La bête. (11)

Du 24 10 2008 § 4 Commentaires § Mots-clefs : , ,

Catrinas

A l’est, deux jours plus tard.

« – Métropolite, je me réjouis de votre visite.
– Merci mon cher, je voulais m’assurer personnellement de l’état actuel de notre projet.
– Il est bien arrivé et à part quelques contusions dans un état de santé irréprochable. Nous nous faisons juste un peu de soucis quand à son système cardio-vasculaire. Il semblerait que notre ami l’ait quelque peu malmené. Il est dans l’appartement que nous avons aménagé dans les caves. Les petites aussi et elles prennent soin de lui. Enfin, la roumaine car l’américaine est encore un peu sauvage.
– Bien, très bien. Je ferai un rapport favorable. Et quelle est la situation en France ?
– En ce qui nous concerne ?
– Oui, pour le reste, il me suffit de regarder les informations.
– Bojan est en route pour le nettoyage. Nous lui avons adjoint une équipe de professionnels afin de lui épargner le pire. Des américains de la mafia pour être précis. Ils sont arrivés la veille de l’enlèvement et repartiront lorsque la situation se sera calmée.
– Vous ne pensez pas que ces criminels pourraient éveiller l’attention ?
– J’ai envisagé cette possibilité aussi j’ai spécifié à notre contact américain que je ne voulais que des hommes ayant déjà eu des problèmes avec la justice pour des affaires de drogue.
– Bien. Si vous pensez que cela est suffisant. De toute façon, nous n’attendrons plus longtemps pour voir notre mission porter ses fruits.
– Ahah. Porter ses fruits, voilà la description parfaite.
– Tenez-moi au courant de l’évolution de la situation.
– Oui Métropolite. »

A l’est, dans l’appartement…

Je me réveille doucement. J’ai un mal de tête terrifiant.
Je jette un coup d’œil circulaire. Je suis dans un lit.
A mon chevet, une jeune fille qui me tamponne avec une serviette humide.
Son visage m’est familier. Mais d’où ?
Je voudrai lui demander où nous sommes mais je ne peux sortir un mot, j’ai la bouche sèche et l’impression d’avoir mangé un carton d’emballage.
Je referme les yeux et le visage grimaçant de Romain me vient à l’esprit.

Il est mort… Ils sont tous morts…
Moi, je suis vivant, c’est une bonne chose.
Je pense à sa dernière phrase : «Parce que la sodomie est un péché capital mon Président.»
Que voulait-il dire par là ? Pourquoi s’est-il agenouillé volontairement devant cet homme qui parlait une langue slave ? Pourquoi s’est-il livré à la mort et pourquoi m’a-t-il livré à mes ennemis ?

J’ouvre les yeux à nouveau pour avoir une hallucination. Je vois double.
Ce sont deux visages doux et tendres que je vois penchés au-dessus du mien, deux visages absolument identiques.
J’arrive à prononcer : « À boire ! »
Celle à la serviette me fait signe qu’elle ne comprend pas. Les yeux de l’autre s’allument soudainement.
« French ? Français ? »
Je fais oui de la tête et je distingue comme une lueur de triomphe éclairer son visage.
« Je suis citoyenne des États-Unis d’Améri… » me dit-elle en anglais.
« Water. »
Elle prend un air mécontent mais s’éloigne, j’espère pour aller chercher de l’eau.
Son double me contemple avec une douceur infinie. Elle continue de me nettoyer et rince sa serviette de temps à autre dans une bassine posée sur le lit.
Son expression est celle d’une écolière qui s’applique et j’éprouve une grande tendresse pour cette fille.
L’autre revient et me tend si brutalement un verre que la moitié de son contenu se renverse sur moi.
Je bois avec délice.
Elle attend et je vois bien que je l’exaspère.
Elle veut ouvrir la bouche quand je lui tends le verre.
« More. »
Elle me jette un regard noir de colère qui la rend si belle que j’aimerai la voir dans cet état en permanence.
Voilà qui commence bien…

A l’ouest, la cellule de crise au palais de l’Élysée…

« – Mes amis, je voudrais un jour de deuil national pour les victimes des attentats. Je voudrais aussi un projet de loi pour faire de cette date un jour férié consacré à la mémoire.
L’assistance applaudit.
– Où en est-on ?
– Pas bien loin, je le crains. La piste islamiste se perd dans le désert. Pas une information ne transpire et pourtant tous nos réseaux sont tournés dans cette direction. Par contre, les deux victimes du parking souterrain sont des serbes et là, nous avons un début de piste intéressant. L’un d’eux est connu de nos services comme travaillant en France pour le compte d’un groupe nationaliste appelé l’Obraz. L’autre est un immigré de deuxième génération sans histoire et sans problème. Juste avant l’attaque de mon ministère, les services du Tracfin me faisait parvenir un rapport sur des mouvements financiers suspects dans la communauté des serbes orthodoxes qui collaient avec les besoins d’une opération de grande envergure. Mes services qui ont été alertés le jour même, me signalent que depuis deux jours, le taux de mortalité a fortement augmenté dans cette communauté, les disparitions également.
– Les serbes ? Mais pourquoi les serbes ? Je veux un rapport complet sur nos informations concernant les serbes d’ici et de Serbie, ainsi que sur la situation au Kosovo. Dans une heure sur mon bureau ! Je veux que nous donnions cette affaire à notre meilleur barbouze.
– Jean Remy. Il est dispo, il revient juste d’une mission au Cameroun.
– Bien. Pour la dimension internationale et policière, vous avez un nom ?
– Christine Laroche, elle est à Interpol et envoie régulièrement des rapports à mes services.
– Bien, Monsieur Remy et Madame Laroche dans mon bureau dans les plus brefs délais.
– Mademoiselle Laroche, elle y tient.
– C’est noté. Au travail. »

Image – La Catrina. – Tomas Castelazo – 28/10/2007 – Licence :

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4 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    A l’Est, le colis est livré, un peu endommagé… mais sans gravité.
    Le président possède une paire de jumelles à son service.

    A l’Ouest, le personnel du ministère de l’intérieur aurait bien besoin de jumelles, pour voir plus loin. Car les pistes aboutissent dans le désert, et y meurent.

    Jean Remi, meilleur barbouze de l’hexagone, ainsi que Christine Laroche d’interpol, sont appelés en urgence à l’intérieur, par le ministre.

    L’histoire est bien ficelée; l’auteur transporte le lecteur de page en page, avec un intérêt boulimique.
    Amitié.
    dédé.

  2. tby dit :

    @dédé: Merci Dédé

  3. Odile dit :

    Quand même .. alors qu’il a assité au x meutres de plusieurs de ses proches .. notre présidentiable .. est très cool .. prêt à butiner une .. ou au diable l’avarice … peut-être les 2 .. jouvencelles !

    Oui mais bon sang de bois .. que viennent faire les Serbes .. là dedans .. je te le demande – je ris en écrivant mes inepties –

    Ouf un baradeur accoquine à une d’interpol .. vont tirer .. l’affaire au clair !

    • tby dit :

      @ Odile : Chassez le naturel et… Lorsque tu places quelqu’un dans un situation extrême et inhabituelle, après un certain temps de désorientation, il cherche à donner un sens à sa nouvelle situation et pour cela, la méthode la plus efficace, c’est de se retrouver tout d’abord soi-même.

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