Anti quoi ? Part 6

Du 13 04 2008 § 4 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

the polling station in Paris, France for the 2005 Iraqi elections

En route vers la clinique Pontchartrain.
« C’est con quand même, j’y étais tout à l’heure. »
La chose vibre lorsque je passe la Seine.

« – Georges, c’est Jacques !
– Alors ?
– Eh bien, je suis déçu… Pas de matériel génétique. Il n’a pas fait d’erreur !
– Sinon ?
– Alors, j’ai retrouvé des larves de coléoptères nécrophages qui indique que la mort remonte à quatre ou cinq jours, peut-être six, du fait que les tunnels du métro ne sont pas leur lieu de villégiature. Sinon, même scénario, enfin si on fait abstraction qu’il a opéré sur place. Vertèbres, poupée, etc… Un détail qui peut se révéler important. Tu suis l’actualité ?
– Oui, enfin plus ou moins…
– La clinique Pontchartrain te dit quelque chose ?
– Oui, j’y vais !
– Selon toute vraisemblance, elle a subi un avortement dans les heures qui ont précédé sa mort et comme elle a été retrouvée pas loin…
– Tu es sûr ?
– Absolument !
– C’est tout ?
– Oui, j’envoie le tout à Clara par courriel !

Je met en marche le gyrophare et je stoppe.
Je reprends la chose.

« – Raymond ?
– Oui, qui est là ?
– C’est Georges ! Tes deux gars s’ils sont encore à la clinique, dis leur de m’attendre !
– OK, je les appelle de suite !
– Raymond tu es où là ?
– Chez les parents de Lucette.
– J’ai envoyé Murat et Marchand sur Lucette également. Le profiler dit qu’il est possible que le tueur l’ait connu personnellement.
– Ah… Intéressant !
– Passe-moi son univers au peigne fin et on se retrouve à neuf heures, ce soir, au bureau !
– Un détail croustillant Georges…
– Oui ?
– Son petit ami, c’est un gars de chez nous.
– Hein ?
– Oui, c’est même un de mes hommes, Félicien Laventurier. C’est un de ceux de la clinique.
– Merde…
– Tu peux me rendre un service ?
– Oui ! Quoi ?
– Tu peux lui annoncer, en douceur… Il est pas au courant !
– D’accord ! Avec tact !
– Merci ! »

La chose me tombe des mains, je suis troublé par cette nouvelle. La petitesse du monde est toujours une source de réjouissance pour un poulet. La clinique Pontchartrain fait l’actualité dans la presse et un pressentiment me laisse deviner qu’elle hurle dans ma direction. Elle est trop souvent citée aujourd’hui…

Je repars et j’arrive bientôt rue des Marronniers en la prenant à contresens. Pas trop grave, la rue est bouclée. Je me gare devant la clinique.
L’atmosphère est encore explosive. J’entends des hurlements, des vociférations et des slogans sortir des cars de CRS. Plus loin, sur la rue Boulainvillliers, des manifestants, des banderoles et des cris. Je cible un CRS qui m’a l’air désœuvré.
« – C’est qui le responsable ici ?
– Le lieutenant Kahder !
– Il se trouve ?
– À l’intérieur ! »

« – Lieutenant ?
– Oui ?
– Je voudrais rencontrer quelqu’un de la direction de cet établissement.
– À qui ai-je l’honneur ?
– Georges Lencensoir ! »
Je lui exhibe ma carte.
« Au dernier étage, il vous faudra monter à pied, l’ascenseur est en dérangement, ils ont tout cassé ici. »
Je me dirige vers le comptoir de l’accueil où je vois une femme, assise en train de pleurer.
« Je cherche une patiente, mademoiselle Lencensoir ? »
Entre deux reniflements, elle me répond:
« – L’ordinateur est cassé. De toute façon toutes les patientes ont été évacuées vers Boucicaut !
– Rentrez chez vous ! Votre travail est terminé pour aujourd’hui ! »
Elle arrête de geindre illico et son visage s’illumine.
C’est dingue de vérifier encore et toujours comment les gens peuvent être défait dans une situation de stress. Elle aurait pu avoir cette idée d’elle même. Non, il lui fallait rester là, dans une inutilité flagrante et pleurer sur son sort. Parfois, j’ai du mal à comprendre ce qu’on peut trouver d’admirable dans l’humanité…

Je monte, péniblement, six étages de destruction massive. Un petit malin a même déféqué au milieu du couloir du troisième étage. Ça devait être plutôt chaotique quelques heures plus tôt.

J’arrive enfin, à bout de souffle.
La chose vibre.
« – Lencensoir !
– Inspecteur. Je fais partie de l’équipe de Bossuet. Je vous cherche dans le hall.
– Tu t’appelles ?
– Pierre-Marie Kowalski !
– Monte, je suis au sixième ! Et ton collègue, euh le Félicien ?
– On s’est perdu de vue. Je le bipe ?
– Non, monte ! On verra plus tard ! »

Je croise un homme d’une quarantaine d’année.
« – Bonjour. Je cherche quelqu’un de la direction.
– Lencensoir ?
– Oui ?
– Ah, content de vous voir. Vous ne vous souvenez certainement plus de moi. On s’est croisé quelque fois à l’école de police, vous étiez chargé d’un remplacement pour les cours de droit des OPJ. Je m’appelle Shalom Benguigui ! Je suis chargé de l’enquête pour la clinique.
– Enchanté ! Je cherche quelqu’un de la direction, j’ai besoin de consulter les fiches des patients, c’est pour une enquête en cours.
– Le serial-killer ?
– Comment le savez-vous ?
– Ils viennent de l’annoncer sur RTL !
– Merde…
– Euh, pour les dossiers, vous avez une commission rogatoire ?
– Non, je suis un peu à court !
– De toute façon, il n’y a plus personne ici. Moi, je n’ai rien vu !
– Merci, Shalom, je ne suis pas oublieux quand on me rend un service.
– Il vous faut descendre aux archives. Dans la cave, c’est inscrit sur la porte. Là, il y a un PC qui fonctionne et les archives papier pour les cas les plus anciens.
– Merci beaucoup !
– Vous savez pourquoi la direction n’était pas trop pressée de nous appeler ?
– Non !
– Il semblerait qu’ils n’étaient pas trop regardant en ce qui concerne les délais légaux. Madame de Chaluze est une militante féministe de la première heure.
– Très intéressant.
– Bon, je vous laisse. Je vous ai pas vu.
– Merci Shalom. »

« Inspecteur ? »
Je me retourne pour voir un jeune homme qui arrive au sixième dans un piteux état, très semblable au mien.
« Mon pauvre vieux… On va à la cave. »

Image – the polling station in Paris, France for the 2005 Iraqi elections – David Monniaux – 2005 – Licence :

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4 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Le stress de notre sympathique inspecteur a atteint un degrés maximum, sachant que sa fille devrait être dans cette clinique.
    Le suspens prend une grandeur différente dans cette enquête affolante pour Georges.
    Amitié.
    dédé.

  2. Yannick dit :

    je file lire la suite…

  3. Odile dit :

    Le filet est train de se resserrer .. heureusement que sa Petite n’est plus là -bas …j’ai craint qu’Elle ne soit la prochaine victime ! Ouf …

    je souris du choix du nom de la féministe .. qui est hors délais .. en sus .. c’est savoureux !

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