La liste. Part 27

Schwarzhaariges Mädchen mit hochgeschlagenem Rock

– Ah… Je me sens mieux, j’avais peur d’avoir à combattre une armée. Ils nous auraient tué dis-tu ? Juste parce que tu aurais été de sang pur ?
– Oui et non. En fait, je ne t’aurai jamais touché, le problème ne serait donc pas survenu. Nous utilisons les gadjos, oui, mais on ne se mélange pas. Nous avons nos lois et nos règles.”
Je comprends mieux la vieille. Je commence même à l’estimer. On a beau être un républicain de coeur, la royauté a quelque chose de fascinant lorsque l’on ne la subit pas.
– “File !
– Nous ferons l’amour ce soir ?”
Je la regarde abasourdi…
– “Liberté… Je crois que tu ne réalis…
– Si justement ! Et si dans les morts il y avait un Batou ? Je ne voudrais pas rester sur notre première fois. Et puis ça… Elle rougit. Ça m’excite !”
Elle rit, me jette les rênes et saute de la voiture.
Je ris aussi. Sa franchise, sa fraîcheur et sa jeunesse me redonne du courage. Je vois même l’avenir comme un possible. Et puis un début d’érection me laisse penser moi aussi qu’effectivement c’est excitant. Le combat aussi est excitant, c’est après que l’on peut en mesurer toute l’horreur.
Le voyage se passe sans incidents, au rythme lancinant des chevaux de traits. Je somnole et je crois bien m’être endormi plus d’une fois. Le dialogue avec Liberté a fait naître en moi un calme presque glacial. Je me fais peur parfois…

Nous traversons le village d’Épuisay quand le crépuscule nous offre ses plus belles couleurs. L’étang n’est plus très loin et je suis bien content que nous arrivions de nuit. Cela sert bien le plan…

Arrivé sur le lieu du campement, j’aperçois le cheval de Bonaparte et un feu. Celui-ci ne saurait être loin et malgré sa jeunesse, j’appréhende notre rencontre.

La troupe se prépare pour la nuit. J’ai laissé la voiture un peu à . Une fois les bêtes dételées, je rencontre Archibald qui me demande où est l’Espagnol.
“Il dort. La courante… Il ne se sent pas bien.”
Je vois bien sur son visage que le mensonge ne passe pas vraiment quand j’entends un “Papa” retentissant.
Bonaparte se jette dans les bras de son père et leurs retrouvailles me feraient chaud au coeur si je ne les avais pas trahi. Quelque part dans les bois environnants se trouvent des gendarmes et des soldats prêts à faire feu sur ces deux hommes.
Je me dirige vers la tente de la vieille et remarque cette fois ce cordon protecteur que son peuple a dressé autour d’elle.
Yvette et Liberté se précipitent vers moi. Elles se figent et se regardent comme deux coqs de combat. Je mesure là l’ampleur de la tâche que je me suis assigné et commence à douter sur ma capacité à maintenir la paix entre ces deux femmes. L’autorité émanant d’Yvette se remarque à vingt pas, aussi Liberté retourne près du feu, la tête basse et maugréant dans cette langue étrange pleine de “av”.
Yvette m’enlace tendrement et je me laisserais bien aller dans ses bras, m’effondrer, pleurer peut-être. Je m’imprègne de son odeur. J’aime cette femme, je sens que je peux compter sur elle, qu’elle sera toujours à mes côtés. C’est bon d’avoir quelqu’un comme elle auprès de moi. Tout homme voudrait avoir une femme comme elle pour compagne, les autres pour le plaisir mais une Yvette pour la vie.

– “Yvette, ma femme, personne ne se mettra jamais entre nous, mais ce soir… C’est le soir de Liberté. Dis aux manouches de laisser le feu mourir, l’obscurité est notre meilleur alliée.
– Manouches ?
– Les gitans…
– Batou ?
– Oui ?
– J’ai peur !
– N’aie pas peur. Il ne nous arrivera rien.
– Je sais, la vieille a dit que je serai la mère de tes enfants. TES. J’ai peur de l’avenir, j’ai peur de te voir mourir.
– La vieille… Tu crois vraiment à ces sornettes ?
– Pas toi ?
– Je ne sais pas. C’est facile de croire.
– Et pourtant… Tu ne crois pas en Dieu.
– C’est qu’il m’a déçu et pis, j’ai pas vu beaucoup de son amour depuis ma naissance et encore moins depuis que j’ai fait la guerre.
– Je t’aime Batou. Va voir ta Liberté. J’attendrai. Je te crois quand tu dis que personne ne se mettra entre nous.
– Je t’aime aussi.

