La bête.

Du 18 10 2008 § 17 Commentaires § Mots-clefs : , ,

Titre original mais qui aurait nui au lien permanent de l’article : Звери

Adonis

A l’est…

Le couloir, l’écho des pas précipités sur les dalles, comme une insulte à l’harmonie qui règne en ce lieu.
Ces cris maintenant qui tentent de m’arracher à l’hésychasme, rompant ma béatitude, brisant le fragile équilibre de la méditation.
La porte s’ouvre avec force, presque avec violence, me blessant le cœur comme jadis, le jour de la honte et de la destruction.

Mon regard courroucé fige l’intrus sur place, la bouche ouverte.
« Je m’excuse… » dit-il en chuchotant.
Malgré la douleur et cette pointe de colère aux couleurs de violence, je souris à ce chuchotement.

« – Que veux-tu ?
– Il a eu une nouvelle vision.
– Ah… Et ?
– C’est un homme cette fois.
– Bien. Ceux d’Athos nous ont déjà transmis le dessin ?
– Oui, par fax.
– Très bien, je viens dans quelques minutes. Préviens ceux d’Obraz ! Je veux voir leur contact ! Ce soir !
– Bien, je m’en occupe. »

Il s’en va, toujours confus. Il marche maintenant.
Des sentiments contradictoires me submergent peu à peu.
L’excitation liée à cette nouvelle, la frustration liée à l’interruption de la prière du cœur et la peur liée aux souvenirs.

Je prends une profonde inspiration, me signe et me dirige vers la porte.

A l’ouest…

C’est ma première soirée de libre depuis le début de la campagne.
Je sens le poids de la pression accumulée me broyer les épaules.
Mon équipe daigne m’accorder cet instant de pause avant le débat de demain.

Ma femme passe, lointaine, absente, me faisant savoir que ma boisson est prête.
Cet être que j’ai tant aimé qui me devient peu à peu étranger et avec qui j’aurai apprécié fêter ce moment de liberté.

Les enfants sont grands, est-elle jalouse de la République ?
Cette pute qui me rejettera peut-être au détour d’un sondage.

Ce soir pas de mails, pas de téléphone, juste un bon bain très chaud et pourquoi pas une émission débile sur TF1. Rien que du délassement, me vider pour la rencontre de demain.

Mon équipe a fourni un excellent travail, grandiose même. Juste assez de déchets pour être capable de répondre à une attaque personnelle et des chiffres, des chiffres à n’en plus finir.

« Lui au moins, il connaît ses dossiers.
Lui au moins, il ne se complaît pas dans les immondices.
C’est un homme providentiel. »

Telles sont les phrases qui doivent naître dans les consciences des téléspectateurs indécis.
Indécis, le ridicule de ce terme est à l’image de la démocratie. Comment peut-on changer d’avis ou de parti en suivant un débat politique. C’est plus fort que moi, je ne comprendrai jamais.

« T’inquiètes Germaine, je vais te la sauver ta République et puis même que comme une bonne pute, elle fera tout pour moi. »

Je ris bêtement à cette pensée.
Quand je pense à tout cet argent qu’il a fallu investir pour en arriver là, être l’étalon du parti pour le deuxième tour de la présidentielle.
Raccommoder, faire oublier la République des amis de mon prédécesseur, ce cher Nicolas qu’on a commencé à enterrer sans attendre qu’il décède.
Quel sera mon sort dans les cinq ans ?

Au diable ces pensées malsaines !
Je vais m’envoyer une petit ligne ? Dans un beau billet de cinq cent ?
Pour chier sur ces petites gens qui me soutiennent, sans rien savoir, sans rien avoir ?
Tiens ! Une idée géniale ! Pour la prochaine élection les candidats devront se soumettre à un test de dépistage.
Une loi qui ferait de moi le roi par manque d’adversaires.
Vainqueur par abandon.

