Absurde, absolution, absinthe. (1)

© Olga Guyot, Chimères

Cette fois c’est mon amie ex-fauve21 et maintenant Phénix qui m’inspire avec une toile nommée «Chimères» qui, tenez vous bien, a été censurée sur myspace. (mon dieu quel horreur ! Un nu !). Ne riez pas c’est la vérité, elle aussi toute nue…

« – Volga ?
– Oui mon amour ?
– Qu’est-ce que tu dirais de faire une petite virée dominicale ?
– Avec plaisir ! Tu as un endroit précis ?
– Que dirais-tu d’Auvers-sur-Oise ?
– Ce n’est pas le lieu de villégiature favori des impressionnistes ?
– Si ! C’est une bonne occasion pour moi de rassembler des «mpressions» et des informations pour mon livre et puis pour Madame de s’imprégner des souvenirs de jadis. Il y a un petit musée et nous pourrions emmener un pique-nique.
– Oui, c’est une très bonne idée ! »

Je cherche mon canotier pendant qu’Olga se prépare.
Je l’appelle Volga car elle est pour moi une artère, un fleuve qui m’enrichit de son limon, une eau de la vie que je bois sans cesse. Elle est comme la caresse du ruisseau sur mon âme, arrondissant les angles, me transformant en un galet de joie et de lumière.

Je rassemble les objets que je veux voir sur les bords de l’Oise, un panier d’osier, une nappe à carreaux rouges et blancs, deux coupes, une bouteille de champagne.
Je suis incapable de sélectionner quoique ce soit pour la nourriture. Ma nourriture à moi est spirituelle et deux sandwich SNCF non avariés font bien mon affaire, aussi je laisse le soin à Volga de choisir nos aliments terrestres.

Elle sort de la salle de bain et pouffe de rire.
« – Pourquoi te moques tu ma douce ?
– On croirait Maurice Chevalier… Je pensais que nous allions sur les bords de l’Oise, pas sur les bords de la Marne ?
Je jette un regard vers le miroir et ne peut que constater.
– Tu mettrais pour moi ta robe blanche avec de la dentelle ? Tiens, je t’ai trouvé une ombrelle assortie.
Elle sourit et m’interpelle.
– Tu appelles un cocher ?
– Un cocher ?
– Oui, pour y aller ! Tu ne veux tout de même pas y aller en Clio ?
– Ah… Je n’y avais pas pensé. Nous irons en Clio et nous reprendrons le jeu sur place ? »

Elle rit.
Je perds tous mes moyens lorsqu’elle rit. C’est son rire qui m’avait séduit et lorsqu’elle rit, je fonds littéralement sur place. Enfin, mon intellect fond sur place et il semble alimenter d’autres fonctions vitales car je ne suis plus que désir et volupté.

En route pour l’inconnu, le navi nous donne les informations nécessaire pour sortir de la banlieue. Malgré ce temps radieux, la grisaille de Saint-Ouen et de Saint-Denis semble vouloir nous étouffer. Le soleil s’amuse de nouveau avec nous à Enghien-les-Bains pour disparaître à Eaubonne et resurgir après Taverny.
Volga est merveilleuse au volant, je la laisse souvent conduire pour pouvoir la contempler. Elle chante, elle maugrée contre les autres automobilistes et elle rit de tout et de rien. Je crois bien que je suis amoureux. Amoureux fou !
Nous arrivons à Auvers. Elle stoppe et se retourne vers moi. Je m’atomise.

« – Dans quelle direction ?
– Le musée ! Nous laisserons la voiture là et nous chercherons un bel endroit pour pique-niquer.
– Excellent ! »

Le musée de l’Absinthe n’a rien de bouleversant. Nous n’apprenons rien que nous ne sachions déjà, à l’exception de la composition chimique de cette boisson.
Volga demande au réceptionniste, avec sa voix d’ange et son sourire de démon, s’il pouvait nous conseiller un endroit paisible sur les berges.
L’homme baisse le ton et nous indique un endroit qu’il dit «propice» d’une voix complice.
Volga lui dépose un baiser sur la joue et notre homme se pare d’un rouge extraordinaire qui me fait furieusement penser au talent multicolore de la seiche. J’en fais part à ma douce en sortant et son rire merveilleux résonne haut et clair dans le hall. Ma force de pensée s’évanouit pour se concentrer dans une partie inattendue de mon corps. Une partie inattendue n’est pas tout à fait exact du fait de la tension qui l’anime.

Nous marchons sous les tilleuls comme deux adolescents qui viennent de découvrir l’amour. Je suis touché à cette pensée et je dépose un baiser sur le lobe de l’oreille de ma belle, ce faisant, je la hume et son parfum m’incarcère dans la plus délicieuse des prisons, celle des sens.
Nous passons devant un terrasse de café et nous décidons de goutter à l’absinthe comme apéritif. Nous voulons nous plonger dans l’atmosphère d’Auvers, celui des temps jadis où la France se remettait péniblement du dernier Napoléon et se tournait joyeusement vers la révolution artistique et scientifique qui devait marquer cette fin de siècle.
L’alcool chauffe mes sens et c’est plein d’enthousiasme que nous nous dirigeons vers cet endroit «propice».

Les lieux sont d’un calme surnaturel. Les feuilles des saules jouent avec la lumière et le vert de la rive semble vouloir nous inviter à la «ruminance». La belle énergie de l’absinthe s’est estompée et je m’allonge sur la nappe, le canotier bien enfoncé sur le front pour concentrer mon regard sur Volga.

Elle fouille un instant dans le panier puis déclare :
« – Je veux me baigner ! Tu viens ?
– Euh, non, je préfère jouer au voyeur. »
Une délicate poussée de rougeur teinte ses joues et semble vouloir s’harmoniser avec sa chevelure.
Elle se déshabille lentement, me jetant de temps à autre des regards malicieux.
Je chantonne une chanson de Barbara, allez savoir pourquoi ?

« Ils buvaient de l’absinthe,
Comme on boirait de l’eau,
L’un s’appelait Verlaine,
L’autre, c’était Rimbaud,
Pour faire des poèmes,
On ne boit pas de l’eau,
Toi, tu n’es pas Verlaine,
Toi, tu n’es pas Rimbaud,
Mais quand tu dis je t’aime,
Oh mon dieu, que c’est beau,
Bien plus beau qu’un poème,
De Verlaine ou de Rimbaud, »

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5 Commentaires

  1. jessee dit :

    Super, très beau poème
    Très bonne journée à toi !

  2. lubesac dit :

    Le très poétique et romantique Wasicu nous entraîne dans cette histoire toute de tendresse, de délicatesse et d’amour.Ta Volga,artère, fleuve, eau de la vie , au rire clair est adorable…..
    J’adore ce nouveau style de récit
    Bravo! l’artiste de la plume!

  3. sara do dit :

    SUBLIME merci et en plus je connais bien le tableau d’Olga qui est une pure merveille de couleurs et de douceur… bonheur de te lire !

    d’étoilement !

    sara do

  4. arielle dit :

    Moi aussi, j’étais à Auvers il y a quelques jours mais pour ça : le prix Delerm (concours de nouvelles)
    http://www.grisy.net/article-20590614.html

    bonne soirée
    arielle

  5. dédé dit :

    Bonjour Thierry,
    Cette très romantique promenade pour un déjeuner sur l’herbe, est décrite avec sensibilité. Les odeurs, les couleurs sont exposées avec une extrème délicatesse, ainsi que la timidité de cette jeune femme.
    Suptiles mélange des temps modernes avec ceux de jadis.
    Somptueux.
    Amitié.
    dédé.

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