Anti quoi ? Part 5

Du 13 04 2008 § 5 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Tre Profiler

La salle de réunion est sombre et je distingue à peine cette ombre qui lève un bras.
J’allume la lumière et je distingue Monsieur Profiler qui s’envoie une rasade.
Voilà une bonne entrée en matière qui me met les nerfs à blanc.
« Hum ! Hum ! »
Pas gêné, il se retourne tout en continuant à se stériliser l’intérieur.
« – Georges Lencensoir, je dirige l’enquête.
– Jérôme Larcin, vous venez m’arrêter ? »
Je ne comprends pas et je me rapproche pour une poignée de main.
« Oui, Larcin… Enfin, c’est un trait d’humour ! »
Je ne réponds pas et le regarde dans les yeux, ceux-ci esquivent.
Sa main molle et moite effleure à peine la mienne.
De suite, je le hais ! Non, la haine c’est trop d’honneur… Je n’ai que mépris pour ce débris qui devrait être un homme.

L’interphone. « Clara, envoyez moi les gars qui sont présent s’il vous plaît ! »
Peu à peu, la salle se remplit. La plupart des gars sont vidés. Jean-Louis lui est tout frais et pimpant. Il me lance un regard plein de sens en montrant discrètement Larcin.
« Messieurs ! Je vous présente Jérôme Larcin, détaché auprès de nos services pour la durée de l’enquête. Il est spécialisé dans l’établissement de profils psychologiques. Son avis doit nous permettre de déterminer des cibles pour nos recherches. C’est censé nous épargnez un travail fastidieux et inutile en limitant le nombre des suspects qui dans l’état actuel de nos connaissances doit s’élever à plusieurs millions. Monsieur Larcin, je vous laisse la parole… »
Larcin est transformé, on dirait une ballerine de l’opéra qui virevolte dans la pièce. Comme un automate qui s’anime.
« Madame, messieurs !
Nous avons là trois victimes. Elles n’ont rien en commun, sauf le fait d’être femmes. En âge de procréer. »
« En âge de procréer ? Cela m’avait échappé, peut-être pourra-t-il être utile ce larbin. »
« Et d’avoir été choisies par un malade qui les tue et les prépare d’une manière symbolique. Cette préparation contient un message destiné à une personne en particulier ou à l’humanité toute entière. L’interprétation de ce message fait partie de mon travail. Votre travail consiste à découvrir un point commun qui nous est inconnu et que le tueur a fixé pour sélectionner ses victimes. »
« Ça a au moins un intérêt ce que raconte Larbin, mettre un peu d’ordre dans nos esprits. »
« Que savons-nous des victimes ? L’une est blanche, l’autre est métis asiatique, et la dernière est antillaise d’origine africaine. La sélection ne s’opère donc pas sur un critère racial. Afin de m’épargner de la salive, je les nommerais un, deux et trois. Un étant Lucette Boisbandé, deux Josette Franquin et trois Jeanine N’Guyen. Un habite à Pantin, deux habite rue Guillaume Bertrand dans le 11ème et trois à Vélizy. Pas de liens géographiques donc et la certitude que le tueur ne se sert pas dans son voisinage. A noter qu’il est fréquent que le tueur connaisse personnellement la première de ses victimes, dans notre cas: Un ! »
Je jette un regard vers Jean-Louis. Il a compris et prend des notes.
Larcin s’interrompt et s’envoie un giclée de carburant, sous le regard étonné et peut-être jaloux des « Non, pas pendant le service ! »
« Voyons voir du coté professionnel. Un est conductrice de métro et prend son service sur la ligne 5 à Bobigny. Deux est étudiante en droit à Assas et trois travaille dans le magasin de son père, en face du Lycée Bachelard dans le 13ème, rue Tagore. Toujours pas de point commun. Il vous faut donc aller rechercher des informations plus personnelles, les amis, les activités extra-professionnelles. Nous devons apprendre à connaître ces femmes comme des amies intimes. Clara affichera toutes les informations recueillies sur le tableau et je l’aiderai après cette réunion, à l’organiser de manière plus rationnelle et de le formater de manière à ce que nous puissions mettre en ligne un fichier Excel qui reprendra les données. »
J’en étais sur le cul. « Comment un alcoolique mou pouvait-il penser si clairement ? »
« Maintenant passons au profil. »
Un grand « Aaaah ! » dans la salle.
« Notre homme est blanc. Il est âgé de trente à quarante ans. Il est très intelligent et très probablement de niveau universitaire. Il est avec certitude homosexuel. Il tue les femmes parce qu’il les hait. Cette haine provient d’une relation exclusive avec une mère despotique. Le bébé en plastique est une image de lui-même. Il retourne la tête des victimes à 180° pour symboliser la volonté de sa mère de ne pas le regarder tel qu’il est. Il tuera jusqu’à son arrestation ou sa mort. Si nous ne le prenons pas et que les meurtres cessent, ils reprendront à Marseille, en Belgique ou ailleurs… »
« Comment pouvait-il savoir tout ça sur quelqu’un qu’il n’avait jamais vu ? »
Le coté visqueux de ce Larcin reprenait le dessus. J’étais certain qu’il racontait n’importe quoi. L’instinct du flic… A son crédit, la méthodologie.
« – C’est tout pour l’instant !
– OK messieurs, au travail ! On vous à déjà affecté à chacun une victime. À vous d’enquêter selon les critères de Monsieur Larcin. Ce soir, vingt et une heure ! Réunion ici ! Jean-Louis, toi tu t’occupes de Lucette personnellement ! Tu prends Marchand avec toi, vous ne serez pas trop de deux. Messieurs ! Je veux des résultats tangibles ce soir !
– Jean-Louis ? Viens voir !
– Georges ?
– Je dois aller à la clinique Pontchartrain, des problèmes avec ma fille. Tu me couvres ?
– Bien sûr !
– Clara ?
– Monsieur ?
– Appelez Diarra à l’IML et dites lui de me contacter sur la chose dès qu’il a finit le travail avec Lucette Boisbandé.
– Bien monsieur ! »

