Anti quoi ? FIN

Du 14 04 2008 § 7 Commentaires § Mots-clefs : , , ,

Horst Tappert

Laventurier revient avec mon aspirine.
« Merci ! Dites-moi, qu’est-ce qu’il avait le Kowalski ? »
Je remarque son trouble. La chose vibre dans ma poche.
« – Georges! C’est une petite version de l’enfer là-dedans ! Il y a un cadavre avec le visage arraché. On lui a tiré une balle dans la tête ! J’ai trouvé une carte de police au nom de Pierre-Marie Kowalski sur le corps. Il y a une femme aussi. Elle est morte, le cou brisé, elle est ficelée sur un siège. Il y a aussi tout le matériel pour rendre Diarra heureux. C’est dégueulasse. C’est quoi ce bordel ? C’est à qui cette caisse ?
– Je te rappelle. Reste là ! »

« – Félicien ?
– Inspecteur ?
– Donnez-moi votre arme, s’il-vous-plaît !
– Mon arme ?
– Oui, c’est fini mon petit ! »
Un frisson de soulagement le parcoure.
Ses yeux me disent merci et puis ils virent à la fureur.
Il tire son arme et un coup part.
Je sens mon genou exploser.

Je tombe dans les pommes…

Je me réveille dans un lit d’Hôpital. A mes côtés je vois ma douce et Jean-Louis.
Il rigole bêtement.
« – T’as mal ?
– Ben oui, j’ai mal ! Pauvre nain !
– Tu veux savoir ?
– Oui, bien sûr ! Donne-moi un verre d’eau ma belle ! »
Je bois, j’ai la gorge en feu.
« Un autre ! »
Je vais mieux mais mon genou me fait souffrir le martyr.
« – Alors ?
– Tu n’as plus de rotule, juste un petit bout de plastique et puis l’articulation aussi est en plastique. Tu pourras plus jamais marcher sans canne.
– Bon, c’est la bonne nouvelle et la mauvaise ?
– Toi, tu t’es éclipsé dès la première bastos. Après, c’était Sarajevo ! Il a descendu Larcin, il était tellement bourré qu’il s’était pas rendu compte et pas jeté à terre. Ça a commencé à tirer de partout. Sarajevo j’te dis ! La plupart tiraient sans savoir sur qui. Puis Félicien a foncé vers la sortie et fumé le petit Fernandez de l’équipe Bossuet. Je l’ai cueilli dehors quand il voulait fuir avec son Grand Guignol.
– Il est mort ?
– Non, j’ai pas tiré. Il avait vidé son arme sur les autres ! Quand il m’a vu, il s’est effondré et a chialé !
– Le Boss ?
– Il est furax après toi. Quand il a appris que Laventurier avait passé la journée avec toi et qu’il avait tué quatre personnes pendant ce temps là… Il dit déjà “le gratte-papier” quand il parle de toi.
– Oh, toute façon, j’en avais marre de la rue. Finir le boulot à dix-huit heures et passer plus de temps avec ma belle. C’est un super programme ça !
Le regard de ma fille me confirme qu’elle est bien d’accord.
– Je dois y aller ! Je te ferais parvenir le rapport d’expertise psychologique si tu veux ?
– Oui, j’aimerais bien. Salut Jean-Louis !
– Ah ! J’oubliais.
Il se penche sur moi et me fait une grosse bise.
– C’est de la part de notre cinglé. Il te fait dire que tu es bien parti pour finir au lit et pas sur sa table. »
Je souris en pensant à Jacques qui se faisait du souci pour moi.
« Salut ! »

Murat parti, ma douce s’allonge à coté de moi sur le lit.
« – Tu m’as volé la vedette, moi qui voulais me faire cajoler.
– Viens dans mes bras ! Aille.

Dix jours plus tard…

« Le patient nous évoque son enfance et la colère ressentie lors de la séparation de ses parents. Sa mère qui se prostitue pour survivre se fait avorter deux fois. Le patient parle de son désespoir de rester sans frères et sœurs, de son sentiment d’impuissance face à cette réalité…
Le patient nous explique en détail son premier meurtre supposé. Il avait seize ans et entretenait une relation avec une jeune fille de quatorze ans. Elle était enceinte de lui et malgré la volonté clairement exprimée du patient de vouloir assumer la paternité, elle avortait illégalement. Quelques jours plus tard, il fixait un rendez-vous à la jeune fille au cimetière, sur la tombe de la mère du patient récemment décédée. Il l’étranglait là et l’enterrait, selon ses dires, avec cette mauvaise femme. Après vérifications en Martinique, il apparaît qu’aucune disparition n’a été signalé durant la période concernée par la déclaration du patient. Des recherches approfondies son en cours, le juge d’instruction ayant ordonné l’exhumation de madame mère Laventurier…
Le patient nous détaille ses démêlées avec feu Lucette Boisbandé. Une relation harmonieuse selon ses dires, jusqu’au moment où elle lui annonçait sa décision d’interrompre aussi bien sa liaison avec le patient que sa grossesse. Elle avait selon lui dépassé le délai légal. Il avait suivi Mlle Boisbandé jusqu’à la clinique Pontchartrain et l’avait accompagné à la station de métro la Muette à sa sortie de la-dite clinique. Il avait prétexté vouloir l’aider financièrement. Il s’était arrangé pour se trouver en fin de station et à l’arrivée d’un train, lui avait brisé la nuque et soutenu jusqu’au départ de la rame. Il s’était ensuite rendu sur les lieux où fut découvert le corps et y avait déposé Mlle Boisbandé. Il sortait ensuite de la station et allait se procurer les instruments nécessaires à son travail de mise en scène dans un Monoprix proche. Il déclare qu’il savait que ses actes étaient l’expression de la volonté divine et que des voix lui dictaient la marche à suivre. Utilisant sa carte de police, il prétextait un contrôle quelconque et s’introduisait de nouveau dans le tunnel pour procéder à son opération …
Le patient après avoir refusé, se déclare prêt à nous expliquer le message des voix entendue. Les voix lui demandaient de tourner la tête à 180° afin que les victimes regardent dans la direction où étaient restés leurs enfants assassinés. Le sourire sur les lèvres étaient le sourire que toute maman se devait de réserver à un enfant. L’intrusion de la poupée était un symbole du pardon de dieu. La mère et l’enfant étant de nouveau réunis…

