. (5)

Du 16 05 2008 § 8 Commentaires § Mots-clefs : ,

Geisha at Asakusa

« – Cette gélule rouge tue, c’est bien ça ?
– Oui et non. La gélule ne fait que dissoudre l’enveloppe de l’INI. C’est elle qui tue. Nous travaillons ardemment à la deuxième version.
– C’est pour ça que je dois mourir ?
– Écoutez Adrian, vous commencez à m’ennuyer avec vos questions. Votre chef l’a avalé bien plus facilement lui. Vous êtes nos marionnettes et nous nous sommes lassés du jeu, voilà tout. Représentez-vous simplement un monde sans le deuxième Web, sans notre corporation, sans l’ONU. Terrible non ? Ce monde serait devenu une réalité si vous aviez continué votre enquête. Nos investissements dans l’INI dépassent tout ce que pouvez imaginer. Nous avons déjà deux milliards de clients et il en vient de nouveaux chaque jour. Vous voyiez où je veux en venir ?
– Oui, je crois. Mais quel rapport avec moi, je travaille pour vous ?
– Adrian, votre ridicule crypto n’a pas pris cinq minutes à nos spécialistes. De toute façon, vous êtes victime d’un programme de routine de notre service juridique. Cette plainte n’aurait jamais dû arriver dans vos services. Ce sont deux machines qui vous tuent. Un paradoxe temporel. L’INI qui vous tuera dans quelques jours et un ordinateur qui vous a tué ce matin en envoyant une plainte. Délicieux. Buvez ! »

J’avale la gélule.

« – Les courriels sans expéditeur ?
– Nos spécialistes y travaillent. Nous pensons qu’il s’agit d’un ou de plusieurs hackers particulièrement doués. Ils proviennent en fait de leurs destinataires, aussi étrange que cela puisse paraître. Il doit y avoir un bug, peut être un reste d’HTML ou de PHP dans un ordinateur oublié. Mais cela n’est plus votre affaire. Mes hommes vont vous raccompagner à vos appartements. »

L’entretien est terminé et je suis raccompagné.
Je suis abasourdi par ce que je viens d’apprendre et plus encore par ma mort prochaine. Je voudrais pleurer et hurler et pourtant, je n’ai qu’une envie, c’est de me faire un cyber avec un avatar magnifique, magni-fick.
Je m’installe confortablement avec mon étui pénien. Récupération des fluides corporels qui passent ensuite à l’incinérateur comme la pire des calamités. Est-ce qu’une humanité qui a peur de son sperme possède encore quelque chose d’humain?

“Archéo !”
Mon bureau, son odeur, sa décoration, tout cela me parait si futile maintenant.
“Choix avatar !”
Une série de photos miniatures apparaît sur le moniteur de ma table. Je choisis Brad Pitt des années 2000.
J’ouvre le tiroir de la table de travail et prend le lien pour le forum de safe sexe.
J’arrive dans un grand hall où se trouve un comptoir, en marbre, comme le reste. Le tout me fait plus penser à un funérarium mais je le passe sur le compte de ma mort annoncée.
Je m’approche et l’hôtesse me sourit.

« – Vous désirez ?
– Un cyber sympa. Qu’est ce que vous proposez ? »

Elle me montre l’écran sur ma gauche et je vois les avatars des autres candidats.

« – Je voudrais une vraie femme, pas un avatar féminin.
– Pardon ?
– Oui, je veux dire un avatar féminin appartenant à une femme.
– Et encore ?
– Juste elle et moi. Le lieu sera choisi par ma partenaire mais j’exclus les endroits fréquentés, intimité et discrétion. La nature me convient. »