Je me retrouves à l’air libre, la tête encombrée par ce Larcin écœurant à souhait et le cœur ravagé par les soucis que je me fais pour ma fille.

Pendant ce temps…

Aurore de Chaluze se réveille.
Il fait noir ici.
Elle est attachée en position assise. Les liens lui font mal et la balle de tennis dans sa bouche la fait souffrir.
Elle a peur.
Des bruits dehors…
Son coeur bat la chamade.
Une porte s’ouvre, une porte latérale, elle est dans une camionnette.
Un homme masqué et ganté entre péniblement.
Péniblement à cause du poids de son paquet.
Une femme, sur son épaule, sa tête faisant un angle impossible, ses yeux ouverts et fixes.
Elle est morte. Aurore manque de s’évanouir.
« Mon dieu ! Mon dieu ! Non ! »
Elle croit reconnaître cette femme. Elle l’a déjà vu !
L’homme allonge la morte sur une table, il ferme la porte et allume la lumière.
Aurore reconnaît une table de dissection, comme celle que l’on voit dans les morgues, dans les films.
Elle hurle sans un son.
L’homme se retourne vers elle, il ôte son masque et lui sourit…

Image – Tre profiler – Olle Gröning – 05/05/1972 – licence :

Domaine public

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5 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Le profil de Jérôme Larcin m’a bien fait rire. En effet, l’homme aux mains moites et molles a le cerveau bien éveillé, pour un alcoolique invétéré.
    Sera-t’il réellement d’une utilité positive avec ses connaissances théoriques sur la personnalité du tueur en série ?
    L’auteur amplifie le mystère qui entoure cette affaire criminelle.
    Amitié.
    dédé.

  2. Yannick dit :

    ou lala, alors là c’est du grand art. j’applaudis l’exposé du profiler et sa conclusion sur la psychologie du tueur en série. de plus, comme si c’était possible, la tension monte d’un cran avec l’apparition du tueur…

  3. Odile dit :

    quel exposé digne… d’un vrai profiler !

    Le pendant ce temps .. réactive à la vitesse supèrieure .. l’urgence … de l’enquête …

    il y a un indice glissé .. judicieusement …. qui nous permet de faire des supputations sur le sérial killer …

    Mais bon sang de bois …. non je n’ai pas encore trouvé qui c’est !
    rire

    • tby dit :

      @ Odile : Sourire. Encore heureux, tu n’es qu’au milieu. Mais je suis persuadé qu’une experte de ta qualité identifiera le tueur bien avant notre inspecteur.

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