Anti quoi ? Part 2

Du 12 04 2008 § 5 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Station de métro la Muette

J’arrive devant le bureau de Jacques. Monsieur Jacques Diarra, malien d’origine, Docteur es-lettres, toujours capable de te fermer la gueule avec une citation adaptée. Devant mon inculture, il a abandonné.
Il adore casser les nouveaux arrivants qui le regardent de haut, ce petit bout d’ébène.

« – Georges !
– Jacques ! »
Le voici qui arrive la bouche pleine. Il ne perd jamais son appétit, ni cette bonne humeur qui le caractérise. Pourtant, il en voit tous les jours de la misère humaine.
Cherchant ses clefs, il me donne son sandwich que je tiens du bout des doigts, effrayé de ce contact potentiel avec la mort.
« Voilà, entre ! »
Je rentre dans son bureau, son réduit devrais-je dire, les concepteurs de l’institut médico-légal ayant réservé le plus d’espace possible pour les clients.
« Prends place ! »
Il allume son PC et m’observe pendant qu’il dévore goulûment son sandwich, caricature naïve des cannibales de mon enfance.
« Me regarde pas comme ça ! J’ai bien l’intention de mourir dans mon lit. »
Et il éclate de ce rire légendaire et admirable qui lui vaut aussi le surnom de cinglé.
Étouffant à moitié, riant de l’autre, il me répond:
« Qui sait ? Parfois ils passent du lit sur ma table. »
Nous rions franchement.
Son PC nous communique par la mélodie merdique de Windows qu’il est prêt au travail.

« – Alors ! C’est pareil que la dernière fois ! Rupture des vertèbres cervicales, opération post-mortem, la poupée dans l’utérus et la même technique. Enfin, absence de technique pour les points de suture. Pas d’autres traces de violences, pas de matériel génétique. Pas de sexe. Tout concorde. Ah, non ! Celle-ci est une métis caucasienne-asiatique, en bref, elle ressemble à la première victime comme le jour à la nuit. Ceci ne devrait pas vous simplifier la tâche.
– Non ! Tu as des photos ?
– J’ai tout envoyé par courriel, le rapport et les images.
– La poupée c’est la même que l’autre ?
– Euh, un moment… Oui !
– Des précisions, un petit truc spécial, rien que pour moi ? Inofficiel ?
– Mais tu ne le répètes à personne ?
– Tu me connais…

– Je crois que vous avez a faire à un cinglé ! »

Et de repartir dans un éclat de rire que je qualifierais de gargantuesque.
Moi, je trouve pas ça très drôle.
« Excuse-moi ! Je le ferais plus ! »
Cette fois, je ris volontiers avec lui.
« – Salut Jacques ! Je vais au bureau faire le point avec mon équipe.
– Ah ! Avant que tu partes. La première a été identifié. Ses parents passent dans une heure pour récupérer le corps et pour la paperasse.
– Merci. »

Je suis bien content de sortir de ces lieux sans avoir fait un détour par la salle d’autopsie. Les odeurs, l’ambiance, les bruits, les morts…

Je prends la chose et j’appelle Jean-Louis.
&lquo; – Du nouveau ?
– Non ! Enfin je suppose que le cinglé t’as dit pour la première ?
– Oui et la deuxième ?
– Non, rien pour le moment.
– OK ! Je suis là dans vingt minutes.
– Tu crois ? Ici, c’est le chaos. Les quais sont bouchés !
– Bon alors… Donne-moi l’adresse où on a retrouvé la deuxième ! J’irais d’abord me faire une idée des lieux et puis je passe ensuite.
– Pas besoin, elle a été déposé au même endroit que la première, quelques mètres plus loin. »
J’étais abasourdi…
« – Il a peur de rien le salaud !
– Pas de nous en tout cas…
– Bon, j’arrive ! Je prends le métro !
– Bonne idée ! A toute à l’heure !

Je ne suis pas vraiment heureux de prendre le métro mais quelque part c’est bien, je vais pouvoir me lâcher, faire le vide.
J’arrive sur le quai. Bondé ! Noir de monde !
Puis la voix fondante d’une pétasse de la RATP dans les haut-parleurs:
« Nous vous prions de bien vouloir nous excuser de cette interruption de service indépendante de notre volonté. Cette interruption concerne tout le réseau. Nous vous prions de bien vouloir quitter les stations et de ne pas monter dans les trains arrivant en gare. Ceux-ci restant sur place. »

Je me saisis de la chose, à bout de nerf.

« – Jean-louis ! C’est quoi ce merdier avec le métro ?
– Georges ! Je voulais t’appeler ! Ils en ont retrouvé une troisième, dans le métro justement. C’est une équipe de maintenance qui l’a trouvé. Les collègues disent qu’elle est là depuis un moment, vu son état. Sinon, ça correspond avec les deux autres. Notre première devient la deuxième et ainsi de suite. Le Boss est dans tous ses états…
– Merde !
– On se croirait à la télé, il veut faire venir un spécialiste.
– Spécialiste de quoi ?
– Profil psychologique ! Un profiler quoi ! J’suis mort de rire, c’est CSI New York
ici ! T’as intérêt à rappliquer le plus vite possible !
– J’arrive en voiture, je mettrai la sirène et la belle lumière !
– Ouais ! Au fait !
– Oui ?
– Celle-là on sait qui c’est !
– C’est qui ?
– C’est Lucette Boisbandé ! Une antillaise conductrice de métro. C’est pour ça que les autres se sont mis en grève. Sans préavis !
– Il se fait une collection ?
– Un moment… »
Je remonte en courant vers la rue. « Police ! Laissez passer ! »

« – Georges ?
– Oui !
– Le Boss me dit que tu vas là-bas ! C’est sur la ligne 9, entre rue de la Pompe et la Muette! C’est plus proche de la Muette !
– C’est dans le tunnel ?
– Oui ! Il l’a déposé dans le tunnel, enfin dans une petite aire de service qui se trouve dans le tunnel.
– J’y vais !
– Recharge ton portable, on va en avoir besoin !
– OK ! »

Je ne peux plus courir. Je manque de souffle et puis c’est pas dans la police qu’on peut avoir une vie saine et régulière.

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Image Jody McIntyre 2006 – licence :

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5 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,
    La série meurtrière est enclenchée et Georges n’aime pas trop cette hécatombe.
    La pauvre Lucette Boisbandé devient donc la première victime. Les cadavres s’emmêlent dans un ordre qui complique l’affaire.
    L’histoire est bien menée et se complique pour les enquêteurs. Georges a du pain sur la planche !
    Amitié.
    dédé.

  2. Yannick dit :

    premier rebondissement d’une enquête qui devient de plus en plus noire. le personnage du cinglé est bien campé; j’ai rigolé pour lucette Boisbandé; l’humour n’est jamais très loin…heureusement.
    je suis un peu écoeuré mais je continue…

    • tby dit :

      @ Yannick : Je te remercie de rentrer dans le détail, j’aime ce personnage du cinglé, il est comme on les rencontre parfois dans la vie réelle, un peu découplé de la situation tout en restant très pro.

  3. Odile dit :

    J’aime beaucoup les dialogues .. dignes d’un Michel Audiard … non plutôt d’un Fréderic Dard ..
    la mauvaise réputation du médecin légiste .. est respectée … sourire…
    le rythme saccadé .. dresse le suspense à son paroxysme .. Pauvre Lucette …

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