La liste. Part 19

Le 11 juillet 1815

Je suis un artiste de cirque. Les applaudissements du public et les regards amicaux des autres membres de la troupe sont comme une drogue. Je ne sais pas si j’ai trouvé ma vocation mais j’éprouve une grande satisfaction.
Yvette s’est bien comportée, elle a juste fermé les yeux et adopté ce sourire que je lui connais depuis le bain dans la Loire. Un sourire de bonheur, celui de porter la vie en elle, d’avoir un homme et plus encore d’avoir un but.
Nous levons le camp et prenons la direction du Mans, environ quatre jours de voyage.
J’ai consulté une carte dans la roulotte d’Archibald, la voie la plus courte aurait été de suivre la Loire. Blois, Tours, Saumur, Cholet, Nantes et enfin Saint-Nazaire mais je préfère suivre le cirque. Je n’ai pas abandonné l’idée de passer un moment seul avec Liberté. Je suis même possédé par cette pulsion contre laquelle je ne peux me résoudre à lutter. Malgré Yvette, malgré Archibald dont le comportement à mon égard a beaucoup changé. Malgré Bonaparte qui complote contre moi, malgré la pluie et le vent si nécessaire.

Le 12 juillet 1815

Arrivée à Ouzouer-le-Marché en fin de journée.
Liberté se montre pendant le voyage. Elle fait semblant de m’ignorer ce qui me rend fou et pourtant je sais bien qu’elle se pavane devant moi comme une chatte en chaleur. Elle disparaît aux pauses, j’ai cru remarqué qu’elle se retirait chez sa grand-mère.
J’ai toujours peur de la vieille, aussi j’évite ses quartiers comme la peste.
Nous parlons beaucoup avec Yvette, nous échafaudons des projets d’avenir, que faire en Amérique ? La somme que nous emportons avec nous pourra-t-elle payer le voyage et nous permettre un nouveau départ ? Qui a besoin d’un couple de paysans français dans le nouveau monde ? Quoi qu’il en soit, l’optimisme inébranlable d’Yvette est contagieux et je me sens bien.
Demain nous repartons pour Le Mans mais aujourd’hui nous offrons une représentation à ce village au nom impossible.

Le 13 juillet 1815

Arrivée à Fontaine. Archibald nous a trouvé une bonne place au bord du Loir, d’un côté la rivière, de l’autre les bois.
Yvette rayonne. Je lui ai dit que nous allions nous occuper de sa garde-robe et de la mienne au Mans. Sa simplicité m’enchante.
À ma grande satisfaction, j’ai appris que Bonaparte partait seul pour préparer notre route. Il doit négocier avec les villes pour les emplacements, les représentations éventuelles. Il doit aussi veiller à ce que nous évitions au mieux les contrôles de police. Si nous avons tous des papiers en ordre, merci l’Italien, une partie de la cargaison du cirque n’a rien à voir avec ses activités. J’ai découvert des caisses de fusils, encore emballés dans du papier gras, dans la voiture de l’Espagnol, de quoi armer une compagnie.
Je vois Liberté se diriger vers le bois. Yvette qui s’est parfaitement intégrée à la troupe est en train de traire les chèvres. C’est l’occasion tant attendue.
J’ai perdu sa trace, elle a quitté le sentier…
Je n’ose l’appeler.
Un petit rire suivit d’un bruit de branchages.
Elle veut jouer.
Je la poursuis.
Nous courons en nous enfonçant toujours plus loin dans la forêt.
Je prends un plaisir fauve à cette poursuite. Nous sommes tous deux plongés dans le jeux, ses gloussements ressemblent à s’y méprendre à de la peur. Elle fuit, la proie fuit.
Au bord d’une clairière apparaît une cabane de forestier.
Liberté entre.
Je la suis.
Elle rit lorsque je pénètre les lieux.
Je lui prends les mains dans les miennes et les embrasse, peinant à reprendre mon souffle.
Elle aussi est essoufflée par la course et sa menue poitrine monte rapidement de bas en haut, ses tétons durcis prêts à déchirer l’étoffe du corsage à chaque inspiration. C’est comme un appel…
Je la serre contre moi et plonge mon visage dans sa chevelure.
Son parfum est délicieux, la tête me tourne et mon bas-ventre me fait mal.
Ensuite, comme dans un rêve, c’est elle qui me prend alors que je voulais la prendre.
Nous tombons sur un lit de fougères et elle me chevauche sauvagement.
Elle me griffe et me mord au sang.
La violence de son attaque, la rapidité de ses mouvements, la douleur se mêlant au plaisir lorsqu’elle s’empale sur moi… Je perds pied.
Lorsque je jouis, elle tambourine de ses poings sur ma poitrine et s’effondre en pleurs.
Le cataclysme que je vis avec Liberté me submerge. Son vagin est parcouru de contractions délicieuses comme si elle voulait m’absorber.

