Anti quoi ? Part 4

Du 12 04 2008 § 5 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

the third floor conference room of the James J. Hill House

Le Boss…

Il est là, dans un bureau mis à disposition par la RATP. Jean-Louis est là aussi et ne semble pas d’humeur à faire le fier.
« – Lencensoir ! Murat me dit que vous n’avez toujours rien !
– Ben, ça se précipite un peu…
– Trois victimes ! Vous vous rendez compte ? Encore heureux que la presse reste en dehors pour l’instant !
– Boss, il va nous falloir du monde !
– Georges… Vous me sous-estimez, j’ai déjà affecté l’équipe de Bossuet à vos services. Maintenant, je veux des résultats !
– Oui, Boss.
– Vous allez tout de suite au bureau avec Murat ! Vous rencontrerez là l’expert en profil psychologique. J’avais demandé le meilleur mais il est en colloque aux États-unis. Nous aurons son bras droit ! »
Jean-Louis et moi nous pouffons de rire.
« – Euh ! Vous deux. Je ne vois pas ce que j’ai pu dire de drôle ?
– Excusez Boss ! On travaille sur un tueur en série qui découpe ses victimes… Alors recevoir un bras droit…
– Oui ! Et bien je ne trouve pas ça drôle, mais alors pas du tout !
– Mes excuses Boss ! »
Il me sourit.
« – Ah, je viens de comprendre. Mais cessez ce genre de plaisanterie, nous n’avons pas élevé les cochons ensemble !
– Oui Boss. C’est tout ?
– Oui, c’est tout ! »

A peine avons nous refermé la porte que Jean-louis et moi éclatons de rire, pas mécontent de pouvoir relâcher la pression.

« – On prend ta voiture ? Je suis venu avec le Boss.
– Oui, mais tu conduis ! Je fatigue. »

Pendant le trajet, je cherche à joindre ma fille. Elle voulait me parler tout à l’heure. Impossible, je tombe toujours sur sa messagerie vocale. Je lui laisse un message:

« Ma belle, c’est papa. Je ne sais pas quand je serais à la maison ce soir. On a une affaire foireuse et le Boss nous met la pression. Appelle-moi sur la chose. Je t’aime. »
Le Murat sourit bêtement.
« – Ça me fait toujours quelque chose d’entendre ces mots là !
– Mets la radio plutôt que d’écouter les conversations privées !
FIP ?
– Ah non ! Met les infos ! »

« Un bulletin spécial ! La situation à la clinique Pontchartrain a pris une tournure dramatique. Les membres de l’association « Laissez-les vivre ! » ont pris d’assaut la clinique. Les forces de l’ordre ont investi les lieux dans les minutes suivantes. On déplore deux victimes. Un membre de « Laissez-les vivre » et un militant de « Laissez-les choisir » qui seraient tombés du toit alors qu’ils se livraient un combat au corps à corps. La direction de la clinique nous fait part de la disparition de la directrice Madame de Chaluze. La préfecture de police nous confirme l’information. Nous vous tenons, bien entendu au courant des prochains développements ! La circulation : Les boulevards périphériques sont fluides et la situation s’améliore sur les quais de Seine… »

Je coupe la radio.

« – Jean-Louis ? Tu sais qui c’est qui travailles là-dessus ?
– Non. Pourquoi ?
– Je ne sais pas, j’ai comme un idée qui reste à définir… »

Nous arrivons au bureau et je me précipite vers la machine à café.