Les avatars se réduisent à une vingtaine. En cyber on pouvait réaliser ses désirs les plus fous, il se trouvait toujours des partenaires. Je choisis un avatar de geisha. Je me promets de lui ôter son kimono le plus lentement possible.
Je me retrouve dans une maison traditionnelle japonaise. Bon point, j’aime cet abondance de bois et ces délicates portes de papier. La maison semble vide et je comprends qu’il me faut la chercher. Personne, je me dirige vers l’extérieur.
Elle est là, elle travaille silencieusement à son jardin Zen. Je m’approche et je note sa crispation lorsque mes pas font crisser le gravier délicat. Elle continue comme si de rien n’était. Je m’approche jusque la toucher mais je respire son parfum délicat, longuement. Elle se crispe de nouveau et je ressens son excitation. J’ai bien l’intention de faire durer le plaisir pour mon dernier cyber. Il me semble qu’elle apprécie mon approche délicate.
Je passe sur son coté et je lui effleure la main. Elle se fige.
Je remonte lentement le bras en caressant sa peau divinement douce.
Elle me regarde et sourit.
Je prend son râteau et le laisse tomber sur le gravier. Je l’attire à moi doucement et dépose un baiser sur son front. Mon cœur bat à tout rompre d’excitation. Elle me prend la main et nous marchons dans le jardin.
Elle baisse le regard et nous nous dirigeons vers la maison. Nous ne prononçons pas un mot, elle semble apprécier ce silence. Elle me guide vers un bassin. Elle ôte ses sandales et je comprends. Je la prends dans mes bras et serre mon corps contre le sien de manière à ce qu’elle puisse sentir mon érection. Nous nous embrassons et c’est comme mon tout premier baiser.
Je suis exalté et merde à la mort.
Je la déshabille lentement, déroulant son écharpe de soie comme on danse.
Le kimono s’ouvre, laissant voir une poitrine parfaite.
Elle me dévêt et je la sens fébrile.
Elle retire sa perruque.
Nous rentrons dans cette eau qui nous couvre comme un drap.
Elle prend une éponge qu’elle me passe sur le corps, de sa main libre, elle effleure mon sexe. C’est comme une décharge électrique. Je me retourne et la soulève de manière à ce qu’elle se repose sur le bord du bassin.
Je lui écarte les jambes et je la pénètre.
Nous jouissons presque en même temps.

Nous ferons trois fois l’amour avant de nous affaler repus et épuisé sur un lit.
Elle me regarde dans les yeux et me dit, rompant le charme.

« – Un de mes meilleurs cybers. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé.
– Si tu veux on pourra remettre ça plus tard, je te laisse un lien ?
– Je ne sais pas… Je ne voudrais pas que cela devienne trop personnel.
– Aucune chance, je dois bientôt partir pour très longtemps. Je n’aurais plus accès au Web.
– Demain ?
– Oui, demain ! »

Elle prend mon lien et disparaît, volatilisée.
« Moi aussi, j’ai beaucoup aimé. »

“Archéo !”

Image – Geisha at Asakusa – Kondo Atsushi – 11/04/2009 – Licence :

Licence Creative commons bysa

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8 Commentaires

  1. edouard dit :

    Un cyber super bon coup, il s’y perd , ils prennent leur pied, puis elle prend les jambes à son cou…

  2. yannick dit :

    le privé sait qu’il va mourrir bientôt: belle trouvaille scénaristique. de plus, l’auteur nous gratifie d’une scène de cyber sexe des plus réalistes.je poursuis…

  3. odile dit :

    cet épisode là me plait plus…
    parce que cela me semble un peu plus réel ..
    Une petite question : qu’est ce qu’un cyber ?
    Interdiction de te moquer …

  4. Odile dit :

    Chut.. je passe incognito .. car je ne me rappelais plus l’appellation contrôlée exacte .. pour orienter corps rectum en des mâles aux tr(o)us …membres érigés … de sites de peau et cie …

    Ne te retiens pas … pouf ..fée.. de rire .. est con sidéré … comme une jouissance délit- cieuse
    Pour quelqu’une comme moi .. qui a pour pseudo dans la poésie érotique …le sourire vertical …
    c’est un peu cul cul.. la praline .. pas vrai ?
    Ce pseudo était mon petit nom doux.. pour un de mes Rois de coeur …
    Je pensais qu’il me l’avait attribuée .. au regard de mon sourire légendaire … et non en référence au célèbre film .. qui ne figure pas dans ma liste de classiques …

    et oui .. c’est moi .. dans toute ma splendeur ..

    rire

    • Odile dit :

      oups j’ai encore fait une mauvaise man oeuvre ..
      tu sais… en venant te lire …j’apprends beaucoup ..

      merci …

    • tby dit :

      @ Odile : J’ai sans doute raté quelque chose car je ne comprends pas bien ce commentaire. Par contre, j’adore cette expression de sourire vertical mais je ne savais qu’elle avait été ton pseudonyme. Quand au film, je ne le connais pas. Rire est bon, surtout avec le combat que tu as engagé sur ton blog. Bon courage. Bises. Thierry

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