J’ai oublié…

Du 18 08 2010 § 21 Commentaires § Mots-clefs : , ,

Crying Statue

J’ai oublié le nom de chaque larme, le nom des larmes versées.

Celles de l’enfant que j’ai été, des pleurs pour rire ou pour chialer.
Ces eaux d’adolescence qui jaillissaient comme des essences,
ces passions, ces nectars du trop peu ou trop tard.
Elles nourrissaient des colibris, ces beaux oiseaux au nom joli.

J’ai oublié le nom de chaque larme, le nom des larmes versées.

Celles de l’homme que je fus, lorsque son cœur s’est tu,
de celui que je suis lorsque la vie s’enfuit.
Je n’ai pas oublié le nom de ceux qui sont partis.

Non !

J’ai oublié le nom de chaque larme, le nom des larmes versées.

J’ai beau chercher dans ma tête vidée.
Mais comment se nommaient-elles ?
Joie ? Nacre ? Arc-en-ciel ou Cruelle ?

J’ai oublié le nom de chaque larme, le nom des larmes versées.

J’enrage, c’est important ! Même si elles ne sont qu’instants.
Le Graal n’est-il pas le calice où elles reposent sans malice ?
Puissent-elles féconder la terre, porter des fruits ou la lumière.

J’ai oublié le nom de chaque larme, le nom des larmes versées.

Sais-tu pourquoi elles sont salées ?

À mes deux Lucien, l’un père, l’autre fils.

Image – Sépulcre (scène de l’onction du corps du Christ), 1672, dans l’église Saint-Martin d’Arc-en-Barrois. Marie-Madeleine. – Carulmare à partir de l’image originale de Vassil – 21/03/2010 – Licence :

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21 Commentaires

  1. Stéphane dit :

    Salut Thierry!
    Ca fait bien longtemps que je ne suis pas passé sur ta page, occupé que je suis avec les études. Mais quel plaisir de découvrir cette poésie pleine d’émotions et de nostalgie!

    Amitiés ;-)

    • tby dit :

      @ Stéphane : Bonjour Stéphane, effectivement tes visites sont rares mais tu n’es pas le seul, j’ai été beaucoup moins présent ces derniers temps. Merci de ton passage et du compliment. Amitié. Thierry

  2. Odile dit :

    non, tu n’as rien oublié … elles se sont inscrites dans tes différentes mémoires ….dont celle du coeur …
    Quand survient … un grand chagrin…qui vide son trop plein en larmes des yeux de notre coeur et nous laisse exangue … on est à l’ouest … et donc incapable … de se rémémorer quoique ce soit …
    submergé …
    les larmes sont salées parce qu’on trouve cela tellement injuste le départ des nôtres qu’on a l’impression d’être puni : ne dit-on pas »payer une addition salée »…
    tu sais même s’Ils ne sont plus …Ils sont en Toi …
    lorsqu’Ils te manquent de trop …. rappelles toi un moment fort que tu as partagé avec Eux …même au début… un moment où vous avez ri …et tu verras peut-être que tu pleureras mais les larmes ne seront pas les mêmes …
    puis même si cela peut paraitre bizarre …parles leur …tu verras au fur et à mesure … ton chagrin s’estompera …
    ce sont Eux qui veillent sur Toi..Ils sont ..tes Anges Gardiens …
    bonne et douce nuit
    Odile

  3. Lubesac dit :

    Que c’est beau, mon Thierry poète!

    Crois-tu qu’on oublie toutes ces larmes? Un petit quelque chose reste.
    Je n’ai pas oublié non plus ton chemin: il est juste moins aisé d’accès. Comme toi je suis très occupée (oui! oui! Mais c’est parce que je deviens plus lente…), trop dispersée aussi avec tous ces endroits où il faut être…
    C’est toujours un grand plaisir de te lire
    Amicalement
    Bises
    Lucette

  4. le nom des larmes, on peut l’oublier mais pour le goût…

    Tout d’abord amères ou acides, les larmes finissent par devenir salées puis, un jour, elles laissent éclater des notes sucrées… ces notes douces comparables au nectar et au miel rappellent la douceur des souvenirs de ceux qui sont partis…

    Belle poésie pudique qui laisse affleurer les sentiments…

    Je t’embrasse!