Yvette s’en retourne avec les gitans et m’envoie Liberté. Je la prends sous mon bras et nous nous dirigeons vers le bois, loin du camp.
“Tu m’excuseras, il nous faut faire vite.”
Elle me pousse violemment dans les fougères. Je me laisse tomber.
Nous faisons l’amour sans violence, elle se colle à moi comme si elle voulait s’incruster, se fondre. Nous atteignons l’orgasme ensemble dans un grand bonheur, nos cris de jouissances se transformant en rire, un rire doux et chaud. Je crois que je viens de tomber amoureux d’elle. Cette montée, ce crescendo orgasmique me sont inconnus lorsque je couche avec Yvette. Avec elle, nous sommes deux, l’univers se fond en et autour de nous mais nous sommes deux. Avec Liberté, je viens de perdre la vie et de renaître tout à la fois. Un instant, nous n’avons plus fait qu’un seul être, une seule entité, l’égal de Dieu…
Elle plonge dans l’étang.
Je lui souffle : “Fais vite, il est bientôt minuit.” et retourne au camp, ne sachant bien ce que je voulais faire.

furioso

Je reçois un coup violent sur l’épaule qui me fait rouler au sol.
Je sors mon couteau quand un pied surgi de l’ombre s’abat sur mon bras.
Archibald se tient face à moi, un pistolet dans la main.
Un rapide coup d’oeil me confirme que c’est bien Bonaparte qui m’écrase la main sous sa botte. Tous deux affichent un sourire sadique.
“Dis moi Batou… J’ai l’impression que tu penses avec ça !”
Et il m’envoie un violent coup de pied dans les testicules. La douleur est insupportable et l’air vient à me manquer.
– “C’est pas bien de courtiser une fille sans en faire la demande à son père.
– …
– Et puis, il y a autre chose. Où est l’Espagnol ? J’ai été dans sa voiture et il n’y était pas.
– …
– Tu sais quoi Batou ? Je crois que je vais te couper les couilles et puis après, avec Bonaparte, on va te les faire bouffer.”
Il tire un couteau de sa ceinture.
“Où est l’E S P A G N O L ? Parle !”
Il me plante le couteau dans la cuisse. Je crie.
Mon cri ne couvre pas l’autre, une voix forte qui hurle : “Au nom du Roi ! Rendez-vous ! Vous êtes encerclés !”
Archibald se relève et fait feu de son pistolet. Bonaparte plonge à terre et une salve déchiquette littéralement son père. Il hurle, un cri terrible qui sort des tripes. Il me regarde haineux, il veut ma mort.

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Image – Schwarzhaariges Mädchen mit hochgeschlagenem Rock – 1911 – Egon Schiele – licence :

Image – Furioso – 1816-23 – Fransisco de Goya – licence :

Texte – La liste – © 2009 – Thierry Benquey – Tous droits réservés.

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6 Commentaires

  1. Pat dit :

    je ne lis pas, je dévore et je remercie l’auteur de me rassasier de belles phrases, de rendre à merveille la complexité de Batou et je raccourcis mon commentaire car je vais lire la suite !
    Amitié.
    PAT

  2. lubesac dit :

    J’enchaine les épisodes pressée de savoir la suite

  3. dede dit :

    Bonsoir Thierry,

    Batou trouve excitant les envies sexuelles de sa jeune maîtresse. Le combat et le sang lui donnent aussi du plaisir.
    L’homme aimerait avoir une femme pour jouir, et une autre… pour la vie.
    Alors qu’il est encore sous l’émotion de son orgasme de mâle, Archibald lui tombe dessus…menaçant.
    Ce dernier a juste le temps de planter un couteau dans la cuisse de Maurice, lorsqu’une salve vient cueillir son âme… pour l’enfer.
    Le piège des gendarmes est enclenché…et le suspense aussi.
    Amitié.
    dédé.

  4. Odile dit :

    batou est en quelque sorte .. un homme comblé ..
    L’idéal eut été .. qu’il est le tout .. en une seule femme …
    La Palettes des Sentiments a tellement de nuances .. puisqu’il peut colorier avec deux Nuances .. il a raison .. de croquer la paume ….
    Sale quart d’heure pour lui …
    sauvé par l’arrivée des gendarmes ..

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