Anti quoi ? Part 8

Du 14 04 2008 § 6 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Platanus orientalis in Bois de Boulogne

« – Pierre-Marie, vous conduisez !
– OK, Boss ! »

Je prend la chose, non sans sourire au souvenir de la tronche ahurie de Pierre-Marie. Une image comme celle là, ça te rachète la journée.
« – Clara ?
– Oui ?
– Du nouveau ?
– Non, enfin si ! La victime du bois est une prostituée.
– Nous y sommes dans dix minutes. Clara, je voudrais que vous me fassiez monter le dossier des états de service d’un Félicien Laventurier. Il est de l’équipe Bossuet.
– Oui monsieur, c’est noté.
– On se voit au bureau ! Ah ! Clara, vous avez reçu le courriel de la clinique ?
– Oui, nous sommes en train de le traiter !
– La pute, elle est dans le fichier ?
– Un moment, je vérifie…
Je pense à ma fille et à ma promesse non tenue. Il faut que je trouve cinq minutes pour aller la voir à Boucicaut !
– Monsieur ?
– Oui ?
– Elle est bien dans la liste communiquée.
– Au fait, comment a-t-elle été identifiée si vite ?
– C’est une une amie qui l’a découverte. Elles habitent ensemble un petit studio dans le 16ème, une chambre de bonne ou quelque chose comme ça. Elle est sur place.
– Qu’est ce qu’il en pense le poivrot ?
Clara qui est plutôt du genre BCBG et très sérieuse se met à rire.
– Il dit que c’est une confirmation que ce soit une prostituée. Pour la liste de la clinique, il dit qu’il a besoin de plus d’informations.
– Il y a des gars de retour ?
– Hassam et Robur, oui. Ils étaient affectés à N’Guyen !
– Et ?
– Rien de spécial, elle vivait surtout dans le cercle familial. Nous n’avons pas encore les informations sur les deux autres.
– Envoyez Hassam et Robur sur la pute dès que possible et faites moi parvenir le numéro de portable d’un Shalom Benguigui. Il travaille sur l’enlèvement de la directrice de la clinique ! Le boss ?
– Il est très nerveux mais il a dit que le fichier était du bon travail. Il s’est procuré, je ne sais pas comment, une commission rogatoire anti-datée.
– Merci Clara ! »

Le Boss avait assez de relations au parquet pour faire arrêter le Président de la République…

Nous stoppons. Je ne vois plus la camionnette de Laventurier, mais je le vois arriver au petit trot.
« – Félicien ! Amenez-moi la copine !
– Pierre-Marie, vous restez dans la voiture ! »
La pute arrive, elle est en larmes. Elle n’est plus toute jeune, on va dire une fin de carrière.
« – Votre nom ?
– Catherine Chisal !
– Je sais qu’il doit vous être difficile de répondre à mes questions. Pensez qu’en nous aidant, vous participez à notre enquête et vous nous aiderez à prendre le tueur! Qu’avez-vous à nous dire ?
– J’ai vu la voiture s’arrêter et la vitre se baisser. Le type lui a montré quelque chose et elle est montée dans la voiture.
Un témoin, un témoin direct.
– Vous voulez dire que vous avez vu la voiture du tueur ? Avez-vous vu celui-ci ?
– Non, il était penché pour montrer sa carte. Je croyais que c’était un poulet !
– Quel genre de véhicule ?
– Je ne sais pas… Pas une petite voiture, une camionnette !
– Avait-elle un protecteur ?
– …
– Vous avez compris ma question ?
– Euh, non ! Enfin, je veux dire oui, j’ai compris la question.
– Alors, Catherine !
– Je la protégeais.
– Pardon ?
– C’était ma protégée. Je l’ai racheté à son ex. C’était comme une assurance vieillesse ! Et puis, je l’avais à la bonne, nous vivions ensemble.
– Merci, Catherine, c’est tout pour l’instant. Vous allez nous accompagner au Quai afin de reconnaître le véhicule et nous faire une déclaration sur ce que vous avez vu !
– Font chier les condés…
– Ah ! J’allais oublier ! Vous avez découvert le corps. Ça c’est passé comment ?
– Ben, j’étais partie me chercher un petit remontant et puis quand je suis revenue, je suis allée dans le sous-bois pour pisser. Elle était là, nue et la tête à l’envers qui me souriait… »
Elle se remet à pleurer.
« Félicien ! Demandez à une voiture de patrouille de l’emmener au bureau ! »

Je prends la Catherine dans mes bras et la serre contre moi.
« Ça va aller ! On va se le faire cette ordure ! »
Elle se laisse aller complètement, oubliant mon statut de flic.
J’ai mal au cœur pour elle. Elle avait dû payer une petite fortune pour la pute et puis de vivre ensemble, ça crée des liens.
La voiture de patrouille est là, Félicien également.
Je le prends de coté.
« – Félicien, j’ai quelque chose à vous dire…
– Inspecteur ?
– Vous connaissez une certaine Lucette Boisbandé ?
– Oui, c’était ma petite amie, on s’est séparé il y a quelques jours.
– Et bien, elle est décédée. C’est la première victime du cinglé que nous recherchons. Je suis désolé. »
Il reste froid comme le marbre. Pas une réaction, pas un mot.
Son self-control me laisse sur le cul. Je croyais les antillais plus… Plus démonstratifs.
« – Vous avez vu Diarra ?
– Non, ils m’ont dit qu’il est en route.
– Bon, vous prenez Pierre-Marie avec vous et vous filez au bureau ! »
Je suis figé lorsque je le vois effectuer une danse comme celles qu’induisent une forte envie d’uriner.
« – Ben, Félicien, vous n’allez pas bien ?
– Chef, je dois ramener la camionnette…
– Écoutez mon petit ! Vous commencez à me courir avec vos problèmes personnels. C’est un ordre ! »
Penaud, il se dirige vers la voiture pour aller chercher Pierre-Marie.
Il commence à m’intriguer sérieusement ce garçon.
Mais je suis trop heureux de m’être débarrassé de ces deux boulets.
Je vais de suite à Boucicaut.

Dans la voiture, je vois que Clara m’a fait parvenir le numéro de Benguigui.
Je l’appelle.
« Shalom ? »

Image – Platanus orientalis in Bois de Boulogne – Liné1 – licence :

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6 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Georges est très humain avec la professionnelle du trottoir. Effectivement, elle a perdu un joli capital, en plus d’une amie de ballade et de chambre.
    Le polar est digne des « Maigret », où tout peut arriver.
    Amitié.
    dédé.

    • tby dit :

      @dédé
      Merci Dédé pour cette série de commentaires que je déguste pendant un avis de grand frais à Treguier et avec le mal de terre…
      Au plaisir de te lire.
      Amitié.
      Thierry

  2. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Bonnes vacances à Landreger.
    Amitié.
    dédé.

  3. Yannick dit :

    comme le dit Dédé, tout arrive dans cette enquête. je continue…

  4. Odile dit :

    sous ses airs désabusés … il est très humain notre Georges … il m’est de plus en plus ..sympathique …

    Je souris … car je pense que mon intuition est en train de se confirmer …

    Yeah …

    • tby dit :

      @ Odile : Sourire, tes commentaires me font penser au suspense, comme si tu étais la personne chargée de cette affaire, c’est très agréable et me replonge dans l’univers de ce texte écrit depuis quelques temps.

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