    • tby dit :

      @ Sandrine : Merci mon amie, oui, les larmes sont un peu comme le soc de la charrue, elles creusent des sillons dans nos cœurs où les souvenirs pourront s’enraciner. Je t’embrasse. Amitié. Thierry

  5. dédé dit :

    Bonsoir Thierry,

    Je ressens dans ce très beau texte, beaucoup de tristesse.
    Certaines larmes sont plus amères que d’autres.
    Surtout lorsqu’elles sont associées à la disparition d’un être cher.
    Elles deviennent alors, inoubliables.
    Je suis de tout coeur avec toi.
    Amitié.
    dédé.

    • tby dit :

      @ Dédé : Merci mon ami. La tristesse est celle de l’absence, je viens de perdre mon père. Je t’embrasse Dédé en espérant que tu te portes bien. Amitié. Thierry

  6. Bonjour Thierry,

    Quel beau poème sur ces larmes qui voilent nos yeux, brûlent notre cœur… dureté du diamant ou douceur de la mer un soir d’été…
    J’aime ta réponse:  » les larmes sont un peu comme le soc de la charrue, elles creusent des sillons dans nos cœurs où les souvenirs pourront s’enraciner ».

    merci pour ce partage
    Belle journée à toi
    ;)
    Martine

  7. CHanocat dit :

    Cher Thierry,
    je viens ici témoigner et combien cela me réchauffe le coeur d’être en pays de connaissance ! Les larmes je connais..bien qu’elles soient invisibles pour qui sait les ignorer. Mon coeur s’essouffle du vide laissé par les miens partis, leurs paroles, leurs regards me manquent. Me restent les souvenirs et ô combien ils me sont doux. Jamais, jamais plus personne ne m’aimera comme je l’ai été par eux. C’est ça la douceur de la vie : se savoir aimé. La douleur : ne plus l’entendre. Dorénavant je n’ai plus ce réconfort ni cette certitude; de statut d’enfant je suis devenue l’aïeule, c’est donc ça cette souffrance, ce nouveau rôle pour lequel je n’étais pas préparée.

    Voilà cher ami, compagnon de route pour ce chemin de « sans parents », je comprends votre déchirement et vous suis reconnaissante de bien vouloir exprimer cette douleur commune. Nos chers « vieux » méritent certes le repos, mais nous ne nous ferons jamais ô non jamais à la séparation physique, cette essence-là n’est pas de notre monde.
    Courage mon cher Thierry, le temps n’efface pas au contraire, il faut vous armer pour cohabiter avec ce vide qui taraude le coeur.
    Avec toute ma sympathie
    Chantal du Nord

    • tby dit :

      @ Chantal du Nord : Merci Chantal de souligner et d’enrichir mon texte par votre commentaire. La vie est ainsi faite et cela est dur. Heureusement comme vous l’évoquer qu’il nous reste les souvenirs de ceux qui nous ont précédé et l’amour de ceux qui nous suivent. Amitié. Thierry

  8. skarod dit :

    Leur noms n’a pas vraiment d’importance! Tes larmes te font avancer, continuer, elles laissent la tristesse s’échapper petit à petit! Tes larmes s’écoulent pour qu’il ne te reste dans le coeur que les sourires et la douce chaleur des beaux souvenirs!
    Et tes deux Luciens, ils vivent en toi!
    Je t’embrasse fort mon ami!
    Seb

    • tby dit :

      @ Skarod : Oui Seb, il ne reste que la chaleur des souvenirs et la froideur de l’absence. Tu as raison pour les deux Lucien, nous sommes comme un fleuve, l’un est en amont et l’autre en aval, je suis l’eau qui s’écoule entre les deux. Sont-ils comme deux Lorelei sur le Rhin ? Je t’embrasse et te remercie. Thierry

  9. amougou nnomo benjamin dit :

    profond,ces larmes ne s’oublient pas. Elles sont sur ton coeur

  10. LOI dit :

    Les larmes, ces mots qui coulent de nos yeux.

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