La mort est abolie. (4)

Du 16 05 2008 § 2 Commentaires § Mots-clefs : ,

Bauhaus teachers' houses, in Dessau

Je cherche de quoi me couvrir, je suis nu comme un ver.
« Habillez-vous ! On vous emmène chez un ami ! »
Et il me montre son arme.
Je me sens mal d’être surpris dans ma sphère intime mais surtout la sueur gicle littéralement de tous mes pores à l’idée d’entrer en contact physique avec ces inconnus.
Le plus grand me jette un petit bout de carton que je n’ose toucher. Je peux lire:
David Akira – Sonya Corporation – Directeur de projet – Département INI.
Ça me rassure un peu, s’ils ont des contacts physiques avec un ponte de Sonya, ils sont sûrement clean. Je pense à cette grippe qui n’avait de porcine plus que le nom.

Nous descendons par les escaliers, l’odeur infecte qui y règne m’écœure et je suis sur le point de vomir. Le second balaise me glisse alors dans la main un masque de protection. Il s’adapte à mon visage et je respire maintenant un air filtré et désodorisé.
Je suis paniqué, cela fait bientôt trois mois que je n’ai pas mis les pieds dehors.

Nous montons dans une grosse limousine.
Les balaises devant et moi derrière. Ils remontent la vitre de séparation.
Je me sens mieux et essaye de me regonfler au niveau du flic que je suis.
Je regrette mon avatar Marlowe et la prestance d’Humphrey, sa voix surtout…
Je me connecte lorsque nous arrivons près du centre administratif.

“Archéo !”
Je retrouve mon ambiance familière et cela me rassure, me calme.
“Courriel !”
J’ouvre le rouge de mon boss.
« Vous recevrez dans les heures qui suivent, la visite de deux agents de la sécurité de Sonya. Prière de les suivre, nos bureaux ayant confirmé notre plus entière collaboration avec la corporation. »
“Alerte courriel rouge active !”
Je ne veux plus me laisser surprendre dans une situation comme celle-là et je réactive la routine des alertes de la messagerie électronique.
Je remarque un autre message, sans classement de priorité. Il n’a pas d’expéditeur et je déchire son enveloppe.
« La Sonya Corporation te surveille. Crypto ne suffit pas ! »
Message laconique mais au combien informatif. Ainsi le code de mon crypto ne me protégeait plus.
“Crypto !”
Je pénètre dans mon bunker et je constate que le dossier “Schroeder.0″ n’y est plus.
“Archéo !”

Je suis de nouveau dans la voiture, un peu malade de me retrouver si brutalement transporté d’un environnement stable à un environnement mouvant. En tout cas, le code du login fonctionne bien. Je me pose une question troublante, comment avais-je pu ouvrir mon courriel sans choisir un avatar. Il y avait là un mystère que je me promettais d’élucider plus tard.
La voiture s’arrête devant un portail massif. Deux hommes en arme sont postés là. Ils nous laissent passer et je découvre un terrain gigantesque, il y a au moins deux mille mètre carrés de gazon, soigné à l’anglaise et fraîchement arrosé. Au beau milieu de ce paradis que peu de gens peuvent contempler de nos jours, trône une villa style “Bauhaus”. Le gravier crisse sous les pneus, un bruit agréable qui rappelle l’ancien temps.
Les deux gorilles m’aident à sortir et nous montons quelques marches pour entrer dans une vaste pièce qui fait toute la surface de la maison. Les grandes surfaces vitrées laissent entrer une lumière généreuse et je vois une piscine de l’autre coté.
C’est plus du luxe, c’est du délire.
Sortant de l’eau, un homme mince et d’origine asiatique, ce doit être Akira.
Il revêt un peignoir de bain et enfile des babouches.
Il entre et fait un signe aux gorilles qui disparaissent.

« – Monsieur Herbert, enchanté.
– Monsieur Akira ?
– Appelez-moi David et permettez-moi de vous nommer Adrian.
– David, que me vaut l’honneur de découvrir votre sphère privée.
– Oh, ça ? Ah, mais ce n’est pas ma sphère privée, c’est une villa de la corporation. Nous pouvons y séjourner lorsque nos affaires nous amènent dans votre région.
– Oh, je comprends. Et vous êtes venu pour moi ?
– Oui, sachez que j’en suis contrarié…
– Je suis désolé David. Permettez-moi de réparer ce désagrément en me montrant utile.
– Adrian, cher Adrian… Je crains qu’il vous soit difficile de nous être d’une quelconque utilité. Nous avons eu accès à certaines informations qui vous impliquent avec la canaille du CCC. Ces empêcheurs de bénéficier en rond.

Il éclate de rire, satisfait de sa petite formule.

– Adrian. Sur la table devant vous se trouve un verre d’eau et une gélule rouge. Avalez moi s’il vous plaît cette gélule.
– Mais, je ne peux pas. J’ai besoin d’une interface pour le travail.
– Adrian, mon ami. Laissez-moi vous dire que les victimes de la rumeur sont bien réelles. Vous démissionnez en quelque sorte, en prenant cette pilule, vous allez démissionner de la vie.
– Vous ne pouvez pas, je suis flic…
– Et moi, je suis Dieu. Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas douloureux. Cela vous laissera le temps de régler vos affaires personnelles, la perte d’accès au réseau se fait progressivement. Hop, un petit service ici. Hop, un autre là.
– Mais pourquoi ?
– Pourquoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que cela peut bien vous faire. Prenez-le comme c’est, un fait, une information.
– Et si je ne prends pas la pilule ?
– Ah, Monsieur est raffiné. Je vous propose alors une injection de néo-ebola. Très douloureux et surtout très rapide. Je ne vous donne pas vingt quatre heures. La direction du CCC a essayé, vous pourrez échanger vos impressions lorsque vous rencontrerez ces gens. »

Je prends le verre et la gélule.

Image – Bauhaus teachers’ houses, in Dessau – Licence :

Licence Creative commons bysa

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2 Commentaires

  1. odile dit :

    moi à ta place je n’aurais pas pris la gélule .. car elle n’était pas bleue …

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