Danseur d’Herbe

Danseur d'Herbe de nos jours.

Après une absence considérable sur le blog, je viens d’ouvrir une nouvelle catégorie intitulée : Lectures.

La vie me « ballotant comme un radeau de paille sur le fleuve du temps », j’éprouve quelques difficultés à écrire. Par contre, comme le « psychanaliste à remplir » de « l’Arrache-cœur » de mon bien aimé Boris, je me remplis des autres grâce à ma fille adorée et son nouveau rythme scolaire.

Je crois savoir que mes recensions éveillent un intérêt certain auprès de mes lecteurs, je lis comme j’écris : passionnément.

C’est pourquoi je me permets de faire cet interlude (?) en vous faisant part des ouvrages qui m’ont fait vibrer.

Je commence par « Danseur d’herbe » de Susan Power aux éditions Albin Michel dans la collection « Terre indienne ». Et oui on ne se refait pas…

Cette femme, une sioux Dakota, originaire de la réserve de Standing Rock dans le North Dakota, fait une entrée fracassante dans le monde de la littérature en 1994 aux États-Unis. Elle est alors âgée de 32 ans. Son ouvrage est traduit en une dizaine de langue et c’est une petite merveille qui reçu le PEN Award de la fondation Hemingway en 1995.

Le livre commence comme souvent finissent les vies indiennes, par un accident de la route, plus précisément par le rêve d’Harley Wind Soldier qui voit son père et son frère dégoulinants de sang, portant des couronnes de verre et malencontreusement décédés 4 semaines avant sa naissance dans un terrible accident de voiture.

L’introduction ou plutôt la mise en bouche, vous place immédiatement dans l’univers sioux. Henry Burger est au bar, il boit pour… À cause ? De Jeannette qui le trompe et puis quand il arrive à atteindre son véhicule, il part en oubliant d’allumer les phares. Dans son brouillard alcoolique, il note que c’est anormal, sans réagir. C’est alors que qu’il entend des voix portées par le vent sur la route 6, du sioux… Bientôt, des cailloux sont projetés sur son petit camion.

Ces putains d’indiens, ils ne s’avouent jamais vaincus !

Pense-t-il et il abaisse sa vitre pour invectiver les fantômes sioux et leur faire un doigt pour remonter sa vitre rapidement afin que les spectres furieux ne puissent le tirer brutalement à l’extérieur de la cabine.

Après un moment, il distingue deux yeux ronds qui se dirigent sur lui dans la nuit. Les fantômes, encore eux !

Aussi il se dirige résolument vers ces lumières en gueulant :

Je vais vous réexpédier directement en enfer !

Et c’est ainsi que le père et le frère d’Harley traversent le pare-brise de leur voiture pour venir reposer sur le capot du 4×4 d’Henry, une image classique aux States du chasseur ramenant ses proies attachées sur le capot de sa voiture.

Et puis le livre commence en 1981, un powwow sur la réserve. Y apparaissent une Charlene Thunder, petite-fille de Mercury Thunder, la sorcière de la réserve mais aussi Chuck Norris, ennemi personnel de Charlene, un loulou de Poméranie orange récupéré dans les Badlands où il avait été abandonné. Harley et d’autres personnes sont présentes mais c’est Pumpkin qui prend la vedette. Une femme en costume de danseur d’Herbe, du jamais vu…

Tu ne dois pas perdre de vue qu’il existe deux sortes de danses de l’Herbe. Il y a le danseur qui prépare le champ pour le powwow à la manière ancienne, tassant l’herbe sous ses pieds pour l’aplatir. Et il y a le danseur spirituel qui cherche à connaitre les secrets de l’herbe en l’imitant, en bougeant son corps au gré du vent. Je ne vois pas pourquoi une femme ne pourrait pas adopter son propre style.

Déclare Harod Small War qui vient d’ouvrir le powwow par une prière à Wakan Tanka.

Pumpkin danse, elle danse merveilleusement bien et emporte le premier prix ainsi que le cœur d’Harley, ce qui n’échappe pas à Charlene qui s’en attriste, ce que remarque Mercury…

Pumpkin et Harley se retire dans une ruine habitée par un fantôme de femme blanche…

Ils se séparent au matin après s’être aimé, après s’être découvert dans tous les sens du terme.

On apprendra plus tard la mort de Pumpkin et de ses amis. Un accident de voiture dans les Badlands.

Harley et Herod iront sur le lieu du drame, Herod veut prier pour ces jeunes. Ils découvriront un large sillon d’herbes de la prairie écrasées autour de la terre roussie où avait atterrie la voiture.

Ça me rappelle les aires de powwow de quand j’étais petit. À cette époque, les participants à la dans de l’Herbe savaient y faire pour tout aplatir avec leurs pieds. Ils aplatissaient des tiges qui leur arrivaient à la taille comme s’ils pataugeaient dans une rivière et elles se couchaient comme ça. Exactement comme ça.
« Comment ça ? Qui est-ce qui a fait ça à ton avis ? » lui demande-t-on.
Ces mômes. Les quatres Menominees. Maintenant, ils sont de vrais danseurs de l’Herbe. Maintenant ils savent vraiment ouvrir le chemin.

C’est l’avis d’Herod Small War.

Lorsque vous en êtes arrivés à la fin de ce premier chapitre, vous êtes déjà prisonnier de l’écriture de Susan Power.

Vous êtes déjà prisonnier des cercles qui se dessinent et se dissolvent au gré des chapitres, des liens qui se nouent et se dénouent. Avec une écriture magnifique et poétique, Susan vous ouvre une porte sur l’indianité, sur sa sensibilité, sa mesure étrange du temps et des personnes, sur les mondes qui la composent.

