Anti quoi ? Part 3

Du 12 04 2008 § 5 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Métro Commerce - Quai décalé

Enfin, ma voiture ! Toujours prête à obéir au moindre caprice, enfin presque.

Je regarde le plan de Paris et je souhaite que la « Maison » nous fournisse un jour ces merveilleux systèmes de guidage avec GPS. Des choses aussi, mais des choses utiles, qui vous parlent. « Tournez à droite, dans deux cent mètres, tournez à gauche. » Et bien élevées avec ça !

Heureusement que j’ai toujours ma loupe dans la boîte à gant.

« Alors, Place Mazas dans le 12ème et Avenue Mozart dans le 16ème… Oulalala ! Avec les quais bouchés, je vais jamais m’en sortir. »

Je réfléchis…

« Traverser les 13, 14 et 15ème en empruntant le pont d’Austerlitz, c’est une alternative… Mais à cette heure là, je vais jamais arriver. Non, je vais tenter ma chance sur le périphérique intérieur. Ça coince toujours un peu aux autoroutes mais avec la sirène, j’ai une chance. »

Je mets ma chose à charger dans l’allume-cigares et en route !

J’aime bien circuler avec le privilège d’une voiture de service. La sirène, le gyrophare, les crissements des pneus, le rugissement du moteur. Une bonne dose d’adrénaline à un moment où j’en ai bien besoin.

J’arrive à la porte de Sèvres quand je pile comme un fou, manquant de me faire rentrer dedans par le petit malin qui me suit de près.

« Putain de 16ème, c’est plein de sens uniques cet arrondissement à la con ! Le plan ! »

Un regard sur celui-ci confirme mes craintes. Il me faut apprendre mon itinéraire de fin de parcours par cœur, sinon je vais devoir m’arrêter toutes les cinq minutes. Je me marre en pensant aux provinciaux qui viennent la première fois à Paris et sans gyrophare eux…

Je décide de faire au plus simple, pas au plus court.

« Aller jusqu’à la porte de la Muette, enfiler l’avenue Henri Martin, putain de Monopoly, et prendre à droite la rue de la Pompe pour atterrir à la station Muette. J’espère que Lucette ne le sera pas. »

J’arrive enfin et la présence d’une multitude de collègues m’indique que je ne me suis pas trompé. Je laisse la caisse devant les escaliers et fonce vers la descente. Pour m’apercevoir aussitôt que j’ai laissé la chose dans la voiture. Par chance, je ne suis qu’aux premières marches. Je fais demi-tour et regarde méchamment les deux poulets qui se moquent de moi. Au moment où je retire la chose du chargeur, elle se met à vibrer, comme une chatte en chaleur.

« – Lencensoir !
– Georges, c’est Jean-Louis ! T’es où ?
– Je suis là, je viens d’arriver !
– Viens de suite, le cinglé est là aussi et il dit qu’il doit partir ! »
Je n’en reviens pas que Jacques soit arrivé avant moi.
« – J’arrive !
– Ah ! Au fait, la deuxième est identifiée. C’est une Jeanine N’Guyen, le papa vietnamien et la maman parisienne. Du 13ème bien sûr ! »
Il explose de rire.
J’aime beaucoup Jean-Louis, travailler avec lui est très enrichissant. Il est plein de ressources et jamais à court d’idées. Mais jamais je ne comprendrai son humour.
Je raccroche et m’engouffre dans le métro, non sans appréhensions, je souffre d’une petite, toute petite claustrophobie.

La chose vibre à nouveau.

« – Papa?
– Oui ma belle ?
– Je voudrais te dire que… »

Plus de signal, je suis déjà trop loin sous terre. Descente aux enfers…

« – Brigadier ? C’est par où ?
– Ah, inspecteur, je vous accompagne ! »
Ça devient bien sombre ici. Mon pouls s’accélère, je manque d’air, je commence à suer…
« Tu me paieras ça ! »
Je vois au loin une lumière vive et je renais.
Quatre projecteurs de chantier illuminent l’équivalent d’une petite grotte dans la paroi du tunnel.
« Attention inspecteur ! Nous devons traverser la voie maintenant et je ne sais pas s’ils ont coupé le jus. »
Je suis terrorisé mais je n’en montre rien. Le brigadier me trouvera peut-être un peu lent.

