La bête. (10)

Du 24 10 2008 § 3 Commentaires § Mots-clefs : , ,

Saint Georges

A l’ouest, au ministère de l’intérieur…

« Oui, ici c’est le ministre. Oui nous avons réussi à rétablir les lignes. Nous sommes dans le bunker. Attendez, je vérifie… Oui, certains des terroristes sont toujours dans le bâtiment. Comment ? Vous pouvez répéter ? Nous avons perdu le Président ? Son équipe et son escorte, tous morts mais pas de trace de lui. Nom de dieu ! C’est quoi ce bordel. Pardon ? Un carnage place de la Concorde ? Non, je ne savais pas, nous sommes quelque peu débordé ici. L’armée ? Ils arrivent dans quelques minutes. Bien mais j’aurai préféré des CRS, au pire des gardes-mobiles… Je raccroche, le président m’appelle sur sa ligne.
Nicolas ? »

Une explosion terrible fait vibrer le «bunker». La ligne est de nouveau coupée. Un rapide coup d’œil sur les moniteurs m’apprend que le camion qui a défoncé le portail vient d’exploser.

A l’ouest, sur l’autoroute du nord…

« – Attends, j’ouvre la porte… Merde ! Il est lourd.
– Radmilo ouvre la boîte !
– Tu es marrant, il n’y a pas de place. Ah ça y est.
– Prends bien soin de mettre les journaux par-dessus. Oui comme ça, parfait !
– Pfff ! Qu’est-ce qu’on fait du chauffeur ?
– On s’en occupe. Dis moi ? Tu es bien le Radmilo de l’Obraz ?
– Oui, pourquoi ? »

En guise de réponse Radmilo sent la lame qui lui pénètre dans la poitrine et la lourde main qui se pose sur sa bouche. L’acier se fraie un chemin vers son cœur. Il veut crier mais l’air lui manque et il s’affaisse enfin.
Le chauffeur de la voiture rapide des NMPP ouvre de grands yeux horrifiés, il sautille sur place, la bouche recouverte de bande adhésive, les mains et les pieds liés avec cet adhésif brun que l’on utilise pour fermer les paquets.
L’homme qui vient de tuer le dénommé Radmilo se dirige maintenant vers lui en souriant, lui faisant des signes apaisant de la main. Le chauffeur ne voit que le couteau d’où s’écoule le sang de l’autre.
Le tueur passe derrière lui et le couteau s’enfonce dans la gorge de sa victime. Il déchire avec application les canaux vitaux. Le chauffeur tente de se relever dans un dernier sursaut mais la main puissante du meurtrier l’en empêche. Quelques soubresauts et son âme retourne là où tout a commencé.
Le bourreau se retourne vers les deux hommes qui contemplent son travail en connaisseurs.

« – Bon, il est temps pour vous de filer. Direction Lille et puis vous bifurquez sur la A27 direction Tournai. Là vous prenez la première sortie direction l’Université des sciences. Après c’est la D941 vers Tournai et au Baisieux vous attends l’équipe du transfert. Vite ! Nous vous suivons de loin pour le cas où vous rencontriez des problèmes. Compris ?
– Compris !
– Il est 20h25, d’après nos estimations vous avez deux heures avant qu’ils ne ferment les frontières. Vous pouvez faire le trajet en une heure trente. Bonne chance ! »

A l’est, deux heures plus tard…

« Bojan ! Le colis est dans l’avion ? Pas encore ? Une fusillade à la frontière… Vous êtes passés ? Ah… Tu es blessé. Je comprends. Le colis doit être dans l’avion dans le quart d’heure, tu m’as compris ? Nos sacrifices ne seront pas vain ! »

Je raccroche avec un sentiment de grande fatigue. Je pense à ces compagnons que je vais devoir éliminer et je ne suis pas certain de pouvoir le faire. Je reprends le téléphone.

« – Archimandrite ?
– Oui Bojan.
– Le colis est passé en Belgique. Il y a eu un petit problème mais il devrait arriver comme prévu.
– Merci Bojan. Dieu soit loué. »

A l’ouest, le jour suivant…

« – Monsieur le ministre ! Monsieur le ministre, avez vous une idée sur les commanditaires de ces attentats et de l’enlèvement du nouveau président ?
– Il encore trop tôt pour tirer des conclusions mais je peux déjà vous indiquer que l’attaque du ministère a été menée par des fanatiques musulmans.
– Avez-vous des chiffres quand au nombre des victimes ?
– La bombe de la place de la Concorde était d’une telle puissance que nous n’avons que des estimations. Je consulte mes notes… Pour l’instant le bilan de la place de la Concorde est de 133 tués et 325 blessés dont 91 dans un état critique. Nous n’avons pas encore de liste claire concernant d’éventuels disparus mais comme je vous le disais, il est encore trop tôt pour faire un bilan.
– Et la rue Solferino ? Le ministère ?
– Pour le siège du parti socialiste nous avons une liste quasi définitive. C’est une perte terrible pour la démocratie française et je tiens à assurer aux familles de mes opposants politiques toute la peine que j’éprouve. Les membres du bureau politique ont tous succombé dans cet attentat odieux. Le nombre des tués s’élève à 76 et le nombre des blessés à 540, dont 45 dans un état critique. La plupart des blessés de la rue Solferino l’ont été par des chutes de débris, en particulier les éclats de verre des fenêtres des immeubles adjacents. Pour le ministère, nous déplorons la mort de 54 personnes dont 23 militaires. Nous avons 63 blessés dont 58 dans un état grave. La totalité du commando a péri sur les lieux de l’attentat ce qui augmente la liste des morts de 18 personnes. L’équipe de protection du futur président et son équipe personnelle ont été anéanties ce qui nous donne 24 morts. Je vous laisse les calculs arithmétiques ou bien vous attendrez ma prochaine conférence de presse.
– Avez vous des détails sur l’enlèvement ?
– Nous pensons que les attentats n’avaient d’autre but que l’enlèvement. Nous avons retrouvé deux corps dans un parking souterrain non loin des NMPP et nous pensons que c’est avec un véhicule rapide des messageries qu’il a été convoyé jusqu’à un lieu inconnu. Nous n’avons reçu aucune revendications sérieuses jusqu’à présent. Je profite de la tribune que vous m’offrez pour déclarer aux terroristes que nous ne céderons à aucun chantage et que l’ampleur de notre vengeance s’inscrira dans les livres d’histoire. Je vous remercie. »

Image – St. George and the dragon – The Russian Museum – Licence :

Domaine public

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3 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    L’organisation ministérielle est diablement mal coordonnée à l’Ouest.
    La lame qui pénètre Radmilo est particulièrement parlante d’une mort annoncée.
    En Belgique,le colis présidentiel est prêt pour l’expédition.
    Le bilan de l’attentat parait très lourd. Rue Solferino, l’explosion a réduit au néant, l’opposition politique socialiste.
    Le ministre de l’intérieur profère des menaces aux terroristes, alors qu’il baigne dans un brouillard épais.

    L’auteur, par cette avalanche d’évênements, ne permet à aucun moment au lecteur… de s’ennuyer; bien au contraire.
    Amitié.
    dédé.

  2. Odile dit :

    Le carnage continue ..
    Haha …tu as envoyé le colis à notre Copain Edouard …
    le p’tit Napoléon 2 .. doit jubiler … c’est la liste .. impressionnante de victimes …
    le gouvernement pliera-t-il … aux exigences des ravisseurs ? That is the question …

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