Comme il s’agit d’un cercle qui englobe tous les cercles, ce livre n’a pas de fin, la seule fin que vous pourrez y trouver, sera celle que vous y mettrez dans votre esprit en refermant cette œuvre. Elle a un nom : compréhension.

J’ai été séduit. Laissez-vous tenter ?

Mon passage préféré : Harley est gamin lorsque sa grand-mère se meurt, à la maison et le jour où les hommes marchent sur la lune. Harley regarde la télévision, ignorant ou feignant d’ignorer l’agonie, comme savent le faire les enfants. Il voit l’homme blanc sur le sol lunaire et puis aussi sa grand-mère qui est jeune et danse autour des astronautes. Elle lui parle et son message est beau, et son message est bon.

Danseurs d'Herbe jadis

Image début – Grass dancers, Seafair Indian Days Pow Wow, Daybreak Star Cultural Center, Seattle, Washington.Joe Mabel – 18/07/2009 – Licence :

Licence Creative commons bysa

Image fin Library of Congress – John C. H. Grabill – 1890 – licence :

Domaine public

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6 Commentaires

  1. yannick dit :

    Salut Thierry,
    j’espère que tu vas bien. ça fait plaisir d’avoir de tes nouvelles; comme tu l’écris, je suis moi aussi curieux de tes lectures et te remercie pour ce partage. J’espère que j’aurais l’occasion un jour de lire ce livre et alors je sais que je pourrais en discuter avec toi, ce qui prolongera le plaisir de la lecture.
    Moi aussi j’ai du mal à écrire mais j’espère que cela reviendra, il y a tant d’histoires à raconter…
    Je te laisse.
    Porte-toi bien.
    Amitié.

    Yannick

    • Thierry Benquey dit :

      @ Yannick : Sourire. Mon fidèle ami. Je vais plutôt bien à part ce qui ne va pas comme disait mon père. Tu vas adorer ce livre en grand fan de Jack London, parce qu’il y a du vécu dedans et puis du recul aussi, sans oublier la découverte d’un monde nouveau et étrange : la réserve et les gens qui sont coincés dedans. Coincés ? En quelque sorte, si l’indien reste indien hors de la réserve, il perd les autres et tu sais depuis que tu me lis que emaciyapi signifie ils me nomment alors que nous déclarons je m’appelle…
      Tu me donne une idée, je vais réfléchir au moyen de lier ces articles à un distributeur quelconque. Il n’est pas tout récent peut-être difficile à trouver. À voir.
      J’aimerais beaucoup discuter avec toi de nos lectures, que nous puissions nous ouvrir de nouveaux horizons.
      Oui, tellement d’histoires à raconter…
      Porte-toi bien.
      Amitié
      Thierry
      Merci de ton passage et à bientôt.

  2. dédé dit :

    Bonsoir Thierry,

    Je viens de relire le texte de ce passé dramatique. Il demeure présent dans ce moment d’écriture qui a saisi ta main.
    A travers ces lignes, je ressens cette passion qui t’anime pour la lecture, ainsi que pour l’écriture.
    Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre ton vécu, et ce radeau fragile qui flotte sur le fleuve du temps.
    Je suis heureux de te retrouver en ce lieu.
    Bonne soirée.
    Amitié. dédé.

    • Thierry Benquey dit :

      @ Dédé : Salut mon ami, bien content de te revoir en ces lieux, d’autant plus que ton commentaire me rappelle que je n’ai pas répondu à ton email, j’ai honte mais j’ai oublié, faute à la vague d’occupations diverses et variées qui m’accablent ou m’occupent en cette fin d’année qui se profile. Enfin comme disait quelqu’un dans un film : Les excuses, c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un. Rire. Oui, je me dévoile au fil de mes écrits et on peut percevoir les moteurs de cette quasi obsession de l’écriture en me lisant. Déchirures qui est un de mes premiers textes rédigé sur le web et pour le web, met en quelque sorte les pendules à l’heure.
      Merci Dédé de ta fidélité, je répondrai à ton courriel dès que possible, tu comprendras pourquoi à la lecture de ma réponse, je suis un peu à coté, pas loin, de mes pompes.
      À bientôt.
      Thierry

      ps j’ai adoré la vidéo.

  3. Odile dit :

    Bonjour,
    parmi les lectures que tu as faites … celle-ci est en commun ..
    pour pouvoir te commenter .. j’ai eu envie de le relire ..et surprise .. pas nécessaire de le faire: il était gravé dans ma mémoire … sourire
    j’ai été particulièrement sensible à la recherche éternelle douloureuse d’ Harley de son Papa et de son grand frère -alors qu’Ils vivent en lui!- … et à Mercury – un personnage très intéressant, haut en couleurs dans tous les sens du terme- …
    je n’ai lu aucun livre ayant pour thème les inuits … attendant le « tant » qu’il faudra .. pour aller à leur découverte .. via un de tes prochains écrits! … si, si …
    Odile

    • Thierry Benquey dit :

      @ Odile : Bonjour Odile. Une lecture fascinante que Danseur d’Herbe. J’ai particulièrement apprécié le personnage de Mercury qui es comme tu le dis haut en couleur. Pourquoi fait-elle de la sorcellerie ? Parce que c’est en son pouvoir. Cette réponse simple pourrait à elle seule expliquer beaucoup sur le comportement de nos hommes politiques, fonctionnaires et autres. Oui, il faudra attendre encore un peu, ma vie se normalise sérieusement en ce mois de décembre, ce qui devrait me permettre de reprendre mes esprits et de me remettre à l’écriture début 2012. À bientôt. Thierry

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