Au Caire, temps maussade… Part 1

Du 10 04 2008 § 5 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Paix

Je m’appelle Ahiâm Steinfeld.
Ahiâm signifie « le frère du peuple ».
Je suis juif, au sens ou vous l’entendez vous les goys, pas au sens religieux, je ne crois plus en dieu et je n’ai jamais cru au Père Noël.

Ma grand-mère paternelle Sabine Steinfeld, est la seule survivante de notre famille. Elle survécut à la Shoah et émigra ici peu de temps après la fin de la guerre.
Je n’ai pas connu ma mère qui décéda le jour de ma venue au monde.
Mon père Anton Steinfeld, est né à Tel-Aviv de père inconnu. Il a grandi dans un Kibboutz et s’engagea pour une carrière militaire dès qu’il en eut atteint l’âge.
Il passa comme une suite logique de l’armée au Mossad, le service de renseignement de mon pays. Il était membre de l’équipe qui enleva Eichmann en 1960, un an après ma naissance. Il participa aux opérations de nettoyage après la boucherie de Munich, les JO.
Mon père ce héros, contrairement aux habitudes en usage dans les services secrets, me raconta ses opérations dans les moindres détails, comme s’il voulait me conditionner pour que je prenne sa suite.
Ma grand-mère, la seule présence féminine de mon enfance, participait au complot en me décrivant dans toute son horreur, dans toute sa grandeur, ses expériences dans l’Europe nazie et dans les camps.

« Plus jamais ! » Ces quelques mots qui encadraient la naissance d’Israël, encadraient encore plus fermement l’enfant que j’étais.

Je fais partie d’une unité spéciale du Mossad et aujourd’hui, je me trouve quelque part au Caire. Avec mes collègues, deux hommes et trois femmes, nous nous dirigeons vers la mosquée El Azhar, à la recherche d’une villa où un palestinien doit rencontrer son destin.

Le Caire

Il y a quatre jours, nos services étaient avertis d’une opération en cours. Un camion chargé d’explosif se trouvait à Tel-Aviv et n’attendait que son chauffeur pour mettre en scène le plus grand carnage de l’histoire récente d’Israël.
Les carnages, nous y sommes habitués…
Le chauffeur d’après la source, vivrait dans le quartier Al Zaytoun à Gaza. Ce serait un membre du Hamas et il devrait se mettre en route demain matin.

Tsahal, prenant prétexte d’une Qassam de trop, boucle déjà ce quartier, rasant une maison ici et là, ouvrant la voie pour une équipe jumelle à la nôtre qui s’occupera du chauffeur sitôt que nous aurons récolté l’information auprès de notre homme, comme le stipule nos instructions, par tous les moyens.

Notre fourgonnette VW stoppe dans un coin sombre, le moteur tourne et les portes arrières s’ouvrent sans bruits. Nous descendons, nos souffles couverts par la rumeur de la ville. La camionnette disparaît.
La villa arrogante et pleine de lumière, un peu trop à mon goût. Un homme fume assis sur les marches, la cigarette du condamné.
Chapira et Chir quittent la protection de l’ombre, ils marchent et s’embrassent, ils observent.

Les prénoms commençant par C ne sont pas le fruit du hasard. Moi je suis Chalom, la paix, Chir c’est le poème, et Chalvi c’est ma tranquillité, pour les hommes. Chapira c’est belle, Chalva c’est sérénité et Chayli c’est mon cadeau, pour les femmes. Nous sommes l’équipe spéciale C, ceci explique cela. Ces noms charmants pour désigner des tueurs… Un trait d’humour noir de notre direction, humour juif ?

Chalvi me fait signe. Je lui réponds de la tête, il peut aller prendre place sur l’arrière de la villa avec les deux autres. Ils ont cinq minutes pour faire le tour du pâté de maison et prendre position. Nous maintenons les contacts radio au strict minimum et communiquons en arabe, nos ennemis étant à même de se fournir ces scanners américains, si efficaces et si bon marché.