« Chérie ? Tu ne voudrais pas venir avec moi dans la baignoire ? »

Me vider pour me vider, j’aimerai le faire par tous les bouts.
Elle n’a pas entendu.
Ça m’évitera le coup de la migraine.
Elle doit être fatiguée après avoir passé tout l’après-midi chez son amant.
Au début, je lisais passionnément les rapports des renseignements généraux et puis, peu à peu, je trouvais cela ennuyeux.
La routine qu’elle quittait en sortant de chez moi se trouvait déjà chez l’autre, comme si c’était une protection, un genre de nid. Ça non plus, je ne le comprendrai jamais.

Pas plus que je ne comprends le trouble qui s’empare de moi depuis peu lorsque je vois une statue d’Adonis, paré de ses plus beaux atours.
Une érection, de celles que je croyais à tout jamais disparues m’avait profondément choqué l’autre jour.

Image – Adonis. Marbre, torse antique restauré et complété par François Duquesnoy – Musée du Louvre – Photographie : Marie-Lan Nguyen – Licence :

Domaine public

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17 Commentaires

  1. comme d’habitude, j’attend la suite avec impatience. Pas de cadeau pour la gente politique semble-t-il…

  2. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Pas besoin de loi pour battre l’adversaire, ce dernier est trop occupé à se débattre dans les immondices.
    Le petit roi de la république peut se retrouver troublé, par son érection de contentement.
    L’auteur dénonce le pouvoir d’un seul homme, que de pauvres manants, en changeant d’avis, ont posé sur le trône.
    Ce texte est merveilleusement écrit.
    Amitié.
    dédé.

  3. pandora dit :

    Merci pour ce texte et ce mot que tu m’apprends, hésychasme, même si le personnage que tu décris ensuite a l’air bien loin de ce Dieu dont il cherche à se rapprocher…

  4. gdblog dit :

    la suite le plus vite j’espère ? on s’y croirait!
    Merci beaucoup pour le lien,
    A bientot,

  5. lubesac dit :

    Début prometteur! Il va falloir vite lire…au cas où (censure)

    Pour te faire rire! J’ai couru vers le dico papier pour ce mot que je ne connaissais pas! Internet ne m’a pas encore rendue en esclavage….Vieux réflexe

  6. Patrick dit :

    ça sent la grande nouvelle, de celle qu’on ne lâche qu’une fois terminée…
    Le mystère se met en place et tu as l’art de capter notre attention d’entrée et avec brio.
    J’aime ce découpage « a l’est » « à l’ouest » qui te permet d’aller d’un personnage à un autre.
    Nouvelle bien énigmatique en tout cas et dont l’ambiance me plait.
    Amitié.
    PAT

  7. Odile dit :

    Bonsoir,

    Le style d’écriture de cette nouvelle … diffère de tes autres écrits …
    est ce cela… entrer en politique ?
    Je galèje .. quoique ….l’encre semble plus désabusée …
    bonne soirée
    Odile

  8. olga Guyot dit :

    Bonjour Thierry,
    Belle lecture en ce début de journée.
    Tu n’y vas pas, comme l’on dit avec « le dos de la cuiller ».
    Peut-on être aussi désabusé, aussi désespéré ? N’importe où l’on se place, il y a du mal être… Du déshonneur en veux-tu en voilà, que nous reste-t-il ???
    Bises à toi
    Olga

    • Thierry Benquey dit :

      @ Olga : Pardon mon amie de ne répondre que si tardivement, j’ai beaucoup et tellement à faire en ce moment. Il nous reste la dignité que nous voulons bien nous octroyer, notre éthique personnelle et l’amour. Je t’embrasse. Thierry

  9. lena dit :

    je ne trouve pas la bonne definition de ; esprit c’est quoi

    • Thierry Benquey dit :

      La bonne définition pour le titre du blog ? Esprit de mots ? Si oui, ce serait comme une huile essentielle extraite des mots ou encore un parfum. Merci de votre passage.

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