« – Monsieur Lencensoir ?
– Oui ?
– Je vous ai déjà amené un café dans la salle de réunion. Avec les messieurs de l’équipe Bossuet, nous avons préparé un tableau avec les données sur les trois victimes ainsi que les photos et les rapports du légiste. Votre fille a appelé sur le fixe il y a environ deux heures !
– Merci Clara ! Que ferions-nous sans vous. »
Elle sourit et ce petit bout de femme à l’énergie inépuisable s’en retourne à son bureau.
Je me dirige vers la salle de réunion et croise Raymond Bossuet.
« – Raymond ! Viens voir ! Tu prends tes gars et tu les mets sur les victimes. Toi tu t’occupes personnellement de l’antillaise, celle du métro. Je veux tout savoir sur elles et surtout, j’aimerais comprendre pourquoi le métro et pourquoi dans le 16ème !
– On s’en occupe. Tu me raconteras avec le profiler ? Je l’ai rencontré quand il est arrivé et il sent l’alcool à te faire renoncer… »
Ses yeux s’allument d’une lueur malicieuse.
Je souris en retour.
« – Je te raconterai tout dans les détails, quoi que si tu demandes à Clara, plus tard, tu auras certainement une version bien plus précise.
– On est en route.
– Raymond ? Tu sais qui c’est qui travaille sur la clinique ?
– Ouais, c’était nous ! Il y a encore deux de mes gars qui sont là-bas !
– C’est où ?
– Dans le 16ème, rue des Marronniers, à coté de l’ORTF.
– Où ça ?
– Ben, pas loin de là où se trouvait Madame Boisbandé !
– Marrant, le hasard…
– Ouais. Au fait ! Mes deux gars qui sont là-bas devraient se pointer dans une heure ou deux. Ils passent juste le dossier à l’équipe Renard, à cause de la disparue.
– D’accord ! Je leur trouverai de quoi s’occuper. »

Je laisse partir le Raymond et je vais dans mon bureau. Je veux savoir ce que ma belle voulait me dire.

J’écoute le répondeur.

« Papa, c’est pas facile à dire ce que je vais te dire. J’aurais voulu te le dire de vive voix mais je n’en ai pas eu la force. Je voulais te le dire sur la chose mais nous avons été coupé. Alors, je suis désolée de laisser mon message sur une machine. Je sais en quelle estime tu tiens les machines. Papa…
Je suis enceinte. Je ne connais pas le père…
Tu dois commencer à bouillir. J’ai fait une bêtise. Il y a quatre semaines, j’étais chez des amis, j’ai fumé un joint et bu beaucoup ce soir là. Je ne sais pas très bien ce qui c’est passé après.
Je regrette Papa.
Je crois qu’en fait c’est plus facile sur la machine comme ça tu ne peux pas répondre.
J’ai un rendez-vous cet après-midi pour avorter.
Je suis désolée Papa. Pour toi, pour ce petit être innocent et pour moi-même.
Je serais à la clinique Pontchartrain. L’adresse c’est le 12 rue des Marronniers, dans le 16ème.
J’aimerais beaucoup, mais alors vraiment beaucoup que tu viennes me chercher.
Je crois que c’est trop triste sinon.
Je t’aime. »

Je suis paralysé.

Je vais expédier le profiler et je fonce là-bas.
« Je viens ma belle, j’suis pas content mais je te laisse pas tomber. »

Image – the third floor conference room of the James J. Hill House – The Minnesota Historical Society – 14/02/2008 – licence :

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5 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Le boss attend des résultats de la part du pauvre Georges , alors que le nombre des victimes augmente.
    La situation devient de plus en plus compliquée pour notre inspecteur, qui reçoit des mauvaises nouvelles, au sujet de sa fille.
    Le lecteur se laisse emporté par le suspens qui grandit, alimenté par de nouveaux éléments dramatiques.
    Amitié.
    dédé.

  2. Yannick dit :

    avoir là c’est encore monté d’un cran. tel un insecte pris au piège dans une toile d’araignée, je suis pris au piège de l’intrigue et maintenant, je veux absolument savoir les tenants et aboutissants de l’histoire…

  3. Odile dit :

    Très original …. ce contraste… entre la pression de cette course contre la montre .. générée par l’enquête .. et les aveux de sa Petite … qui certainement doivent être difficiles à digérer .. et qui vont le galvaniser pour le global …

    • tby dit :

      @ Odile : Il faut bien que notre inspecteur désabusé soit stimulé afin de retrouver le mordant lui permettant de résoudre l’énigme. Il y a beaucoup de moi et de mon avenir possible dans ce texte. C’est depuis que j’ai une fille que j’ai appris à vraiment apprécier les femmes.

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