Chalva et Chayli se dirigent vers la villa, parlant le dialecte palestinien.
L’homme se relève, attentif.
Les femmes l’attirent au portail, lui demandant du feu.
Il ne correspond pas à la description de notre candidat, alors…
Il ne sent pas vraiment la lame qui lui pénètre dans le cœur, c’est à peine s’il a une expression de surprise. Le cadeau de Chayli, une mort rapide et je le crois sans douleur.
Tout va très vite, je fonce vers la villa pendant que mes amies cachent le corps.
Je reste au portail, cramponnant mon uzi sous l’influence exquise de l’adrénaline.
Les filles montent les quelques marches et sonnent à la porte.

Une femme ouvre, Chalva lui frappe violemment du tranchant de la main sur la gorge. Elle s’effondre. De mon poste, j’entends ses tentatives dérisoires pour respirer. C’est comme un signal, je monte les escaliers à reculons et prends l’agonisante sous les bras. Je ne regarde pas son visage, c’est dur de voir leurs yeux.

Les filles sont depuis longtemps à l’intérieur. Elles ont sécurisé le rez-de-chaussée.
Je ferme la porte d’entrée pendant que Chayli ouvre celle du jardin.
Chalva couvre les escaliers. Chapira et Chir rentrent dans la maison.
Chir va se poster à la porte d’entrée.
Cette scène se joue dans un silence surréaliste.
Je commence l’ascension, ayant remplacé mon uzi par un pistolet équipé d’un silencieux.
Doucement, marche après marche.
Je marque une pause afin de laisser à Chapira le temps de prendre position pour me couvrir.
Mes muscles sont tendus à en faire mal.
Le petit plus, en comparaison de l’exercice, c’est une acuité sur-développée.
Je suis devenu aigu, je suis l’arme…
Des bruits de pas dans le couloir. Mon miroir de dentiste me révèle que ce n’est pas notre cible. Je fais un signe à Chapira, le signe de mort et lui indique la direction d’où il vient.
Il me remarque comme une ombre, quelque chose d’irritant dans son coin de l’œil. Il n’a pas le temps d’approfondir, une balle dans chaque poumon et une troisième dans la tête. Il n’est pas tombé au sol que je suis dans le couloir, mon cœur prêt à exploser.
Personne…
Dans la réalité ce n’est pas comme à la télévision, les silencieux font un bruit infernal entre quatre murs. Pas aussi explosif qu’une détonation nue mais beaucoup de trop de bruit pour me plaire. Sans évoquer le vacarme des projectiles s’écrasant dans le plafond, les débris de plâtre qui tombent au sol.
Les portes de l’étage restent close. Premier objectif, trouver la cible.
Chapira me suit vers l’escalier qui mène au second.
Chalva couvre le couloir, bientôt renforcée de Chayli.
Chapira monte les marches, lentement, comme un chat. Je la suivrai à son signe.
Je suis baigné de sueur, les filles ont l’air plutôt calme, presque froides.
J’aime faire ce genre de boulot avec des femmes.

Texte – 2007 – Licence :

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Image sur la paix – United States Federal Government – licence :

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Image le CaireMo7amedsalim – licence :

Domaine public

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5 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Les tueurs du Mossad ne font pas de trie dans le nettoyage humain, pour parvenir à la « cible ».
    Il est vrai qu’ils ne peuvent prendre aucun risque, afin d’atteindre leur objectif.
    Suspens efficace dans ce début d’histoire, où les cadavres s’entassent.
    Amitié.
    dédé.

  2. Yannick dit :

    Salut Thierry,
    l’histoire commence par le passé du héros (si l’on peut l’appeler ainsi) qui se confond avec le passé d’israel. je connais un peu le Mossad pour savoir qu’ils ne font pas dans la dentelle et je ne suis pas déçu: c’est affreux de cruauté. l’écriture rapide, faite de phrases courtes, fait qu’on a tout juste le temps de s’en rendre compte que déjà un autre cadavre tombe. Je poursuis…

  3. Odile dit :

    je vais suivre l’agent très spécial ..Chat l’homme … le n’hombre7…
    sourire …

    Quelle K danse! c’est ce que j’appelerai du nettoyage au quart cher …

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