« – Tu veux une bière ?
– Oui, merci ! »
Je laisse tomber le rapport. J’en savais assez.
Je me réjouis de cette télévision allumée et de ma douce qui prépare le repas.
Je suis bien décidé à oublier cette affaire même si je pense avec un pincement au cœur à tout ce gâchis. Les victimes, mon genou, les flics tombés, des amis, des collègues…
Je pense à Pierre-Marie que j’ai envoyé à l’abattoir.
Je pense aussi à Félicien. A son sort tragique. A cette prison qu’il s’était bâti bien avant de se retrouver derrière les barreaux.

Je zappe. Une série américaine. Un profiler
« Tiens, y a pas un Derrick ce soir ? »

FIN

Image – Bonn, Bundeskanzler Brandt empfängt Schauspieler – Engelbert Reineke – Deutsches Bundearchiv – 23/06/1971 – licence :

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7 Commentaires

  1. dédé dit :

    Bonjour Thierry,

    Le boss n’est pas satisfait de son inspecteur qui a tout de même perdu un genou « au combat ». Malgré les nombreuses pertes humaines, le futur gratte-papier a mené son enquête avec succès. Difficilement, car le ver était dans le fruit.
    Bravo Thierry, pour ce polar bien charpenté.
    Amitié.
    dédé.

  2. edouard dit :

    Récit palpitant. Merci Thierry, j’aime ton style, déjà sans enflures en 2008. Bon w-e à toi et tes proches l’artiste.
    .-= edouard´s last blog ..EST-CE =-.

  3. Yannick dit :

    Bravio Thierry pour ce grand moment de lecture stressant et palpitant. tous les ingrédients d’un bon polar bien noir étaient là et ton imagination m’a mené en bateau. tu finis par le bouquet final, l’explication des meurtres… encore bravo, tu as vraiment un grand talent.
    au plaisir de te lire
    amitié

    Yannick

    • tby dit :

      @ Yannick : Je rougis sous l’avalanche de compliments, je suis simplement content de pouvoir vous divertir, vous procurer des images et parfois vous faire réflechir. Amitié. THierry

  4. Odile dit :

    le pauvre Georges .. c’est sa fête .. un peu avant le jourdit .. de quoi avoir encie d’être son infirmière … s’il n’y avait pas eu sa Douce …

    Il trinque … dans tous les sens .. du terme …

    Je trouve assez intéressant … ce rapport … qui ue fois de plus .. soi dit en passant .. est basé sur la religion … et la pathologie psychiatrique …

    Oui Georges tu as bien bossé .. ne te culpabilise pas … on ne fait pas d’omelette sans casser d’eux …

    Moi aussi je me regarderais bien un petit derrick … mais ce n’est pas l’heure … rire

    J’ai beaucoup aimé ce roman … d’autant que j’ai pu deviner le vrai coupable – je suis un tantinet gamine .. mais j’assume –

    et je suis surtout contente aussi d’avoir pu le commenter jusqu’au bout aujourd’hui … car hier au soir impossible de laisser des commentaires … sous n’importe quel article au moment de l’encoi .. il y avait une erreur 505 qui m’a prodigieusement agacée …grrrrr….

    Bon dimanche à Toi
    et encore bon anniversaire à ta Petite Princesse

    Odile

    • tby dit :

      @ Odile : Merci pour tous ces commentaires qui m’ont fait bien plaisir. J’ai pu suivre ton cheminement aussi bien que tes déductions et cela m’a enseigné beaucoup. Oui, je suis passionné par les perceptions de la réalité et la religion tout autant que la psychologie et psychiatrie en sont des composantes importantes, la principale en étant la culture dans laquelle nous baignons. Voir et croire, tout comme savoir et croire sont intimement liés chez ces animaux cruels à deux pattes. Je suis bien content que ce roman ait plu à une quasi-professionnelle. Sourire. Pour les erreurs 505, probablement un plugin qui donne du fil à retordre à mon serveur, je vois qu’il y en a deux qui doivent etre actualisés. Bon dimanche à toi et merci pour la princesse qui aujourd’hui donne l’impression de marcher sur un nuage. Thierry

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