La bête. (9)

Du 23 10 2008 § 4 Commentaires § Mots-clefs : , ,

Image religieuse

A l’est…

Nous nous serrons les uns contre les autres. Un grand embrassement pour faire pendant au grand embrasement là-bas en France.
« Patriarche, je doute. Aide-moi ! »
Il ne répond pas. Doute-t-il lui aussi ?
Sa voix me parvient enfin.
« Les cavaliers. Les cavaliers. »
Puis il semble se reprendre et un regard dur et froid me transperce.
« Sa volonté sera faite et son règne arrivera. Nous ne sommes que ses instruments. »
Je lui baise la main et lui demande la permission de me retirer.

A l’ouest.

Nous venons de quitter la rue de la Boétie pour nous rendre sur la place de la Concorde. Contrairement à la tradition, je veux fêter la victoire avec le peuple de Paris avant de la célébrer avec mes partisans.
Romain parait sombre et préoccupé.
Un motard lui fait signe de baisser la vitre.

« Une voiture a eu un accident juste devant le cortège. Nous devons quitter l’itinéraire initial. Suivez-nous ! »
Des bruits sourds nous parviennent.
« Dites-moi Romain, vous voyez quelque chose ? Ils tirent un feu d’artifice ? Je n’étais pas au courant. »
Il ne répond pas et le cortège se met en branle.

Un appel sur mon téléphone privé.
« Allo ? Oui c’est moi. Non je ne suis pas au courant. Quoi ? »
Un attentat à la bombe chez les socialistes, une attaque suicide au ministère de l’intérieur, des dizaines peut être des centaines de victimes.
Je suis abasourdi. Ils ne peuvent pas me faire ça à moi, pas ce soir…

Le motard s’est arrêté de nouveau, il parle manifestement avec son central.
Il s’approche, un air d’affolement lui déformant le visage.
« – Nous venons de recevoir l’ordre de vous escorter vers la préfecture de police. C’est l’enfer qui a éclaté à Paris. La troupe des casernes périphériques a reçu l’ordre de se mettre en mouvement vers la place Beauvau et la rue de Solferino. C’est l’état d’urgence Monsieur le président.
– Bien, bien. Allons y sans tarder ! Jean-louis, passez-moi le ministre de l’intérieur.
– Rien Monsieur le président, la ligne est morte.
– Vous n’avez pas son portable ?
– Pareil Monsieur le pré…
– Arrêtez avec ça tout de suite Jean-Louis, Monsieur suffit.
– Bien Monsieur ! »

Le motard nous fait signe que le cortège change une fois de plus de direction. En passant à sa hauteur, je baisse la vitre.
« – Que se passe-t-il encore ?
– Un camion en panne, Monsieur le président, nous devons..
– Oui ! Je sais, changer d’itinéraire. Dites-moi ? Vous ne trouvez pas ça bizarre ces pannes et ces accidents sur mon trajet ?
– Si Monsieur le président, mais je n’ai pas le temps de m’en occuper. Je préviens mon central. Nous devons vous mettre en sécurité au plus vite. »

Je ferme la vitre et me retrouve face à face avec Jean-Louis qui se marre.
« Lui il a le droit ! Lui ! »
Je me décontracte et lui souris.

Le cortège stoppe de nouveau après quelques minutes et l’indispensable motard revient vers nous. Au moment où il va ouvrir la bouche, un bruit mat. Je vois nettement un trou dans son casque par lequel s’échappent des flots de sang.
Je me retourne vers Romain pour voir du coin de l’œil le véhicule qui nous suit voler dans les airs. Des impacts de balles résonnent sur notre carrosserie blindée.
Romain, contrairement à toute attente ne démarre pas. Il se penche vers la boîte à gants et en retire un objet sombre. Puis il se retourne vivement et tire sur mes gardes du corps. Je baigne littéralement dans leur sang.
Il se tourne enfin vers Jean-Louis.
« Pas lui ! »
Mais Jean-louis s’effondre touché en plein front.
Une pensée stupide : « Heureusement qu’il n’avait pas beaucoup de cervelle. »
La fusillade perd en intensité.
Une nouvelle explosion puis plus rien.
Je regarde Romain dans les yeux. Son regard ne contient pas une once de méchanceté, pas un soupçon de vengeance.

Il descend de la voiture et m’ouvre la portière. Je descends à mon tour. Deux grands types en tenue de sport s’approche de moi. L’un d’eux me saisit par le cou et m’immobilise pendant que l’autre m’injecte quelque chose.
Je vois Romain se mettre à genoux comme dans un rêve.
Il laisse tomber son arme et joint les mains comme pour prier.
L’étreinte se desserre et l’inconnu me soutient maintenant.
L’autre homme se dirige vers mon chauffeur en tirant une arme de sa ceinture.
Je l’entends distinctement prier, une langue slave.

« – Pourquoi Romain ? Pourquoi ?
Il se tourne vers moi avec un sourire crispé sur le visage.
– C’est toi qui me demandes ça Monsieur le Président ?
Des larmes coulent sur son beau visage.
– Oui, je te le demande.
Mes jambes commencent à faiblir et ma vue se trouble un peu.
Comme à travers un mur d’eau, j’entends :
– Parce que la sodomie est un péché capital mon Président. »
Une détonation sèche et puis plus rien.
Je sens encore des mains puissantes qui me soulèvent dans les airs et le noir qui m’enveloppe.
Je sombre…

Image – Mother of God Znameniye (Sign) – 18 century icon painter – Licence :

Domaine public

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4 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Après avoir cru qu’en son honneur, les bruits d’explosion résultaient d’un gigantesque feu d’artifices, le président redescend sur terre, pour constater la triste vérité.
    Le ministère de l’intérieur ne répond plus, et le maître de l’Elysée est entouré de morts.
    Otage du terrorisme, le président va perdre connaissance, alors que son amour de chauffeur, trépasse pour le pêché de sodomie.
    L’auteur nous conte ces faits avec une vraissemblance inouïe.
    Bravo pour cet exploit de mettre le lecteur dans une impression d’être, le témoin de cette horreur.
    Amitié.
    dédé.

  2. tby dit :

    @dédé: Merci Dédé pour tes commentaires matinaux qui me font un grand plaisir tout aussi matinal
    Amitié
    Thierry

  3. Odile dit :

    Sa victoire fut de courte durée … bien fait !
    Héhé.. tu m’avais mis sur la piste …avec tes jeux de mots … non pas que tu sois transparent … loin s’en faut …. mais n’as-tu remarqué que lorsqu’on adhère à l’écriture d’un Auteur … on le devine ?

    Sourire espiègle

    • tby dit :

      @ Odile : C’est vrai que tu suis une cure intensive qui présente un avantage par rapport à mes autres lecteurs fidèles, celui de la courte durée qui t’offre un regard global sur mes textes. Je comprends.

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