Spleen et idéal

Elle pleure et ne sachant que faire, je lui caresse la tête. Ses larmes inondent peu à peu ma poitrine. Elle pleure beaucoup et longtemps.
– “Liberté ?
– …
– Je ne suis pas le premier ?
– Nooooon !” elle pleure de plus belle.
Quel âge a-t-elle ? Quinze ans ? Seize ? Je ne m’étais pas posé la question avant que ses pleurs me ramènent à une dimension humaine.
– “Tu veux parler ?
– Emmène-moi Batou ! Loin d’ici ! Loin de ces gens !
– Mais…
– S’il-te-plaît… Je serais gentille avec toi. Nous ferons l’amour quand tu veux. Emmène-moi !
– Je ne peux pas, Yvette ? Ma femme… Mais pourquoi ? Le cirque c’est ta famille…
– C’est ma famille ? Ahahahahah…” elle part d’un rire fou.
– “Raconte-moi !
– Batou, tu n’es pas le premier. Le premier c’était…
– C’était ?
– Mon père…”

Lire la suite…

Image – Artistes du cirque Renz – 1887 – Christian Wilhelm Allers – licence :

Image – Spleen et idéal – 1907 – Carlos Schwabe – licence :

Texte – La liste – © 02/2009 – Thierry Benquey – Tous droits réservés.

 CopyrightFrance.com

{lang: 'fr'}

10 Commentaires

  1. lubesac dit :

    Voilà que le faune se déchaine et nous offre une sauvage scène d’amour.
    Nouveau rebondissement avec Liberté et début d’une nouvelle intrigue

  2. pat dit :

    La scène tant attendue arrive et l’on ressent toute la fureur, la bestialité des ébats. Ton idée d’accélérer l’intrigue (le journal) rajoute du rythme au roman. Et la révélation finale augure de belles choses.
    en diamo pour la 20 ème partie !
    juste une question, avais-tu déjà l’idée en tête (l’inceste) ou l’idée t’est-elle venue en écrivant ?

    • Thierry dit :

      @ Pat : Bonjour Patrick. L’idée de l’inceste m’est venue en écrivant, Liberté m’est bien utile car elle me permet de résoudre un problème qui va se poser dans quelques générations. Amitié. Thierry

  3. Edouard dit :

    A l’évocation des succions vaginales d’Yvette, je ne puis réprimer quelque raideur en mon boxer.
    Mauis loin de moi l’idée de vous réduire à un simple pornographe.
    Votre histoire est palpitante de bout en bout, la narration, le décor, les personnages, le suspense…tout pour forcer l’admiration d’un lecteur qui, hélas, ne peut créer que dans l’abstrait et les géométries pas toujours variables.

  4. dédé dit :

    Bonsoir Thierry,

    Posséder Liberté demeure l’idée fixe de Maurice.
    Ce dernier prend un réel plaisir de vivre en artiste, en savourant les applaudissements du public.
    Enfin, l’auteur s’arrange pour que l’entrevue tant attendue se réalise. La scène des ébats amoureux est délicieusement bestiale. Les corps se déchaînent dans le plaisir charnel.

    Lorsqu’entre deux larmes la jeune fille confie les incestueux assauts de son père, un nouveau rebondissement intervient dans la vie de Batou.
    Suspense…!
    Amitié.
    dédé.

    • Thierry dit :

      @ Dédé : Bonjour mon ami, me voilà de retour d’un voyage dépaysant en Bretagne. Merci Dédé de tes commentaires qui me procure toujours bien du plaisir, un plaisir qui entretient la flamme en ce moment vacillante de l’écriture.
      A bientot.
      Thierry

  5. Odile dit :

    La vie au cirque .. est une expérience que je n’ai pas encore tentée .. même si à plusieurs reprises .. elle m’a été proposée .. j’aime cette ambiance … où je me sens chez moi …et pourtant je n’ y ai aucune racine …

    Liberté est devenue une obsession .. chez notre Bamaurice …
    Dame Nature l’entraine en tourbillon .. dans ses dentelles de plaisir des sens …
    La révélation finale .. jette une froid sur … cette escapade …
    Il ne faut pas oublier .. qu’encore aujourd’hui .. même si cela est tabou ..dans la France profonde .. le droit de dépucelage .. incestueux .. est encore en en vigueur …
    Si, si .. source sûre .. dont j’ai eu connaissance .. lors de la campagne de lutte contre les abus sexuelsdans les écoles , collèges et lycèes …

  6. Odile dit :

    Une petite suggestion : un roman sur les Gens du Cirque ….
    ce serait .. fun en bulles!

Laisser quelques mots