« – Georges !
– Jacques, mon vieux, je sais pas si je suis content de te voir ! »
Il se marre.
« – Rentre pas dans le périmètre mon ami !
– Hein ?
– Il a opéré ici ! »
Il jubile mon Diarra.
« Les gars du labo sont en route ! Je parierais qu’il a fait une erreur. Je suis sûr que c’est sa première et qu’il a fait une erreur ! »
Il arriverait presque à me communiquer son enthousiasme si je n’avais, gravé au fer rouge, l’obsession de ces tonnes de terre et de béton au-dessus de ma tête.
« Tu es certain que c’est notre homme ? »
Jacques me regarde étonné…
« – Qu’est-ce qui te fais dire que c’est un homme ?
– Ah… Oui, je n’y avais pas pensé.
– Enfin ! C’est le même schéma. Les cervicales, allongée sur le ventre, la tête tournée à cent quatre vingt degrés, un genre de sourire sur les lèvres et la marque d’une opération avec des coutures de souillon. Pour le reste je te dirai plus tard !
– Elle est là depuis longtemps ?
– A vue de nez… Une semaine ! »
Souillon, vue de nez, il en a des expressions notre cinglé…

Je distingue enfin le corps. L’odeur tenace, je l’ai évacué, l’habitude et puis le tunnel du métro c’est ventilé. Mais de la voir là, nue et fragile, l’odeur me prend à la gorge et je suis désemparé. Je vomis.

« Ptite nature ! »
Mon regard lourd de menaces.
Jacques n’insiste pas.
Elle est grisâtre, je crois même voir des moisissures sur sa peau. Elle n’est pas de première jeunesse semble-t-il. Elle…
Une larme involontaire me coule le long de la joue et je bénis l’obscurité. Je compatis avec son malheur, cette interruption ignoble de son petit rythme de tous les jours. Le métro, boulot et dodo dans son expression la plus pure.
« A-t-elle vu la lumière du jour avant de mourir ? »
Je me mouche bruyamment.

« Inspecteur ? »
Le brigadier qui hèle, qui me ramène à la réalité.
« – Oui ?
– Le boss est là, il veut vous voir ! »
Le boss ? Sur les lieux ? Ça doit commencer à chauffer sous ses fesses…
« – Jacques, tu me tiens au courant dès que tu as fini !
– Oui, ce soir je pense. Je ne l’emmène pas avec moi, pour le cas où le tueur aurait laissé quelque chose sous le corps. Les gars du labo me l’enverront. A plus tard ! »

Ce soir…

Et moi qui me voyais m’écrouler devant mon téléviseur, une bière dans une main, la télécommande dans l’autre, fermant les yeux doucement, doucement…

Image Greenski – 14/09/2008 – licence :

Licence Creative commons bysa

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5 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    L’inspecteur connait bien Paris, mais un GPS lui serait d’une aide non négligeable.
    Georges demeure sensible et remué par les meurtres de ces femmes.
    Les scènes se suivent avec un rythme mystérieux, qui nous entraîne dans les entrailles du métro.
    Amitié.
    dédé.

  2. Yannick dit :

    l’enquête monte en intensité; toujours cet humour et en plus le profiler alcoolique arrive…je poursuis…

    • tby dit :

      @ Yanncik : Sourire, oui le profiler ne pouvait qu’etre alcoolique, ce n’est pas une série américaine mais un roman court francais. Rire.

  3. Odile dit :

    Je ris.. car tu as fait fort … pour Georges … l’inspecteur type .. en personne !
    je me délecte à lire .. sa progression …
    Ce qui me lait bien en fait .. c’est que face aux clichés .. tu opposes son humanité .. qui permet de le rendre très sympathique …

    Le serial killer .. a-t-il commis une erreur ?

    • tby dit :

      @ Odile : Encore une fois comblé car je ne suis absolument pas un expert en polar, j’en ai lu très peu meme si j’ai bouché ce manque par l’audiovisuel.

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